#Mali : Implosion du foyer : La précarité en cause

L’autonomisation de la femme est déterminante dans la vie conjugale. Le juge Oumar Touré explique que la plupart de demande de divorce est enregistré auprès des femmes qui vivent aux dépens de leurs maris.

Publié jeudi 21 décembre 2023 à 07:06
#Mali : Implosion du foyer : La précarité en cause

La plupart des audiences des mardis et jeudis sont consacrées aux divorces


Je suis malheureux, je souffre  dans mon foyer, même la nuit, je ne dors pas. Tout le monde me boude y compris mes enfants. J’en ai marre de ce mariage. Il est temps qu’on a finisse, se plaint le mari de Mariam. Pour lui, sa femme a promis de piler les morceaux de bouteille, et la faire avaler. Cette menace de mort précise le mari, le hante. Je sais qu’elle  en est capable car elle ne m’aime plus, mais  avant qu’on arrive au drame, je prends mes responsabilités, je me sépare d’elle. Mr, le juge, cette femme n’est plus ce qu’elle était, elle a complément changé et je ne la reconnais plus.


Ça se passe au tribunal de la commune VI, ici, la réalité dépasse la fiction. Nous sommes jeudi 09 février, il est 10h, la cour du tribunal refuse le monde. Dès l’entrée, on a du mal à s’effrayer un chemin, des centaines de personnes attendent patiemment leur tour de la proclamation de divorce. Comme tous les jeudis et mardis, les amoureux se disent « NON » devant le juge du siège. Ceux qui ont des avocats, sont les premiers à être reçu dans e bureau du juge, couple après couple. Les autres patientent dans les couloirs. Les femmes sur les bancs se sympathisent, alors que les hommes se dégourdissent les jambes, munis de leurs actes de mariage à la main.


Quant au couple Traore, après l’intervention du mari, Mariam donne sa version des faits. Cet homme est mon mari, le père de mes enfants. Je ne mentirai jamais sur lui.  Il a pris une seconde femme, depuis lors je ne compte plus pour lui. Cela fait 10ans que l’on vit ensemble. J’ai tant  enduré, se défend-t-elle. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, est la violence. Selon les explications de la dame, de plus en plus son mari se montre violent à son égard. Il l’a bat devant ses deux parents, sans qu’ils n’interviennent. 


La bonne dame ne peut rien lui demander, ni même lui adresser la parole. Mme Traore a fait part d’une anecdote : c’était le jour du mariage civil, sans informer sa femme de son projet, il sait mis à la battre à sang, avec la complicité de son petit frère avant de se rendre à la marie pour sceller le mariage avec sa nouvelle dulcinée. C’est suite à cette violence que Mariam s’est rendue à l’association des femmes battues, qui en collaboration avec la police ont arrêté le mari et son jeune frère. Ils ont reconnu les faits, mais après l’intervention de la famille, ils ont été relâchés. Cependant la police a contraint le mari à mieux s’occuper de sa famille. Car au moment des faits, le mari à part le prix du condiment et le loyer, ne faisait aucune autre dépense de la famille. La preuve, leur nourrisson souffrait de la malnutrition par manque des aliments nécessaires pour sa croissance.


« J’aime mon mari, disait Mariam. Je tiens à mon mariage, je ne veux pas divorcer. Mais je vois qu’il ne veut rien avoir faire avec moi, donc je le lui accorde.»
À en croire la femme, son mari préfère dormir au salon avec la servante, que de passer la nuit en chambre avec elle. Pour preuve, la femme fait voir   une photo montrant son mari entrain de dormir sur le canapé et sa servante couchée par terre dans une position compromettante. Par ailleurs, elle n’a pas la certitude de l’adultère mais cet acte montre le mépris qu’il nourrit à l’égard de sa femme.C’est pourquoi, elle se résigne en sa volonté de divorce mais en demandant une somme 25 millions de Fcfa au titre de dommage et intérêt. Mère de trois enfants, la jeune dame de 32 ans ne mène aucune activité économique. En attendant la délibération, Mariam croise les doigts.


Les causes du divorce, selon la loi malienne, sont entre autres : l’infidélité, les excès, les sévices, les injures graves ; la condamnation à une lourde peine, la consommation abusive d’alcool et des produits stupéfiants.
Le juge de siège, Oumar Touré, indique que la cause première qui fait exploser les ménages, est la pauvreté (le manque d’assumer ses responsabilité financières). Les époux en sont régulièrement reprochés. « Quand on  reçoit les couples ici, la femme se plaint très souvent de l’homme qui ne l’aurait pas nourri, ni soigné moins habillé entre autres. » Ensuite, vient en second rang, la violence basé sur le genre, a ajouté le magistrat. Pour lui, les femmes demandent le divorce pour maltraitances physique et surtout morale. En en 3e lieu, vient l’impuissance sexuelle, a ajouté le juriste.


Cependant, quatre semaines se sont écoulées sous l’œil stressant de notre interlocutrice. Puis soudain, Paw ! le verdict est tombé !
À cet effet, Mariam a reçoit le certificat de son divorce, des mains de la secrétaire dont le contenu fut écrasant : Pension alimentaire 10.000 Fcfa pour chaque enfant. Concernant sa demande de 25 millions au titre de dommage et intérêt, lui a été refusée, aucun bien, aucune aide financière.


