Partis politiques et citoyens : Ni amour, ni désamour

Les partis politiques sont de plus en plus rejetés par les citoyens qui leur reprochent pas mal de griefs comme la promotion de l’injustice, la culture de la corruption, la démagogie, la gabegie…

Publié mardi 01 avril 2025 à 07:41
Partis politiques et citoyens : Ni amour, ni désamour

Des acteurs politiques après une rencontre

 

 

Adama Coulibaly fréquente un «grin» dans un quartier de Bamako. La trentaine bien accomplie, il ne rate aucune occasion lors des échanges avec ses amis pour vilipender les hommes politiques de notre pays. Il laisse entendre à qui veut que l’homme politique malien a montré ses limites. Pour lui, la classe politique n’a mis en place aucun système fiable pour un réel essor économique du pays. «Les revendications des politiques au Mali n’ont jamais été pour l’intérêt public mais plutôt pour leurs conforts», estime-t-il. «Les politiciens ont échoué sur le plan de la sécurité», croit savoir de son côté, un chauffeur de transport. Comme Adama fidèle au rendez-vous et aux parties de thé.

Nous n’avons pas de statistiques sur le sujet. Mais, comme Adama et ce chauffeur, il semble, à travers les échanges que nous avons eus avec des compatriotes à travers la ville de Bamako, que nombre de Maliens manquent de plus en plus d’intérêt, pour la politique. Ils estiment pour la plupart que les hommes politiques sont à l’origine des maux qui minent le pays. Un sentiment qui a été plusieurs fois extérioriser par des participants aux Assises nationales de la refondation (27, 28, 29, 30 décembre 2021) dont l’une des recommandations a souhaité sans ambages la réduction du nombre des partis (à combien ?).

Les hommes politiques et les observateurs de notre société appréhendent différemment la question de ce qui apparaît visiblement comme un désamour pour la politique. Les premiers pensent que cette situation a été créée de toute pièce alors que  les seconds le justifient autrement.  Pour le professeur Makan Moussa Sissoko, militant de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ), le sentiment de rejet de la politique par la population est une fabrication des officines de la propagande. Le Malien, dans son for intérieur, aime la politique et la fait.

C’est en faisant la politique qu’il est parvenu à inscrire son nom dans le processus de démocratisation de l’Afrique. Ce sont les partis et associations politiques qui ont conscientisé la population et lui ont permis d’opter pour le type de régime qu’il leur faut. «Malheureusement, une fois au pouvoir, les hommes politiques, notamment ceux qui se prétendent démocrates ont oublié qu’un système politique n’est jamais un acquis définitif», commente Pr Makan Moussa Sissoko.

 

L’USURE DU POUVOIR- Partisan de la démocratie représentative, le Pr Makan Moussa Sissoko plaide pour l’alternance qui évite au politicien l’usure du pouvoir et au citoyen le sentiment du déjà-vu. Toutes choses qui peuvent, si elles perdurent, engendrer une certaine lassitude politique qui s’assimile facilement à un rejet des acteurs du jeu politique national. D’où la nécessité, selon l’Adémiste, de l’alternance, corollaire de la démocratie. «Au Sénégal, illustre notre interlocuteur, Maki Sall a été élu triomphalement une première fois, puis plus ou moins une seconde fois. Mais lorsqu’il a créé le doute quant à sa candidature à un troisième mandat, il s’est fait plusieurs adversaires. Lui et son parti ont été littéralement rejetés par les Sénégalais», explique-t-il.  

Comme dans un cours magistral de Science Po dans lequel le Professeur veut démontrer que le peuple a toujours le dernier mot, Makan Moussa Sissoko s’interroge : «… en rejetant la politique aujourd’hui, qu’est-ce que le peuple a adopté à sa place ? Qu’est-ce qu’on propose au peuple à la place ? La dictature ? Je ne suis pas sûr que le peuple soit d’accord pour cela». L’homme croit fermement que cette désaffection sentie et ressentie a été créée de toute pièce par des professionnels de l’intoxication. Son argument : on a fait croire à la population que les partis politiques vivent du financement de l’état. En effet, fait-il prévaloir : «la preuve : les partis continuent de fonctionner malgré la suspension de cette aide publique depuis six ans», affirmant sans convaincre que les partis vivent principalement des cotisations de leurs militants.

