Commerce de bétail : Les professionnels se plaignent des tracasseries

Malgré son importance dans l’économie, la filière bétail rencontre plusieurs contraintes

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Publié jeudi 13 janvier 2022 à 08:01, mis à jour mardi 25 janvier 2022 à 11:01
Des navires de l’US Navy, de la marine chilienne, péruvienne, française et canadienne, lors d’un exercice dans l’océan Pacifique, en 2018.

L’interprofession bétail a reçu beaucoup de plaintes des commerçants, relatives à des prélèvements effectués par les agents de contrôle en toute violation des textes en vigueur. Le problème a été maintes fois soulevé lors des différents fora mais la pratique perdure

«Il me revient de façon régulière que des marchands de bétail se plaignent des prélèvements illicites effectués par des agents de contrôle au niveau des postes. Ces actes fragilisent la compétitivité de la chaine de valeur et amenuisent les revenus des acteurs de la filière bétail. Ces pratiques néfastes portent un préjudice au commerce du bétail dans notre pays et ont comme conséquences un énorme manque à gagner», se plaint le président de l’interprofession bétail, Mamadou A. Diallo.

Il faut rappeler que l’interprofession bétail qui réunit les acteurs du secteur de l’élevage, a été créée en 2021. Elle œuvre pour le développement du secteur de l’élevage,  la valorisation et  la compétitivité  du cheptel malien. Elle intervient aussi pour favoriser la réalisation d’ouvrages modernes, notamment les abattoirs.
Aujourd’hui, estime le président Diallo, la viande coûte plus cher dans notre pays que dans les autres pays de la sous région à cause des tracasseries, alors qu’il est le premier producteur de cheptel de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et deuxième de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao).

Mamadou A. Diallo souligne que l’interprofession a reçu beaucoup de plaintes des commerçants, relatives à des prélèvements illicites par des agents de contrôle. Et de rappeler qu’il n’y a pas d’argent à prélever sur les mouvements du cheptel en cas de respect de la règlementation en vigueur.
Si les agents de contrôle sont indexés par la plupart des acteurs de la filière, il y a plusieurs  intervenants  plus coriaces qui interviennent mais qui sont méconnus du public. Ils interviennent tout au long des trajets et font, selon nos sources, des prélèvements illicites. Parmi ceux-ci on peut citer les intermédiaires, les logeurs, les syndicats des transporteurs. Selon la même source, ils peuvent réclamer jusqu’à 6.000 F cfa par tête de bétail.

Les résultats de l’enquête de juillet 2017 sur les tracasseries routières au Sahel et en Afrique de l’Ouest indiquent que le second corridor le plus contrôlé après celui d’Abidjan-Accra-Lomé-Cotonou-Lagos pour les commerçants de produits vivriers et de cola, est le corridor Koutiala (Mali)-Dakar (Sénégal) pour les commerçants de bétail, mil/sorgho et d’arachide. Sur ce corridor, un camion est contrôlé 65 fois sur un tronçon de 1.722 km soit 4 contrôles à chaque 100 km.

Malgré son importance dans l’économie, la filière bétail rencontre plusieurs contraintes notamment l’accès au marché des produits de l’élevage, particulièrement le bétail. Le  bétail malien fait face aux obstacles de tous ordres empêchant sa libre circulation dans notre pays et dans l’espace Cedeao. Ces obstacles font croire aux acteurs que la libre circulation des biens et des personnes tant prônée par cette organisation ne semble pas  être une réalité. Il faut rappeler que  l’élevage contribue dans notre pays à hauteur de 19 % au produit intérieur brut et constitue une source significative de subsistance pour 80% de la population. Dans le cadre de la simplification des procédures d’exportations des animaux vivants, notre pays a adopté en 2000 le décret 00-505/P-RM portant règlementation du commerce extérieur. Dans le souci de favoriser la libre circulation des biens, la Cedeao a mis en place un plan de libéralisation du commerce, soutenu par plusieurs textes juridiques devant réguler les échanges. Sur le terrain, cette volonté politique des dirigeants ouest-africains est tout autre.

De nombreux obstacles dans le commerce du bétail mettent en doute l’existence de ces textes par les acteurs. Chauffeurs, transporteurs et commerçants du bétail continuent de souffrir avec les paiements illicites à l’intérieur du pays et sur les corridors transfrontaliers. Amadou Dia est commerçant de bétail sur l’axe Bamako-Gao. Selon lui, les tracasseries ont atteint un niveau tel que les commerçants du bétail peinent à tirer leur épingle du jeu. «Imaginez qu’à chaque poste de contrôle (police, douane, gendarmerie) vous devez payer quelque chose malgré que vous êtes en règle», déplore le commerçant.

UN PARCOURS DU COMBATTANT-Un autre transporteur, Boubou Cissé, joint au téléphone sur l’axe Bamako-Ségou exprime sa déception face à cette situation. Notre interlocuteur affirme que qu’il est chaque fois obligé de faire appel à son patron pour  pouvoir passer sans payer des pots de vin. «Nous faisons des heures et des heures à négocier avec les agents de contrôle au niveau des postes maliens. Et pour ne pas perdre du temps avec nos animaux, il nous arrive de payer sans reçu», regrette Cissé.