L’air abattu, visage fané, elle exprime son désarroi. « Le divorce ne m’affecte pas. Mais passé 10 ans de ma vie aux côtés d’un homme qui me jette pour une autre, comme une vieille chaussette, sans me dédommager, me meurtrit. Je suis déçue de la décision judiciaire », renâcle-t-elle avant d’ajouter qu’elle ne ferait pas appel, car elle s’en remet à Dieu. En réalité Mariam ne sait rien faire de ses dix doigts,  confie sa grande sœur tout en l’a consolant, c’est pourquoi elle craigne d’affronter sa nouvelle situation. Pour qui, il y’a lieu de crainte. Comment nourrie trois avec 30000 CFA. Quant au mari, il promet de prendre soin des enfants. « Ceux sont mes enfants, si je peux faire mieux pour eux, en dehors de pension alimentaire je le ferai.»


De nos jours, l’autonomisation de la femme est déterminante dans la vie conjugale. Selon le juge Oumar Toure, la plupart de demande de divorce sont enregistrées auprès des femmes qui vivent au dépend de leurs maris. Pour étayer ses propos, l’ESSOR dans sa parution N° 20009 du 3novembre dernier a indiqué ‘’Bamko : plus de divorce que le mariage’’. La seule ville de Bamako a enregistré 8130 cas de divorce, courant 2022. Au cours de la même période 6950 mariages ont été contracté dans les mairies des six (6) Communes.  Soit un surplus de 1186 qui fait basculer la balance du côté des personnes qui ont décidé de mettre fin à leurs mariages.


Des membres amputés, les yeux enlevés, des visages déformés, de corps cicatrices, de coups et blessures et d’assassinat. Au-delà de la précarité ces divorces, sont engendrés par l’excès de violence basée sur le genre.   Récemment le citoyen lambda a été stupéfait devant l’agression de Maïmouna Sanogo. Elle a été attaquée à coup de machette dans une boutique par son mari. En cherchant à se protéger, la pauvre a reçu des coups de machette à l’épaule,  au poignet et à la cheville. Elle a dû être amputée de ses membres.


Fébrile sur son lit d’hôpital, Maïmouna sursaute de douleur après le passage de service médical pour le pansement. Malgré son état elle remercie le bon Dieu d’être encore en vie. Mariée depuis 6mois, elle assumait seule les dépenses de la maison avec un mari qui gagne peu et qui devenait de plus en plus jaloux et incontrôlable. C’est ainsi qu’elle s’est fait agressé quand elle a voulu mettre fin au mariage. Alors que toute sa vie, elle rêvait une vie de couple. En larme, elle indique  « je ne pourrai conseiller les autres femmes sur les dérives du foyer mais moi et le mariage c’est terminé. » 
Quid le cas de Tenin coiffeuse de son Etat qui tente de reprendre sa vie après un œil enlevé par l’œuvre de son époux ? Ce dernier est toujours introuvable après sa forfaiture.


Par ailleurs, la directrice du Programme national pour l’abandon de violence basée sur le genre Dr Fadima Tall 2021 à 2022 apporte que les actions de VBG ont augmenté de façon exponentielle au Mali. Elles sont passées de 9.540 à 14.264 sur lesquels 97% des survivants sont des femmes dont 36%des filles de moins de 18 ans.
A cet effet Association Pour le Développement du Droit de la Femme l’(APDF) lutte contre toute forme de violence et discrimination faites aux femmes. Elle assiste juridiquement les victimes, et les accompagnent selon leurs désirs dans la formation socio professionnelle. En 2022 elle a assisté 465 victimes de violence basée sur le genre, contre 455 en 2023 à Bamako. 

A martelé sa présidente Mme Diawara Bintou Coulibaly.  D’après ses explications, la principale cause de VBG est la dépendance de la femme à son époux. Les malentendus, les disputes, les coups et blessures interviennent dans  les foyers généralement quand la femme ne contribue à rien et que l’homme est le seul à supporter la charge de la famille. Il devient colérique et supporte mal les actes de la femme, d’où les sevices de la violence. Pour permettre aux victimes d’être autonomes l’APDF met en place un plan de formation : coupe couture, teinture, coiffure, et souvent avec le don de matériels de travail, en vue de leur épanouissement visant à aboutir l’émancipation.


Le mariage représente l’honneur, la dignité et la stabilité de la société, a fait savoir la conseillère conjugale, Mme Diaby Fanta Ndiaye. Il repose sur l’épaule de la femme. Si elle est déstabilisée ou traumatisée, c’est le socle même de la famille qui risque de se fondre. Alors que la réalité de nos jours fait que très peu d’hommes arrivent à subvenir  aux besoins de la famille. C’est pour cette raison que les femmes doivent travailler afin d’être indépendante pour s’assurer une sécurité financière. 

Mme Diaby Fanta Ndiaye, conseille les femmes en ces termes : femmes levez-vous et battez-vous ! Un homme ne peut pas avoir peur de vous  perdre parce que vous êtes belle, ni parce que vous  cuisinez bien. Pour qu’un homme ait peur de vous perdre, il faut que vous ayez capable d’être indépendante de prendre soin de vous. Vous devrez avoir confiance en vous. Et cette confiance vient quand vous êtes capable de gérer une activité génératrice de revenue. Quand vous pouvez compter sur vous-même, et de vous assumer, c’est ça la base.

Maïmouna SOW

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