Sikasso : Des beliers à prix d’or

Certains sont vendus à plus de 300.000 Fcfa. Ce qui est énorme pour le Malien moyen

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Publié mercredi 06 juillet 2022 à 08:03, mis à jour dimanche 07 août 2022 à 16:53
Sikasso : Des beliers à prix d’or

Ces bêtes n’attendent que les preneurs

 

Samedi prochain, la communauté musulmane célébrera l’Aïd El-Kebir. Cette fête oblige chaque musulman (s’il en a les moyens) d’immoler un mouton. Cette année, l’insécurité et les effets de l’embargo ont provoqué une hausse des prix des béliers. Au grand dam des clients. Pour en savoir plus, notre équipe de reportage a rencontré certains marchands et clients dans la Capitale du Kénédougou.  

Il est 9 heures au marché de bétail du quartier Médine de Sikasso. Des bêlements de moutons, attachés à des piquets de bois, animent le site. L’odeur suffocante des urines et des matières fécales des petits ruminants se fait sentir partout. Quelques clients sont sur place, marchandent les béliers avec les commerçants. «Des moutons ? Il y a en, approchez-vous afin de pouvoir faire votre choix», s’adresse le vendeur de mouton Mamadou Tamboura à notre équipe de reportage. Le quinquagénaire évolue dans le domaine depuis plus de 10 ans. Cette année, témoigne-t-il, il n’y a pas assez d’affluence. «L’année passée, à pareil moment, j’avais déjà écoulé une trentaine de moutons. Mais à présent, je n’ai écoulé qu’une quinzaine», dit-il.

Les prix des moutons de notre interlocuteur varient entre 75.000 et 200.000 Fcfa. à cause l’insécurité, ses bêtes proviennent de Yangasso. «Auparavant, mes animaux provenaient de Hombori (au Nord), car ils sont moins chers là-bas. Actuellement, je n’ose pas m’y rendre sinon on va me déposséder de tous mes moutons en cours de route», déplore Tamboura, ajoutant qu’il existe une grande différence entre les prix des moutons de Yangasso et ceux de Hombori. «Le bélier vendu à 85.000 F à Hombori n’est pas cédé en dessous de 95.000 Fcfa à Yangasso. Si nous devons prendre en charge les frais de transport, vendre l’animal et avoir des bénéfices, le prix prendra obligatoirement l’ascenseur», justifie-t-il.

Cette année, Mamadou Tamboura se limitera à un seul voyage. Alors que par le passé, il effectuait 2 à 3 voyages à l’approche de la fête de Tabaski. Le commerçant invite l’état à chercher des solutions idoines afin de réduire le paiement des nombreux frais de transports dans la région.

Si notre premier interlocuteur se plaint de l’insécurité, le commerçant du quartier Bougoula ville ou encore «Flasso», Soumaïla Diarra, pointe du doigt la cherté de la vie. Les gens n’ont pas d’argent, dit-il. Pour se procurer une bête auprès de Diarra, il faut débourser entre 65.000 et 175.000 Fcfa. Lui qui se ravitaille à Niena trouve que le marché n’est pas florissant. « Les clients ne cessent de contempler nos bêtes, mais ils ont tous le même refrain : les temps sont durs », explique-t-il.

Le quinquagénaire Abdallah Bamba, voyant les animaux de Soumaïla Diarra, n’arrive même plus à se concentrer sur le volant de sa moto Jakarta. Finalement, il rebrousse chemin et s’adresse au commerçant: «J’apprécie vraiment ce bélier au cou noir mais mon argent n’est pas suffisant pour pouvoir l’acheter», avance-t-il. Malgré l’encouragement du commerçant, Abdallah Bamba décide de «revenir après».

Pour Joseph Dembélé, également commerçant de béliers au quartier Wayerma II, non loin du CSCOM, c’est le manque de fonds de roulement qui joue sur nombre de vendeurs de moutons. «Les temps sont durs, aucun commerçant n’a accepté de nous donner ses animaux à crédit, car tout le monde a besoin d’argent», se lamente-t-il. Les béliers de Joseph Dembélé proviennent des villages de Kimparana, Niéna, Kléla, Loutana et Danderesso. Il y a en pour toutes les bourses. Les plus gros béliers sont cédés à 300.000 Fcfa, tandis que les plus petits sont vendus à 60.000 Fcfa. «Cela fait un mois que j’ai commencé le commerce de moutons. J’ai pu écouler 82 moutons, contre 150 l’année passée», détaille-t-il.

«Actuellement, la ville de Sikasso compte environ 1.200 têtes de moutons reparties entre les marchés de Médine, Sanoubougou I et II, Wayerma, etc.», nous informe le secrétaire général de la Coopérative des petits ruminants de Sikasso, El Hadj Abdramane Diarra. Pas suffisant ! Notre interlocuteur déplore cet état de fait, qui explique en partie la cherté du mouton sur le marché.


Il souligne aussi l’impact de l’insécurité sur le transport des animaux. Jadis, se souvient-il, on se rendait, pendant la nuit, dans les villages de Gouma et Takoudi (Diré). Après les achats, on retournait le lendemain. Tel n’est plus le cas. Malgré ces contraintes, El Hadj Abdramane Diarra invite tous les commerçants de moutons à maintenir les prix à des niveaux acceptables pour permettre à chaque musulman de se procurer un bélier pour la Tabaski


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