#Mali : Recueillement sur la tombe : Un devoir religieux ?

Les adeptes de la pratique justifient cet acte par le besoin constant de prier pour leurs morts. D’autres prétextent simplement le fait que ce recueillement consolide la foi

Publié dimanche 19 mai 2024 à 18:39 , mis à jour vendredi 21 juin 2024 à 08:24
#Mali : Recueillement sur la tombe : Un devoir religieux ?

Il est recommandé de se recueillir sur la tombe des siens disparus

 

Le vendredi est un jour saint. De nombreux compatriotes choisissent généralement ce jour pour se rendre dans différents cimetières et se recueillir sur les tombes de leurs parents ou proches rappelés à Dieu. La pratique intitulée en bamanankan : «Kabourou djourali» court les rues. Pour s’en convaincre, notre équipe de reportage a fait le tour de quelques cimetières de la capitale.

Au boulevard des allongés de Sébénicoro, en Commune IV du District de Bamako, Bintou Diabaté est venue se recueillir sur la tombe de son époux. Elle répète ce rituel depuis douze ans qu’elle a perdu son mari. «Après quatre mois de veuvage, j’ai décidé d’observer ce rituel pour le repos éternel de son âme», explique la veuve. Elle se souvient de l’intense émotion qu’elle a ressentie la première fois qu’elle a visité la sépulture de son défunt conjoint. Elle explique à qui veut l’entendre, mais avec une pointe de mélancolie, qu’au fil de ses visites de recueillement, elle a fini par comprendre que son défunt avait plus besoin de ses prières que de ses pleurs et encourage sa progéniture à faire de même.

Ali Farota, commerçant, a perdu son grand-frère en 2018. Depuis lors, il se recueille régulièrement sur sa tombe. Il soutient que cette pratique permet à l’être humain de toujours garder à l’esprit qu’Allah reste le Tout-Puissant, le Clément et Miséricordieux et le Créateur de tout. «On finira tous dans un cimetière. Une fois par semaine ou chaque vendredi, nous devons prier pour le repos de nos défunts. Cela permet aussi de renforcer notre foi», plaide le commerçant. Au cimetière de Lafiabougou, en Commune IV, reposent treize membres de la famille d’El hadji Mamadou Sissoko, y compris ses parents et son épouse. C’est un devoir moral, mais surtout religieux de prier pour eux et de leur implorer le pardon et la grâce d’Allah.

«J’ai commencé la pratique, depuis le décès de mon père en 1992», explique le commerçant éprouvé par la perte de toutes ces personnes si proches. Quant à Abdoul Karim Konaté, gestionnaire d’entreprise, lui a une philosophie toute faite. Pour lui, la mort conduit de facto l’extinction des faits d’une personne.

 Pour un musulman, seules les bonnes actions qu’il a accomplies de son vivant et qui continuent à profiter à la communauté, ainsi que les prières de ses enfants, l’atteignent. Le gestionnaire affirme que ça ne coûte rien de sacrifier un peu de son temps pour se recueillir sur la tombe d’un parent décédé. 

 

SOURATES RECOMMANDÉES- Amadou Balla Moussa Traoré fait partie de ceux qui ont cultivé cette habitude religieuse. «Étant tout petit, j’accompagnais mon père qui venait se recueillir sur la tombe de mon grand-père. Aujourd’hui, c’est à mon tour d’accomplir ce rituel pour lui. Depuis son décès en 2017, je perpétue la tradition afin que tous nos morts puissent reposer en paix», déclare-t-il.

Pour le professeur d’enseignement secondaire général Nouhoum Cissé, il est culturellement important voire indispensable d’aller rendre visite à un mort au cimetière. «Je vais au cimetière pour faire des vœux à l’endroit de mes défunts parents et afin que ma postérité soit florissante. Car, entre ces morts et moi, il y a un lien affectif qui reste permanemment dans mon cœur», dit-il. Selon Mamadou Makadji, imam d’une mosquée à Banconi-Plateau, «chaque fois qu’on peut, mais avec une recommandation pour le vendredi, on doit cultiver en soi l’habitude d’aller se recueillir sur la tombe des siens disparus».


Notre interlocuteur explique qu’il y a des sourates recommandées quand on s’y rend au cimetière pour accomplir ce rituel. Dans un premier temps, explique l’érudit, il faut réciter une à trois fois la «fatiha». «Ensuite, il faut aussi prononcer 11 fois la sourate El-Ikhlass (la pureté de la foi) qui renvoie à l’unicité d’Allah. Chaque récitation de la sourate El-Ikhlass doit absolument être précédée de la «basmala», la formule qui ouvre, à l’exception de la sourate : le repentir, toutes les autres. C’est-à-dire «Bismillahi Rahmani Rahim» (Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux et le très Miséricordieux).


Puis, il faut réciter 11 fois la «Salatoul fatiha» ou toutes autres prières qui rendent hommage au Prophète Mohamed (paix et salut sur lui). Après avoir dit ces sourates, le croyant commence alors à implorer Dieu afin qu’Il accorde le paradis éternel au défunt», enseigne l’homme de Dieu, avant d’ajouter que le fidèle doit aussi prier pour lui-même afin de bénéficier de la miséricorde et de la grâce d’Allah.

Dans la foi catholique, se recueillir sur les lieux de sépulture est un acte de foi hautement recommandé à tous les fidèles. «Les défunts sont nos défunts et nous sommes en parfaite relation avec eux. Nous formons une même communion avec les personnes mortes. Donc, nous ne les abandonnons pas et nous prions pour elles. Au même titre qu’elles prient pour nous», explique l’Abbé Jean Baptiste Diarra, vicaire à la Paroisse Sacré-Cœur de Bamako.

La pratique de la visite au cimetière semble avoir de beaux jours devant elle. Surtout qu’elle puise plus ou moins sa source d’une croyance religieuse.

Sinè TRAORE

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