#Mali : COP 28 de Dubaï : Accord sur l’abandon des énergies fossiles

Attendue comme la plus importante et porteuse d’espoir pour l’avenir de la planète, la 28è Conférence de l’Onu sur le climat n’a pas tenu toutes ses promesses. À la dernière minute, les participants ont réussi à forger une entente sur la fin du pétrole dans un avenir lointain

Publié jeudi 14 décembre 2023 à 08:05 , mis à jour mardi 23 avril 2024 à 20:54
#Mali : COP 28 de Dubaï : Accord sur l’abandon des énergies fossiles

Photo de famille d’une partie de la forte délégation malienne ayant pris part à la Cop 28

 

Les lampions se sont éteints, mercredi, sur les travaux de la 28è Conférence des Nations unies sur le changement climatique, tenus à Dubaï, la mégalopole des Émirats arabes unis, du 30 novembre au 12 décembre 2023. La cérémonie de clôture était présidée par le Sultan Al-Jaber, ministre de l’Industrie et des Eaux, mais également PDG du groupe pétrolier Adnoc et président de la Cop 28.

Près d’une décennie après l’Accord historique de Paris qui marqua un tournant décisif dans les négociations sur le climat, il s’agissait, pour les représentants des 197 pays, de faire le premier bilan mondial de cet Accord, qui mesurera les efforts accomplis et établira une feuille de route pour la suite. Pendant deux semaines, le Centre des expositions de Dubaï ressemblait à une forteresse impénétrable. Des mesures de sécurité draconiennes étaient disposées tout autour et à l’entrée du site qui accueillait tous les jours, des milliers de personnes. Un moment crucial pour l’avenir du climat qu’il fallait préserver à tout prix. En haut de l’agenda, le financement des «pertes et dommages» subis par les communautés vulnérables et les actions d’atténuation à mener et sur les moyens d’accélérer une transition «juste».

Si en deux jours, «la fumée blanche» s’est dégagée sur le premier point (un grand coup diplomatique réussi par la présidence de la Cop 28) avec l’opérationnalisation de ce fonds, la recherche d’un compromis sur le second s’est heurtée à deux principaux écueils. Le refus des pays pétroliers d’accepter une sortie des énergies fossiles et l’insuffisance des aides à l’adaptation. Ce, malgré les exhortations du secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), Simon Stiell et du président de la COP 28, le Sultan Al-Jaber, à viser les plus hautes des ambitions. Si la majorité des pays et des parties à la Convention s’accordent sur le constat de l’insuffisance des actions en cours pour le climat, à l’échelle de la planète, et sur la nécessité d’aider les pays en développement à les mettre en œuvre, des divergences importantes persistent sur les leviers à actionner et sur la répartition des efforts. Des discordances auxquelles, s’ajoutent des tensions géopolitiques et économiques, sur fond de crise énergétique et de défiance entre les Etats du Nord et ceux du Sud comme le nôtre.

Pour les pays les plus fragilisés par les bouleversements climatiques et les moins à même d’y faire face, le volet adaptation du futur accord de la COP 28 revêtait une importance capitale. Mais ils repartent déçus. Le président a beau remettre régulièrement le sujet sur la table en soulignant l’urgence des mesures à prendre et les pays en développement de crier leur déception, la thématique de l’adaptation au changement climatique a été la grande perdante de la Conférence de Dubaï. Pour l’adaptation et l’atténuation, plus que jamais considérées comme le nerf de la guerre contre le dérèglement du climat, la question des financements est omniprésente à la Cop. Mais sur la fin et les moyens, les avis divergent. Outils de la «transition juste», mais également grandes sources de tension, les solutions trouvées en termes de financements climat seraient le symbole de la réussite ou de l’échec de la Cop 28. Pour de nombreux pays en développement, le déblocage de fonds supplémentaires représente en effet la condition indispensable de leur action.

 

Mieux vaut prévenir que guérir- Ces financements devront toutefois s’ajouter aux autres déjà existants et non pas en être soustraits. Une évaluation des besoins et des fonds octroyés sera réalisée sous l’égide des Nations unies. Un autre petit pas, puisque les pays développés en rejetaient l’idée jusqu’à présent. Les Émirats arabes unis ont par ailleurs annoncé un versement de 30 milliards de dollars dans un fonds de transition censé encourager les investisseurs privés un peu trop frileux, lorsqu’il s’agit de s’engager dans les pays en développement. Le fonds pour l’adaptation, parent pauvre des financements climat, récolte, quant à lui, 133 millions de dollars, mais cet ajout survient après une diminution de 14% entre 2020 et 2021. Un rapport des Nations unies estime que 387 milliards de dollars par an seraient en réalité à prévoir. Mais les 100 milliards d’aides promis aux pays en développement ne sont pour l’heure toujours pas atteints. Les subventions aux énergies fossiles totalisaient, selon le Réseau action climat (RAC), 470 milliards de dollars en 2022. Sur cette question, notre pays, par la voix de son ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable, Mamadou Samaké réclame un fonctionnement plus démocratique de cette architecture financière mondiale ainsi que de nouvelles sources de financements. Cela permet de prévenir le mal que de le guérir après qu’il soit survenu, défend le ministre Samaké.

