#Mali : «Konna, village martyr» : Le récit d’un épisode douloureux de l’occupation

L’écrivain Mamadou Nadio explique avec les mots justes l’horreur de l’invasion de cette bourgade et son occupation pendant quelques heures par les djihadistes, mais aussi la résilience des habitants

Publié jeudi 18 avril 2024 à 07:34
#Mali : «Konna, village martyr» : Le récit d’un épisode douloureux de l’occupation

À Konna, l’une des pages les plus poignantes et les plus sanglantes de l’histoire des rebellions ou de l’occupation de certaines parties du territoire national s’est écrite en janvier 2013 lorsqu’une horde de djihadistes, mus par des velléités fantaisistes d’étendre leur influence sur le Septentrion et les régions du Centre et d’instaurer la charia (la loi islamique dans notre pays), a lancé une offensive meurtrière contre les positions des Forces armées maliennes (FAMa).

La localité fut le théâtre d’un affrontement sanglant et d’un bazar qui défie tout entendement puisque les djihadistes voulaient vraiment installer le chaos à Konna, un village qu’ils avaient conquis, pendant 24 heures. Nos compatriotes gardent encore à l’esprit cet épisode malheureux de l’histoire de la rébellion dans notre pays.  Pour la postérité, le professeur d’enseignement supérieur, Mamadou Nadio a écrit un livre sur ce drame physique et moral de Konna. Le titre de l’ouvrage : «Konna : village martyr» est évocateur de l’ampleur de ce que ce village, situé à l’Est du Delta intérieur du Niger et au bord du Sahara, a vécu.

Le détenteur d’un doctorat de 3è cycle en géographie de développement dans les régions sèches de l’Université de Haute Normandie, Rouen (en France) met les mots forts sur un horrible évènement et fait parler des témoins oculaires dont le piquant des formules dévaste parfois le lecteur et rappelle surtout le chaos et la peur qui a habité le village qui a été sous le joug des djihadistes au moins un jour, avant de voir ceux-ci neutraliser avec le soutien des forces étrangères, notamment l’opération Serval.

L’écrivain surfe parfois sur les genre littéraires (essai et roman) avec des textes narratifs qui expliquent le vécu et un travail de réflexion sur les faits. Mais il glisse aussi dans son ouvrage les résultats d’une d’étude socioéconomique. Le livre brosse dans une première partie la géographie de Konna et donne la signification du village.

Deux versions s’affrontent dans le même dialecte bozo. Pour la première, Konna ou Po-Kôna «signifie quelque chose de blanc, symbolisant ainsi pour les habitants, la vérité, l’entente comme pour dire que Konna existera toujours tant que cette vérité et cette entente perdurent». La seconde version renvoie à «Kon-na» ou aide-moi. Cet appel, selon l’auteur, a été lancé par les dirigeants de l’époque, à l’intention de tous les autochtones et étrangers vivant sur le site pour aider le village face aux attaques répétées des troupes toucouleurs d’El Hadj Oumar Tall au 19è siècle. L’écrivain évoque aussi les potentialités économiques de ce village, devenu une grande agglomération, l’historique de la chefferie traditionnelle, mais aussi tout un pan de la culture locale.

 

L’ANGE ET LES DÉMONS- L’enseignant Mamadou Nadio trempe également sa plume dans ce qu’il appelle l’affrontement entre l’ange et les démons et rappelle avec les mots adéquats que «la rébellion de 2012 dépasse en horreur et en intensité toutes les autres rébellions que le pays a connues. La bataille de Konna où les djahadistes sont entrés dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013 a été acharnée». L’écrivain décrit avec la subtilité et la gravité qui siéend  les conséquences des affrontements qui ont laissé des impacts.

La localité portera pendant longtemps les stigmates, puisque la ville avait été défigurée avec des maisons en ruine, des impacts de balles sur les murs, des engins de guerre calcinés. Dans la panique, la ville avait commencé à se vider comme évier, avant que les habitants ne se ressaisissent pour opposer une résilience à l’ennemi à travers des renseignements fournis à l’Armée et des soins apportés aux blessés. «Les affrontements qui ont commencé le 10 janvier aux environs de 8h30 pour s’achever vers 14 heures portaient sur trois fronts. Le Nord par la route de Korientzé (Korombana), l’Est par la route de Douentza et le Sud pour couper la retraite de la garnison de Mopti. À l’Ouest le fleuve Niger rend la zone infranchissable».

 Dans son narratif, le spécialiste en géographie de développement des régions sèches explique «dans les combats de rue engagés, les soldats maliens, débordés, désorganisés se trouvent à court de munitions. Ils vont même opérer un repli stratégique à Mopti pour régler la mire. ‘’Dans un style dépouillé, très digeste, l’écrivain explique comment les forces du mal se pavanaient dans les rues de la circonscription avec des colonnes de Land Cruiser Toyata équipés de mitrailleuses et d’autres armes lourdes. Et qui avaient pris d’assaut les endroits stratégiques de la localité dans une perspective de tirer le maximum de profits de leur position d’alors.

Les terroristes victorieux d’une bataille, pensaient avoir gagné la guerre, mais surtout être en mesure d’annexer Mopti et menacer la force Serval qui y était basée.  C’est ce qui va leur perdre puisque la contre-offensive de l’Armée avec le soutien de la puissance de feu de Serval, anéantira en quelques heures l’arsenal de guerre de l’ennemi et neutralisera quasiment tous les assaillants. L’auteur parle aussi des perspectives, notamment des actions accomplies par la Banque mondiale et d’autres partenaires pour accompagner la localité. Mais l’ouvrage est plus intéressant dans les références bibliographiques, les tableaux détaillés et les illustrations qui sont plus parlantes de la riposte vigoureuse de l’Armée avec le soutien de Serval.

Mamadou Nadio, du haut de ses 72 balais a le sens de la description grave. Celui qui a été chercheur au Centre international pour l’élevage en Afrique (CIPEA) a plusieurs publications à son actif. Ce polyglotte répond dans son ouvrage à de nombreuses interrogations sur Konna. L’ancien Premier ministre Modibo Keïta qui a préfacé l’ouvrage explique «que le poids du passé, même s’il est à certains endroits écrasant, n’a pas occulté la nécessité d’ouvrir des perspectives, d’esquisser des solutions largement ouvertes sur l’avenir. La lecture du document selon lui est agréable et enrichissant et l’auteur est à encourager.

Brehima DOUMBIA

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