«Le pire, c’est à l’approche des fêtes musulmanes, où les tracasseries vont atteindre le pic. Pendant ces périodes, pour amener mon bétail à Bamako, je paye 3000 Fcfa par tête», déclare Boubou Diallo, commerçant sur l’axe Nioro-Bamako.
Traversée la frontière avec le bétail est un véritable parcours du combattant à cause de la multiplicité des points de contrôle, dénonce Amadou Dia. À l’en croire, à ces différents postes, les agents procèdent à des prélèvements non justifiés qui dérogent à toutes les réglementations en vigueur.
Selon le président de l’interprofession bétail, Mamadou A. Diallo, il a été constaté que les commerçants de bétail payent des sommes variées entre 1.000 et 2.000 Fcfa par camion et selon certains transporteurs, la police, la douane et la gendarmerie sont les auteurs  de ces tracasseries et les montants  varient par transporteurs.

Dans l’optique de préserver les intérêts de la filière bétail, l’interprofession se bat selon son président  pour la diminution des postes de contrôle. Pour éviter ces tracasseries et prélèvements illicites, Mamadou A. Diallo explique que le commerçant doit disposer de l’autorisation de transports, avoir le certificat Zoo sanitaire délivré par les services  vétérinaires  qui atteste que le cheptel est indemne de toute épizootie  et avoir  le véhicule de transports en règle, c’est à dire disposer de la vignette, d’assurance et de contrôle technique. Le  gouvernement  malien, pour  faciliter le commerce et l’exportation, a abandonné toutes les charges  sur l’exportation et la commercialisation du  cheptel, a fait savoir Mamadou Diallo avant d’ajouter que les marchants et transporteur de bétail en règle ne doivent rien payer au niveau des postes de police, de gendarmerie et de douane. Cette mesure, selon le président, a été prise pour éviter des arrêts prolongés des convois d’animaux qui peuvent conduire à des pertes d’animaux par asphyxie, constituant de ce fait un manque à gagner pour les commerçants.
Pour diminuer ces pertes, l’interprofession bétail affirme est en contact permanent avec les postes de contrôle les plus exigeants, notamment ceux de l’axe Bamako-Niono qui est le plus grand marché pourvoyeur du bétail. Cela dans l’objectif de diminuer les tracasseries qui sont de véritables freins à l’épanouissement des opérateurs économiques, des éleveurs et marchands de bétail.

UNE LOGISTIQUE DÉFAILLANTE-Lors d’un atelier sous régional tenu à Bamako sur la fluidification du commerce de bétail, le directeur de l’Institut du sahel (Insah) disait ceci : « Le constat est aujourd’hui triste de souligner que pour un cheptel estimé à près de 200 millions de têtes, toutes espèces confondues, le commerce transfrontalier porte sur moins de 5 millions de têtes, confinant notre région dans une dépendance vis-à-vis du marché international ». Mohamed Abdelah Ebbe soulignera que les produits régionaux comme les produits  animaux végétaux, les produits artisanaux, les produits industriels originaires doivent circuler dans l’espace communautaire, exemptés des droits de douanes selon la lettre et l’esprit de l’intégration économique régionale.
Cependant, déplore Mohamed Abdelah Ebbe, force est de constater que le commerce du bétail est jalonné par des pratiques de mauvaise gouvernance, caractérisée par la non application de la règlementation régionale, la méconnaissance des textes de lois par les acteurs, la difficulté des convoyeurs et exportateurs de bétail à fournir des documents administratifs indispensables au commerce avant le voyage.

Pour Brahima Cissé, chargé du commerce intra-régional et transport des produits agricoles et bétail au Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss), la logistique constitue la principale raison des entraves et tracasseries dans le commerce du bétail. «Difficilement on tombe sur un camion respectant toutes les règles régissant le commerce. Même si les documents sont au complet, le camion est défectueux», ajoute Brahima Cissé  qui pense également que les règles régissant le commerce de bétail dans notre pays sont en déphasage avec la pratique du commerce et d’exportation de bétail.
Aussi, dira le spécialiste, une des raisons des tracasseries est la  méconnaissance des textes par les acteurs eux-mêmes. Pour lui, il y a lieu d’harmoniser les documents car au niveau des frontières, souvent les papiers demandés diffèrent selon le cas. Il propose de mettre en place au niveau des frontières des marchés de bétail où les commerçants des pays de la sous-région viendront s’approvisionner. En outre, Brahima Cissé pense que les autorités doivent prendre des décisions rigoureuses pour éradiquer ce problème.

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De plus, serait-il encore plus loin de comprendre que lorsque l’incohérence atteint son paroxysme, elle arrive à créer un problème qui constitue en réalité sa propre solution. Tel peut être résumé dans un proverbe bien de chez nous, selon lequel «À force de jeter très loin le crapaud, celui-ci pourrait atterrir dans la fraicheur».
Telle pourrait être également la leçon à tirer de la volonté des chefs d’État de la Cedeao et de l’Uemoa de chercher, coûte que coûte,.

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La vigilance des douaniers en poste à Kadiana, Région de Bougouni, a porté des fruits. Le bureau des douanes de cette localité a mis les bouchées doubles pour empêcher toute opération frauduleuse dans cette bande frontalière entre le Mali et la Côte d’Ivoire. Ce dispositif a permis de saisir, à bord d’un véhicule, un sac rempli de billets de banque en Fcfa. Le chef du bureau Taha Ag Mohamed a déclaré que le montant s’élève à plus de 240 millions de Fcfa. Le détenteu.

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