FCFA : quand la monnaie décriée est placée sous embargo contre un État souverain

Celui qui doutait encore de la réalité de la souveraineté monétaire de nos pays utilisateurs du Fcfa était encore loin d’imaginer l’idée d’un embargo exercé sur cet instrument de servitude contre ces mêmes pays.

Publié mercredi 12 janvier 2022 à 06:54
FCFA : quand la monnaie décriée est placée sous embargo contre un État souverain

De plus, serait-il encore plus loin de comprendre que lorsque l’incohérence atteint son paroxysme, elle arrive à créer un problème qui constitue en réalité sa propre solution. Tel peut être résumé dans un proverbe bien de chez nous, selon lequel «À force de jeter très loin le crapaud, celui-ci pourrait atterrir dans la fraicheur».
Telle pourrait être également la leçon à tirer de la volonté des chefs d’État de la Cedeao et de l’Uemoa de chercher, coûte que coûte, à en découdre avec le peuple du Mali, debout sur les remparts.

Vite, bien et nette, la réaction du gouvernement


D’abord, il faudrait noter et saluer le gouvernement, qui, en apprenant la violation manifeste du Traité de l’Uemoa et des statuts de la BCEAO par le gel des avoirs d’un État souverain, des entreprises publiques et parapubliques incluant la Banque centrale qui reste un organe privé indépendant de chaque État et auquel chaque État membre a concédé son droit souverain d’émission, n’aura rien fait de mieux que de dénoncer et de rejeter ces décisions injustes et illégales que rien ne justifie dans les textes communautaires.

Quand un Traité d’entraide impose moins la paix et plus la guerre


Mon intervention sera d’ordre pragmatique, portant sur l’urgence de trouver une solution pour faire face durablement à ce qui est une violation des accords de coopération monétaire, notamment par la caporalisation de l’institution de la BCEAO à une conférence hybride de chefs d’État de la Cedeao et de l’Uemoa, dont elle est totalement indépendante, car ne relevant aucunement d’aucune de ces instances de surcroit hybrides et créées à l’occasion.

Par cette situation créée à l’heure actuelle, les chefs d’État de la BCEAO et de l’Uemoa imposent une déclaration de guerre, qui marque plutôt la fin d’un Traité supposé être de coopération et d’entraide, incapables qu’ils auront été d’imaginer une quelconque alternative pour accompagner ou infléchir, un tant soit peu, les efforts louables d’un gouvernement, aujourd’hui plus qu’hier, en parfaite harmonie avec son peuple.

En effet, ce peuple, serait finalement resté seul témoin des progrès tangibles et visibles que son gouvernement obtient sur le terrain des opérations de sécurisation, et auxquels ce vaillant peuple avait été privé depuis plus de huit ans de présence des armées étrangères, restant encore sur place, à ce jour, sans perspective, tant elles restent confondues dans leurs troubles agitations sur le terrain et dans des fréquentations incestes qui ne trompent plus personne.
Ainsi, il nous apparaît clairement, qu’en empêchant la BCEAO d’approvisionner le Mali en Fcfa, ces conférences de chefs d’État se seraient comportées comme une conférence des médecins regroupés autour du malade pour le sauver et qui auraient décidé comme recommandation d’empêcher le cœur d’envoyer le sang dans l’organisme.

J’aimerais bien que l’on me fasse bien ressortir une quelconque différence entre cette recommandation des médecins et celle de la conférence hybride des chefs d’État de la Cedeao et de l’Uemoa. Je pense que celui qui doutait de la bonne foi des médecins pour venir en aide au malade, ne saurait jamais être mieux servi que par une telle recommandation, tant la volonté de ces médecins serait manifeste.

Le gel du FCFA contre un État souverain : quand le problème suggère sa propre solution

Lorsqu’on parle de gel des avoirs d’un État souverain en parlant du Fcfa, en réalité, il faudrait reconnaître que le Fcfa à la BCEAO n’est pas un avoir de l’État africain mais la marque de sa reconnaissance par l’État français, car le vrai avoir est la ressource en devises récoltées sur les marchés internationaux, contre le coton ou l’or des pays africains, et qui a été déposée préalablement au Trésor français.

Ce faisant, en suivant bien l’usage fait de ces devises, celles-ci sont transformées d’abord en euro, la monnaie que la France utilise normalement chez elle en toute souveraineté. Par la suite la France fabrique, à partir de cet euro, une monnaie locale, appelée Fcfa, destinée aux populations initialement productrices des devises dans ces pays africains.

