Supplément culture, Ousmane Cissé dit Ousco: Le double succès

Du rap au reggae, cet artiste a exprimé, dans les tournées, toute la dimension de son talent aussi bien avec une bande de copains que dans une carrière solo. Comme si le destin voulait que ce soit dans la musique qu’il affiche le mieux ses prétentions

Publié vendredi 25 novembre 2022 à 07:21
Supplément culture, Ousmane Cissé dit Ousco:  Le double succès

Le rap et le reggae ont un dénominateur commun : la dénonciation de l’injustice et de tous les travers de la société. Ousmane Cissé dit Ousco fait partie des rappeurs de la génération consciente, qui adressent leur art (musique), «non pas aux âmes, mais aux sens».  Et s’accommodent mal de toutes formes d’injustice. Il entre d’un pas conquérant dans l’univers de la musique en 2000 avec le rap et fonde le groupe SMOD. Le groupe s’exprime dans un idiome propre au rap, avant de basculer dans le reggae et produire un premier album qui aura un grand succès auprès du public européen et particulièrement en France où, il réside depuis 2011.

Nous l’avons rencontré, la semaine dernière, entre un concert et ses rendez-vous en studio. C’est en 1996 que ce jeune originaire de Diabaly dans la Région Ségou se retrouve à l’Université de Bamako où il étudiera l’anglais. Il y rencontre, Sam, Muzzy et Donsky, une bande de copains avec qui, il crée SMOD. Depuis la mayonnaise a pris, expliquait-il, lors d’une première interview en 2009.

«Nous revendiquons notre liberté de création et de dénonciation des troubles de la sociétés». Cela rejaillit dans le rap qu’ils proposaient avec l’incorporation d’instruments traditionnels du terroir. Ousco écrit, rappe aussi bien en bamanan, français qu’en anglais. Son message est simple : une incitation à la paix, au vivre ensemble. SMOD distille les chansons de ses deux premiers albums partout au Mali.


Le groupe est rapidement repéré par Manu Chao qui produira leur 3è album dans lequel Ousco coécrit le titre «Politik Amagni», qui engrangera le disque d’or avec le couple Amadou et Mariam et Tiken Jah Fakoly. De la célèbre salle de spectacle Olympia en France au Central Park de New York (USA), en passant par l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas voire l’Amérique Latine, SMOD enchaîne les tournées mémorables pendant quatre ans.

Mais en 2016, Ousco décide de faire cavalier seul et de donner une autre tonalité à sa trajectoire musicale. Il entame ainsi une carrière solo dans le reggae dont il est féru depuis le bas âge. Il sort un premier album solo en 2017 sous le titre : «Mon côté reggae». Cet opus fera tabac et il enchaîne les tournées à travers le vieux continent. Mais, profitera aussi des breaks pour se perfectionner à la guitare et accompagner les textes qu’il écrit lors des voyages.

Comme un bon mafé (la sauce d’arachide de nos cousins malinkés), son reggae épicé à la moutarde, mijote à petit feu et sûrement dans la marmite des grands… Que d’autres souffrent qu’on lui reconnaisse ce talent. Ousco aime bouger. Entre maquettages, enregistrements et mixages avec le studio de Scotty & Manjul, bien connu pour sa maîtrise du reggae à Bamako, masterings à Abidjan (Studio Vox), Dakar. Il travaille beaucoup dans des studios français, notamment à Paris, Toulouse, Amiens et en Angleterre à Brighton (Prince Fatty), et pose torse nu (des séances photos) dans la neige de Bagnères-De-Bigorre. Il supporte courageusement les chocs thermiques grâce au piment ingéré chaque jour. Il est engagé pour la fraternité panafricaine, pour l’équité et la justice au service du peuple, sans quoi la paix pourrait ne jamais devenir durable.

