L’An I du gouvernement de la rectification : À l’heure du bilan

Durée de la Transition, réformes politiques et institutionnelles, relations du Mali avec la Cedeao, la France, la Minusma et la Russie, gouvernance, projet de nouvelle Constitution, élections générales, pendant près de deux heures, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga s’est prêté aux questions des journalistes dans le cadre de l’émission «Mali Kura Taasira»

Publié lundi 13 juin 2022 à 05:36
L’An I du gouvernement de la rectification : À l’heure du bilan

Le chef du gouvernement a rassuré les Maliens quant  à la bonne conduite de la Transition


Cela fait une année que l’équipe gouvernementale dirigée par Choguel Kokalla Maïga est à la tâche, menant de front la lutte contre l’insécurité et la corruption. Sans oublier les réformes politiques et institutionnelles, l’organisation des élections ou encore l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.

Une année de labeur, dont les acquis ont été exposés dans l’émission «Mali Kura Taasira» par les ministres. Et pour boucler cet exercice de redevabilité, c’est le chef d’orchestre, Dr Choguel Kokalla Maïga, qui a invité, vendredi au CICB, les journalistes pour une journée d’information. Occasion pour lui de revenir sur les résultats obtenus, malgré les contraintes endogènes et les hostilités imposées à notre pays par certains partenaires.

Des contraintes qu’il faut forcément prendre en compte pour comprendre le sens de l’action gouvernementale et en apprécier son impact. D’abord, l’équipe a dû faire face à la grogne des syndicats avant l’apaisement du climat social.

Plus de 100 préavis de grève ont ainsi été gérés, à travers notamment l’harmonisation des grilles salariales dont le coût financier a été évalué à plus de 204 milliards de Fcfa supplémentaires. Un effort exceptionnel, selon le Premier ministre. Ensuite, il a fallu travailler à remobiliser la classe politique et toutes les autres sensibilités en vue de la tenue des Assises nationales de la refondation. Celles-ci ont défini des priorités qui se recoupaient avec celles contenues dans le Plan d’action du gouvernement (PAG).
 
CHASSE GARDÉE- Le gouvernement pouvait alors œuvrer véritablement à l’amélioration de la sécurité. Les résultats engrangés sur ce front sont tangibles. Aujourd’hui, selon le Premier ministre, notre Armée est la fierté nationale. Elle peut intervenir sur «n’importe quelle partie du territoire national, sans avoir besoin de la permission de qui que ce soit».

Cette montée en puissance est l’effet d’une réorientation stratégique de la politique de défense, décidée par le président de la Transition à la suite du retrait unilatéral de la force française. Divers horizons ont alors été explorés pour trouver des partenaires qui n’ont pas «d’agenda caché». Aujourd’hui, la Russie, sans s’immiscer dans nos affaires internes, vend des équipements au Mali. «Nous les achetons avec nos richesses propres», a précisé le Premier ministre.

Ce partenariat pragmatique avec les Russes nous vaut l’inimitié d’une partie de la communauté internationale, menée par une puissance qui considère le Mali comme sa chasse gardée. Or, a dit sans ambages le chef du gouvernement, «nous ne voulons plus avoir un tuteur. Nous ne sommes la chasse gardée de personne...».

Cela semble désormais être compris sur la scène internationale. Et les autorités sont en passe de regagner l’estime des partenaires. Le décret prorogeant la Transition de 24 mois participe justement de cette volonté de mettre en confiance les partenaires. C’est en effet un «acte de foi» du chef de l’Etat, qui veut surtout montrer à «nos frères de la Cedeao que nous ne sommes pas dans la diversion» et qu’il n’y a «aucun esprit de défiance vis-à-vis de qui que ce soit».

Dr Choguel Kokalla Maïga est convaincu que ce qui se passe entre la Cedeao et le Mali est une brouille passagère. Il s’est dit «raisonnablement optimiste», avant d’assurer que pour le moment, la rupture avec l’organisation communautaire n’est pas à l’ordre du jour. La rupture du mandat de la Minusma n’est pas non plus envisagée. Cependant, a-t-il prévenu, «on ne peut pas accepter qu’un pays sous le couvert de la Minusma vienne espionner notre armée».
 
VERS UNE IVè RÉPUBLIQUE- Après le décret fixant le délai de la Transition, les réformes vont s’enchainer à une «vitesse V pour que d’ici un an, nous créons les conditions de la tenue d’élections transparentes pour retourner à l’ordre constitutionnel normal». À cet égard, il faut rappeler qu’un projet de loi électorale prenant en compte la création de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) est déjà dans le circuit d’approbation du Conseil national de Transition (CNT).

«Nous pensons que si l’organe est mis en place, suivant la lettre et l’esprit du texte, il doit minimiser les risques de contestation des élections», a estimé Dr Choguel Kokalla Maïga. Aussi, le pays se dotera d’une Constitution conforme à nos valeurs et qui répond aux aspirations du peuple. «Une quatrième République est nécessaire», a-t-il insisté.

Pendant cette première année, la lutte contre la corruption s’est traduite par des interpellations au niveau de la justice. «Des milliards sont versés aujourd’hui, d’autres déposent des cautions», a révélé le Premier ministre. Et quant au secteur agricole, il a bénéficié de subventions conséquentes (17 milliards de Fcfa pour la prochaine campagne) qui ont permis à notre pays de retrouver sa place de premier producteur de coton en Afrique de l’Ouest.

Aussi, le gouvernement a remis en état des infrastructures agricoles, notamment le barrage de Markala pour lequel plus de 3 milliards de Fcfa ont été mobilisés. Les efforts ont porté également sur la réhabilitation de plus de 2.000 écoles et 5 milliards de Fcfa sont en train d’être investis dans les infrastructures routières. Ces investissements ont été rendus possibles grâce à une rationalisation des dépenses publiques : plus de 100 milliards de Fcfa économisés.

Alors que l’état a dû renoncer à des «centaines de milliards» pour jouer sur les prix de certains produits de grande consommation. «A la date d’aujourd’hui, toute chose égale par ailleurs, les prix des produits de première nécessité au Mali sont plus bas que dans tous les pays de la sous-région», a soutenu le chef du gouvernement.

Issa DEMBELE

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