Donc nos devises permettent à la France de produire deux monnaies, une monnaie qu’elle même utilise chez elle, l’euro, et l’autre, le Fcfa, qu’elle envoie en magasin auprès de la BCEAO pour l’utilisation de nos populations comme petite coupure de celle que la France utilise.

Aujourd’hui, la France empêche la BCEAO de fournir à nos populations ces Fcfa, les marques de sa reconnaissance, celle d’avoir bénéficié des devises de nos populations laborieuses, en leur refusant ainsi d’honorer sa dette vis-vis de celles-ci et non pas seulement vis-à-vis de l’État malien, la BCEAO n’ayant aucune responsabilité dans cette guerre française par procuration et encore moins un quelconque syndicat de chefs d’État, fussent-ils des pays de la BCEAO ou de l’UEMOA.

Diriger les devises du pays hors de la portée du Trésor français et alimenter directement l’économie de notre pays en euro. Par conséquence, la solution imposée par le problème de gel du Fcfa est de diriger les devises hors de la portée du Trésor français et d’approvisionner directement notre pays en euro qui constitue la première forme sous laquelle nait en France le Fcfa, qui n’est rien d’autre que sa petite coupure.

De fait, l’euro va circuler dans nos pays, comme en France et dans les autres pays membres de l’euro, quand progressivement, le Fcfa va être récupéré par notre système monétaire, pour faire valoir nos droits sur les produits des autres pays utilisateurs de cette monnaie, ou alors pour qu’ils constituent des droits en devises sur le Trésor français. Ainsi, l’euro sera le moyen de paiement sur les marchés quotidiens dans notre pays pendant toute la gestion des autorités de la Transition, qui auront donc comme mandat supplémentaire de bâtir, avant la remise du pouvoir aux autorités dignement élues, un système monétaire le plus performant du monde, aidées en cela par les meilleurs spécialistes dans ce domaine, dans un Mali qui aura désormais le vent en poupe, décomplexé et regardant droit vers l’avenir que le Malien désire.

À titre d’exemple, ainsi, un salaire de 150.000 Fcfa sera payé pour 228 euros et 443 Fcfa, pour montrer que l’équité exige, pendant un temps limité, l’usage inévitable de ces deux monnaies. Cependant, une vigilance absolue sera maintenue, et une lutte implacable devra être menée contre toute introduction massive de Fcfa en provenance de l’étranger dans un but de sabotage économique.

Muni désormais d’une coupure en euro et de la petite coupure en euro représentée en Fcfa personne n’ignorera plus qu’en réalité, dans les pays utilisateurs du Fcfa, l’euro était, et reste en réalité la première monnaie en usage, et qu’il n’y avait aucune raison de passer par la France afin de pouvoir en disposer dans nos poches, et cela au prix de mille sacrifices et humiliations, qui continuent à présent à infantiliser nos pays, alors qu’en matière monétaire, aujourd’hui, nous avons donné la preuve que nous en savons mieux que les autres, de par notre histoire particulière qui nous aura permis de découvrir la haine avec laquelle la monnaie peut être utilisée pour asservir notre peuple en entier, aussi bien par racisme que par ignorance.

Assurer une circulation de l’euro dans le pays, à l’abri de toute manipulation perverse. Cette proposition présente l’avantage de la simplicité de sa mise en œuvre à l’abri de tout processus malveillant de déstabilisation de la part d’un pays hostile.

En plus, la France ne peut pas, comme elle le fait avec le Fcfa comme un jeu d’enfant, produire de l’euro, dont la production relève de la Banque centrale européenne, alors qu’étant seule émettrice incontrôlée du Fcfa, elle est capable d’envahir tout pays avec des Fcfa qu’elle fabrique en toute indépendance, surtout dans des pays contre lesquels elle serait entrée désormais en guerre ouverte.

En conclusion, cette proposition montre dans le système monétaire de la zone franc, le Fcfa apparaît au Mali, comme un dessous de chemise qui est devenu trop serré en période de grande chaleur, et qu’il va falloir enlever pour garder le haut, notre grand boubou du pipao, assez ample et entretenant de la fraicheur autour du corps. En rentrant dans la salle pour travailler pour la première fois pour l’après Fcfa, chacun devra ôter son dessous, et enfiler son grand boubou, pour désormais conjuguer au passé l’usage de ce franc colonial qui nous aura fait trop de dégâts.

Dr Lamine KEITA

Rédaction Lessor

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