 Dans le titre : «Qu’est-ce qui ne marche pas ?», face à l’urgence, Ousco tance les hommes politiques de son pays. Leur demande légitimement d’arrêter de se fourvoyer et de servir plutôt l’intérêt collectif.  Ses textes sont sincères, mais surtout osés, et ses mélodies chaudes et envoutantes. Le clip : «consommer national», premier extrait vidéo de l’album, a été réalisé par la jeune et talentueuse réalisatrice Jeanne Hurt.

Celle-ci incarne avec humour un métissage de modes de vie. Une convergence des cultures afro européennes pour toutes celles et ceux qui hésiteraient encore à s’ouvrir. Sam, Ousco et Donsky ont commencé à affûter leur flow hip-hop dans les rues de Bamako en 2000. SMOD est né de cette tendance à conjuguer le rap aux musiques traditionnelles mandingues afin d’exprimer en musique la sensibilité qu’ils ont en partage. Leur 3è album, sorti en mai 2010, est produit par un grand nom de la musique européenne, Manu Chao, également producteur du couple non-voyant Amadou et Mariam. Ils présentent le groupe de leurs «enfants» à l’hôte de passage à Bamako.

Donsky, Ousmane et Samou (le fils d’Amadou & Mariam), deux chanteurs et un guitariste composent ce groupe. Leur troisième album aux accents de rap, de folk et de musique traditionnelle malienne est disponible. «Nous voulons que la jeunesse se réveille, qu’elle cesse d’être passive». Tel est le leitmotiv de la musique de SMOD. Samou Bagayoko à la guitare, Ousmane Cissé et Tiemoko Traoré au chant marient rap, hip-hop, folk et musique traditionnelle malienne. Cette musique métissée a séduit plus d’un dont Manu Chao.

Ces jeunes engagés dénoncent la corruption, l’inégalité sociale et la déforestation avec la conviction que l’humanité ne peut être meilleure que sans ses fléaux. Ils clament la liberté à laquelle ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Des thèmes chers à SMOD comme à Manu Chao, qui a apporté sa touche à l’album. «Cela facilite les rencontres», admettent-ils à propos du lien filial de Samou avec Amadou & Mariam, l’un des couples de musiciens, les plus connus d’Afrique. Mais ils ajoutent aussitôt que ça leur met aussi la pression. Les trois compères ont fait une longue tournée en Europe en 2008, notamment en France où, ils ont participé à de nombreux festivals dont Solidays, le rendez-vous musical dédié à la lutte contre le Sida, le 25 juin dernier.

Le 1er album é eu un véritable succès, permettant au groupe de participer à plusieurs concerts et festivals a travers le Mali, tel le festival «Craven tour» qui regroupait entre autre Magic System, Tata Pound, Kibaru, etc. Le groupe joua à la cérémonie d’ouverture et fermeture de la Coupe d’Afrique des nations ( CAN 2022), organisée au Mali. Puis, il effectua, la même année plus de 50 concerts à travers le pays et accordera plusieurs interviews aux radios, télévisions et autres journaux.

 L’album en question a été lancé le 19 mai 2002 au Palais de la culture avec la participation de plus de 4000 fans.  Le deuxième album de SMOD, sorti 2 ans plus tard, et intitulé : «Ta i tola» qui veut vas-y en français.

Cette production musicale eut encore un plus gros écho que le premier album avec la participation de beaucoup de stars internationales tels qu’Amadou & Mariam, Manu Chao, King Massassi & Kisto Dem (rapeur malien). SMOD continua ses concerts et festivals à travers le Mali dont la dédicace de l’avant dernier album de Tiken Jah Fakoly, le Festival international de musique de Bamako «Fimba», le Festival Tamani, le Paris-Bamako 1ère et 2ème édition avec sur scène Amadou et Mariam, Manu Chao, Tiken Jah Fakoly, Jean-Philippe Rikel, Neneh Cherry, KCPK et Oxmo Puccino.

Youssouf DOUMBIA

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