Sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa : La Région de Kayes organise la riposte

Avant les sanctions, au moins 300 camions franchissaient nos frontières chaque jour

Publié mercredi 09 février 2022 à 06:59
Sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa : La Région de Kayes organise la riposte

Les autorités de cette région frontalière ont pris des mesures pour assurer l’approvisionnement régulier des marchés et la stabilité des prix des denrées
alimentaires, des médicaments et des hydrocarbures

Le devenir du peuple malien figure parmi les grandes priorités du gouvernement de la Transition, surtout pendant cette période de crise accentuée par les sanctions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’Union économique monétaire ouest-africaine (Uemoa).

Les plus hautes autorités du pays ne ménagent aucun effort pour aider les populations à faire face à ces sanctions prises lors d’un sommet extraordinaire de ces deux organisations régionale et sous-régionale, tenue le 9 janvier 2022 à Accra, capitale du Ghana.

Ces mesures concernent la fermeture des frontières, le gel des avoirs financiers du Mali au niveau de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et des établissements bancaires de l’espace Cedeao. Elles visent à asphyxier notre économie nationale et à isoler notre pays.

Bien que l’importation des produits alimentaires, des médicaments et des produits pétroliers ne soit pas interdite, les sanctions ont un impact négatif sur l’économie du pays et peuvent constituer des sources de frustrations.

D’où la nécessité, pour le gouvernement, de concevoir un plan de sauvetage, en fixant des prix standards et en constituant des stocks alimentaires afin d’alléger les souffrances des populations pendant cette période critique de l’Histoire de notre pays.

Ces mesures sont hautement appréciées dans la Région de Kayes, frontalière du Sénégal et de la Guinée, tous des pays membres de la Cedeao. Elle est également limitée au nord par la Mauritanie, un pays non membre de la Cedeao. Contrairement à la Guinée, le Sénégal applique les sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa, fragilisant du coup l’économie, tant au niveau régional que national. Car la plupart des marchandises destinées au Mali transitent par le Port de Dakar.

De ce fait, le gouverneur de la région, le colonel Moussa Soumaré, a mis en place un comité régional de crise pour réduire l’impact de ces sanctions sur la vie des populations. Il s’agit, pour lui, d’assurer l’approvisionnement régulier des marchés et de veiller sur le respect des prix.

Compte tenu du caractère sensible de la situation actuelle du pays et de la centralisation de l’information, les chefs de service impliqués dans la gestion de ces sanctions n’aiment pas s’adresser à la presse sans se référer à leur hiérarchie et à ce comité régional de crise.

Face aux nombres sollicitations des journalistes de la presse publique et privée au niveau de la délégation régionale de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM) et des directions régionales (commerce, concurrence et consommation ; douanes), le comité régional de crise que préside le gouverneur a donné l’autorisation au directeur régional du commerce, de la consommation et de la concurrence de Kayes, Fousseyni Bamba, au chef division des services de bureau à la direction régionale des douanes, Abdoulaye Ongoïba, et au président de la délégation régionale de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, Diabé Doucouré, pour coanimer le 5 février 2022 au gouvernorat un point de presse sur la situation de la Région.

Cette rencontre a permis à la presse d’être édifiée sur les dispositions prises par les autorités afin de faciliter l’approvisionnement des marchés en denrées de première nécessité dans le but de réduire l’impact des sanctions. «Le gouverneur de la Région de Kayes a pris l’initiative de créer un comité pour gérer la situation.

Nous avons constaté qu’il n’y a pas eu de perturbation. Le marché est stable et fonctionne normalement», a assuré Fousseyni Bamba, de la direction régionale du commerce, de la concurrence et de la consommation.

Par ailleurs, Fousseyni Bamba a attiré l’attention de la presse sur l’insuffisance du stock de ciment et de sucre. Selon lui, l’État a plafonné le prix du sucre local à 500 Fcfa et celui du sucre importé à 600 Fcfa. Il faut signaler que le sucre importé avait grimpé de 450 à 600 Fcfa avant même que le pays ne soit sanctionné par la Cedeao et l’Uemoa.