En 2009 à Copenhague (Danemark), les pays développés s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an entre 2020 et 2025 pour soutenir les initiatives climat des pays vulnérables et faciliter le transfert des technologies. Une goutte d’eau dans la mer, au regard du millier de milliards nécessaires mais un symbole fort. Ce montant n’a pas été atteint. L’opportunité de rehausser cet objectif avait été étudiée, lors de la COP 27, mais sans trouver d’accord. Les pays bénéficiaires du Fonds vert pour le climat (Green climate Fund) chargé de distribuer les fonds, réclament sa refonte.

Opérationnel depuis 2015, il est critiqué pour la lenteur de ses procédures. En juin dernier, lors du sommet intermédiaire sur le climat de Bonn, 25 pays,  dont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis en tête, ont déclaré l’abonder de 9,3 milliards de dollars, soit 600 millions de moins qu’en 2019. Le nombre de donateurs a par ailleurs baissé. Ils étaient 45 en 2014. Ils ne sont plus que 25 aujourd’hui. Les états du Golfe n’en font pas partie.

Par ailleurs, 124 pays se sont engagés à multiplier les énergies renouvelables par trois à l’horizon 2030 et à doubler le rythme annuel de progression de l’efficacité énergétique. Un progrès encourageant, commente le RAC.


Cette bonne volonté des pays développés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout comme leur nouvel empressement à dédommager et à aider les pays du Sud, présentent aussi un risque, analyse un spécialiste de ces négociations. Celui de faire passer au second plan le sujet capital, quoique émergent depuis la COP 26, des  énergies fossiles. Le président de la COP a surpris par ses discours volontaristes, insistant sur sa volonté de trouver une solution. Les discussions se sont avérées d’autant plus complexes que le gaz est considéré comme une énergie de transition par certains pays, les industrialisés notamment. Au vu des rapports de force, il semblait difficile d’imaginer qu’une seule énergie soit mentionnée dans le texte et non pas l’ensemble des fossiles, avec sans doute des calendriers différenciés.

 

Un bilan mondial- Cette Cop a aussi été l’occasion de présenter le premier bilan mondial très attendu des efforts collectifs de réduction des émissions et d’adaptation. Les parties devaient se mettre d’accord sur un texte politique qui permettra de mettre en lumière ce qui a bien fonctionné, ou pas, les promesses tenues et celles qui restent en souffrance. Mais aussi, de définir les révisions nécessaires aux contributions nationales des pays pour maintenir l’objectif de + 1,5 °C. Le Sultan Al-Jaber, a invité à cet effet les parties de sortir de leur zone de confort et trouver un terrain d’entente, mais en vain.  Un «Global Stocktake» (GST) prévu tous les cinq ans par l’article 14 de l’Accord de Paris et destiné à éclairer les pays dans le cadre de la définition de leurs «Contributions déterminées au niveau national (CDN)». Aujourd’hui, les résultats s’avèrent clairement insuffisants et des transformations sont attendues dans tous les secteurs, par tous les acteurs.


Au-delà du constat, la Cop 28 devra théoriquement en tirer des conclusions d’ordre politique, assorties d’un nouveau niveau d’ambition. Un sujet épineux puisqu’une fois ces orientations approuvées, chaque État devra ensuite les intégrer dans de nouvelles CDN. La présidence de la Cop soutient une réduction de 50 % des émissions du secteur pétrolier d’ici 2030. Mais au-delà des niveaux d’émissions, les échanges pourraient porter cette année sur la source de ces émanations, c’est-à-dire sur la consommation d’énergie fossile elle-même. Dans son rapport de synthèse, le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) a clairement souligné la nécessité de les éliminer rapidement. Cette « sortie » des fossiles est néanmoins loin de faire l’unanimité.


Si l’Espagne, la Roumanie, la Slovaquie, la Thaïlande et le Vietnam envisagent de se passer du charbon entre 2025 et 2040, ce n’est pas le cas de l’Inde et de l’Indonésie, par exemple, qui continuent à construire de nouvelles centrales. À la Cop 27, l’Inde, appuyée par 80 pays, avait par ailleurs proposé de mentionner toutes les énergies dans l’accord final, autrement dit d’y intégrer le gaz et le pétrole-Une option qui supposerait de mettre fin aux nouveaux projets  d’exploration et de production, ainsi qu’aux soutiens financiers à ces activités. L’Arabie saoudite, l’Iran et la Russie s’y sont opposées. Les discussions tourneront sans doute autour des notions d’élimination ou de réduction progressive de la consommation de fossiles, avec ou sans captage et stockage de CO2.

Quelles que soient l’ampleur et la nature des accords que les acteurs auraient peut-être trouvés à Dubaï, ils risquent dans tous les cas de manquer d’efficacité en raison du décalage entre la lenteur des procédures internationales et la réalité de l’urgence climatique. Entre 2021 et 2022, les émissions de gaz à effet de serre ont encore progressé de 1,4 %. Depuis 1990, cette augmentation atteint le niveau record de 61%. L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) estime possible une baisse en 2035, voire en 2030, mais le réchauffement, lui, oscillera de toute façon entre + 1,4°C et 2,4°C en 2100. Si les tendances enregistrées par le système européen «Copernicus» ne s’infléchissent pas, le monde vivra de manière permanente avec une élévation des températures moyennes de 1,5°C dans dix ans seulement, préviennent les scientifiques du climat.

Envoyé spécial

Cheick Amadou DIA

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