L’étudiant comme bien d’autres camarades est contraint de rester debout jusqu’à destination
Ce mardi 11 octobre,
il est environ 6 heures, notre équipe de reportage en route pour la Cité
universitaire sur la colline de Badalabougou, en Commune V, constate une file
indienne devant la Faculté d’histoire et géographie (FHG).
Certains étudiants
font le choix de venir avant l’aube pour ne pas rater le premier bus programmé
pour 6h30. à l’heure indiquée, ceux-ci commencent à embarquer en montrant
chacun la carte de transport au contrôleur. Les bus universitaires sont gérés
par le Centre national des œuvres universitaires (Cenou). Les premiers ont été
offerts en 2001 par l’ancien président, feu général Amadou Toumani Touré. Au
total, 12 bus sont opérationnels à Bamako et font la navette les jours de cours
entre la colline de Badalabougou et la Cité universitaire de Kabala.
A.T, étudiant à la
Faculté des lettres et sciences du langage (FLSL) de Kabala, habite à Yirimadio
en Commune VI. Il s’est réveillé à 4h30 pour pouvoir embarquer dans le premier
bus. Pourtant, il n’aura pas la chance de trouver l’une des 70 places assises.
Le car, rempli en moins de 5 mn, se met en route pour Kabala et l’étudiant
comme bien d’autres camarades est contraint de rester debout jusqu’à
destination. Ceux qui n’ont pas pu monter attendent le départ du deuxième bus à
7h.
Le trajet se fait sur
fond de musique comme pour adoucir les mœurs. La fatigue est perceptible sur
chaque visage. Le véhicule date de 2006, selon un passager. Il n’offre plus les
commodités. Les espaces entre les sièges sont réduits, laissant peu de places
aux mouvements des jambes. Les sièges sont poussiéreux et en mauvais état. «En
période de canicule, on y étouffe dedans», déplore A.T.
Le bus est plein à ras bord, mais freine après quelques minutes à l’arrêt devant le lycée public de Kalabancoro pour laisser embarquer d’autres étudiants qui attendaient sur place. Les nouveaux passagers doivent jouer des coudes pour se faire une place. Certains étudiants désemparés semblent avoir perdu la notion du temps et demandent l’heure parce que les cours commencent à 8h.
ÉPUISER AVANT LES
COURS- Kabala, c’est la porte d’à côté. Mais le mauvais état de la route fait
que le trajet devient un vrai parcours du combattant pour les étudiants.
Ceux-ci vivent quotidiennement ce calvaire de secousses et accusent très
souvent un retard sur le démarrage des cours. Aliou Bah,
chirurgien-orthopédiste et traumatologue à l’hôpital Mère-enfant ou Luxembourg,
explique que rouler sur une route en mauvais état peut agir sur le corps à
plusieurs niveaux. «Les secousses peuvent
entrainer de microtraumatismes qui, s’ils se répètent, vont causer un désordre au niveau du dos depuis le
bas de la tête jusqu’au niveau des fesses.
Cela peut aussi entrainer des
problèmes de dos», détaille le spécialiste.
Après un arrêt au Centre Nour sis à Kabala afin de déposer des passagers,
A.T est heureux de pouvoir s’asseoir. «Je suis épuisé avant même que les cours
ne commencent», peste le jeune homme. Le premier bus arrive à sa destination
avant le démarrage des cours. Un grand soulagement pour les étudiants. «Pendant
les cours, les professeurs tolèrent les retards. Ils renvoient les
retardataires lorsqu’il s’agit d’examen».
Après avoir débarqué
les étudiants, le bus repart dans l’autre sens en direction de Niamakoro, près
de la Cité Unicef, où des cours sont dispensés aussi. B.D, étudiant en
socio-anthropologie, est un retardataire chronique du fait que le bus n’arrive
jamais à l’heure. Il est obligé de recourir au transport en commun lors des
examens pour ne pas rater les épreuves. C’est une situation pas tenable pour sa
petite bourse.
Sur le chemin du retour, le chauffeur avait les nerfs à fleur de peau. à cause du mauvais comportement notamment des chauffeurs de transport en commun qui refusaient de lui céder le moindre passage. Pris dans un bouchon infernal, le bus arrive avec un léger retard. Le chauffeur explique être contraint de surcharger parfois avec 130 passagers, y compris ceux qui sont débout. Dr Aliou Bah trouve cette situation extrêmement grave. Le médecin évoque des risques de microtraumatismes dans les secousses et de graves blessures en cas d’accident.
INSUFFISANCE DE BUS-
Mamadou T. Kamaté, chef du service transport au Cenou, explique que
généralement les passagers restent debout dans les bus universitaires. Il
reconnaît que son service n’a pas assez de bus. Mais pointe du doigt la responsabilité des étudiants dans la
surcharge.
Quelque temps après,
le même bus arrive à Badalabougou pour chercher d’autres étudiants. Un autre
bus est rappelé de Sébénikoro pour convoyer aussi une cohorte d’étudiants à
partir de Badalabougou. Il est 9h et la première rotation est terminée. Des
étudiants attendent un autre bus. Aucun hangar pour les protéger du soleil. Et
c’est encore pire pendant l’hivernage. Mamadou T. Kamaté annonce qu’il y a des
projets dans le pipeline de son service pour lesquels il faut se battre pour
trouver les financements sur budget d’état. I.D, membre de l’Association des
élèves et étudiants du Mali (AEEM) proteste contre le système de rotation des
bus qu’il juge peu efficace.
Selon lui, le départ du premier bus est à 6h30,
mais déjà à cette heure, il y a une longue file. Il pense que le rythme de
sortie des bus doit être accentué pour éviter les désagréments et permettre aux
étudiants d’arriver à temps et dans les meilleures dispositions pour les cours.
Certains pensent que
la carte de transport pose problème. Pourtant, il faut en disposer pour monter
dans les bus. Or, les étudiants payaient le ticket à 50 Fcfa à l’aller comme au
retour. C’est à la suite de vérifications, qu’il a été demandé au Cenou de moderniser
le transport, indique le chef du service transport.
C’est la raison de
l’instauration de la carte de transport en prenant l’exemple sur d’autres pays
de la sous-région. Il faut débourser 7.200 Fcfa
pour l’acquérir sur toute l’année. «Le prix n’a pas été fixé par le
Cenou. En concertation avec différents
partenaires et l’AEEM, il a été fixé à 20 Fcfa par jour en aller-retour»,
affirme l’agent du Cenou.
S.S, étudiant à
l’école normale d’enseignement technique et professionnel (ENETP) de Kabala
s’interroge sur le cas des étudiants qui n’ont pas encore touché les bourses.
Ce membre de l’AEEM espère simplement la suppression de cette carte. Au regard
de cette situation, le chef du service transport du Cenou souhaite que l’état
augmente le nombre de bus parce qu’il y a plus de 200.000 étudiants. Il
n’oublie pas non plus de faire un plaidoyer pro domo pour plus de ressources
pour son service.
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