Du côté des commerçants, le président Diabé Doucouré de la délégation régionale de la CCIM a indiqué que sa structure a opté pour la sensibilisation. Il a déclaré aux journalistes et animateurs avoir pris contact avec deux autres structures (Synacodem et la Coordination régionale des commerçants détaillants) pour mener cette activité dans les différents marchés de la ville et de l’ensemble de la Région. «Nous voulons éviter la pénurie de stocks et les spéculations autour du prix des denrées de première nécessité.

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas de flambée de prix. Les prix sont bons et abordables. On peut comprendre les petites fluctuations de 50, 100 et 150 Fcfa pendant les périodes de crise. Je félicite le gouvernement pour ses efforts de stabilisation des prix. Il n’y a pas de surenchère. Nous remercions les opérateurs économiques», a affirmé Diabé Doucouré.

Du côté des soldats de l’économie, on sent que l’heure n’est pas au pessimisme bien que la situation soit peu luisante. «Les produits de première nécessité arrivent aux postes de contrôle sans problème. Il y a une centaine de camions en attente. Avant les sanctions, au moins 300 camions franchissaient nos frontières chaque jour. Avant les sanctions, on percevait 4,5 milliards de Fcfa comme recettes. Avec la crise, nous ne gagnons que 2,6 milliards de Fcfa. Surtout que l’État a consenti des efforts, en concédant 50% de ses recettes pour soulager les populations» a précisé Abdoulaye Ongoïba, chef de division des services de bureau à la direction régionale des douanes de Kayes.

«Nos agents ont contrôlé 92 points de vente. 36 boutiquiers contrevenants ont été verbalisés. Nous avons recouvré 1.115.000 Fcfa d’amendes. Nous voulons amener les opérateurs économiques à vendre leurs produits aux prix normaux. Notre devoir, c’est d’aider les opérateurs à faire en sorte que les efforts de l’État profitent aux populations. Il n’y a pas de rupture de stock», a affirmé le directeur régional Fousseyni Bamba.

Dans la région, certains habitants souhaitent que l’État encourage les sociétés d’État et entreprises privées (Gagonterie, Sukala-SA) à renforcer les capacités de production de leurs usines en vue de satisfaire une demande de plus en plus croissante. Dans la Cité des rails, la tonne de ciment (local et importé) est vendue à 120.000 Fcfa et le sac de 50 kg à 6000 Fcfa.

D’après un interlocuteur anonyme, à part le ciment, les autres produits n’ont pratiquement pas connu de hausse après l’entrée en vigueur des sanctions. Le coût de la tonne de ciment oscille entre 75.000 et 80.000 Fcfa, celui du sac de sucre à 23.500 Fcfa. L’huile est cédée à 1.250 Fcfa le litre et à 22.500 Fcfa pour le bidon de 20 litres. Le riz importé est livré à 16.500 Fcfa. Le coût de ces produits importés varie en fonction du marché international.

Certains chantiers de construction sont au ralenti ou presqu’à l’arrêt à cause de la cherté du ciment et des autres matériaux. Beaucoup de marchandises destinées au Mali sont bloquées au niveau de la frontière à cause des sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa.

«Si on ne parvient pas à faire baisser le prix, il n’y aura pas d’augmentation. C’est le sucre qui est cher, nous nous sommes compris sur cette question. Nous sommes en pourparlers avec les affaires économiques. Tout opérateur qui tente de profiter de cette situation pour s’enrichir, ne sera pas avec nous.

C’est une question de dignité et non de profit», avait indiqué Souleymane Diarra du Syndicat national des commerçants détaillants du Mali (Syncodem) lors d’une manifestation de soutien à la Transition. «Nous sommes dans une situation exceptionnelle. Nous devons changer notre mode de vie, notre régime alimentaire. C’est le riz qui doit être notre nourriture de base», a suggéré le patron de la délégation régionale de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali.

Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes

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