Pr Makan Moussa Sissoko reconnait toutefois que certaines entités politiques ne le sont que de nom. Et cela répugne les citoyens qui sont, contrairement à ceux que certains politiciens pensent, bien informés sur la chose politique. Une partie du déficit d’amour pour les partis politiques pourrait peut-être dû à ce préjugé d’ignorance que les hommes politiques nourrissent envers le peuple. Un peuple qui s’explique difficilement l’existence de plus de 200 partis politiques dans un pays de près de 22 millions citoyens. «Effectivement il y a quelques malins qui créent des partis, se présentent à une élection municipale pour encaisser l’argent», déplore l’homme politique, avant de proposer de réserver la subvention aux seuls partis qui ont des élus. Pr Sissoko s’oppose à une réduction du nombre des partis politiques qui, selon lui, est contraire à la Constitution.

Sur le peu d’enthousiasme, voire le désamour des Maliens pour la chose politique, Dr Ahmadou Touré, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences administratives et politiques de l’Université Kurukan Fuga de Bamako a son idée. Il reconnait que de plus en plus de Maliens perdent de l’intérêt pour la politique. C’est une vérité triste, palpable et concrète, concède-t-il. Une telle situation s’explique par l’absence d’un véritable leadership au sein des partis et par un manque de consensus entre eux autour de l’action publique. «Aussi, ce rejet pourrait-il se caractériser par le manque de cohérence et de constance des hommes politiques qui, du jour au lendemain, en fonction de leurs intérêts, peuvent renier leurs convictions politiques», dira le politiste. à cela on peut avoir deux lectures possibles, estime-t-il.


Pour certains de nos compatriotes, les hommes politiques sont complices de la situation désastreuse du pays avant les évènements d’août 2020, à savoir la corruption, la délinquance financière, la chute des régions du Nord, le déséquilibre entre le Nord et le Sud en termes d’infrastructures. «En un mot, les hommes politiques seraient directement liés aux maux qui minent la société malienne», précise-t-il. La deuxième lecture, selon l’enseignant-chercheur, a trait à l’incapacité des hommes politiques à convaincre leurs compatriotes du bien-fondé de la politique et l’absence de lisibilité de son apport dans le pays. «D’où la faillite des partis et des hommes politiques au Mali», conclut-il. De même, souligne Dr Ahmadou Touré, la situation tirerait sa source du bilan que les citoyens ont fait depuis l’avènement des formations politiques au Mali. «Un bilan contrasté et mitigé que d’aucuns rejettent car n’étant pas assez positif au sens d’apport», déclare le spécialiste.

 

LES IDÉAUX DU MALI KURA- Soulignant que les populations ne se reconnaissent plus dans les hommes politiques, l’universitaire fera savoir que le peuple malien aspire à une classe politique cohérente et constante avec les idéaux du Mali Kura.  Une classe politique qui va porter la parole des sans voix et qui sera le défenseur des aspirations du peuple sans distinction aucune, sans intérêt partisan.

Et de s’interroger : «Comment peut-on comprendre que ceux qui ont vendu la souveraineté politique et la reconquête territoriale, veuillent coûte que coûte qu’on aille aux élections au moment où des grandes réformes sont en cours et d’autres réalisées, notamment la création de l’Aige ?»

Bien qu’il ne soit pas totalement satisfait des partis politiques, Dr Touré souligne qu’ils remplissent une mission d’intérêt général en concourant par les moyens pacifiques et démocratiques à la vie politique ainsi qu’à l’éducation civique des citoyens ayant vocation à assurer ou à assumer les postes de responsabilité publique.

Bembablin DOUMBIA

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