Perspectives sahéliennes : L’impératif d’un cadre humanitaire coordonné

Du 7 au 9 juillet dernier, la ministre malienne en charge du Développement social a eu la lumineuse initiative de réunir à Bamako les acteurs humanitaires de l’espace AES, ainsi que quelques pays amis, pour réfléchir à une problématique brûlante d’actualité : «Politiques humanitaires et mécanismes de financement de l’action humanitaire dans l’espace AES : enjeux, défis et perspectives».

Publié mardi 19 août 2025 à 08:09
Perspectives sahéliennes :  L’impératif d’un cadre humanitaire coordonné

Face aux défis sécuritaires, les populations sahéliennes sont en première ligne des affres du terrorisme, avec pour corollaire le déplacement massif de populations à l’intérieur comme à l’extérieur des pays. Conflits armés, insécurité alimentaire, changement climatique : autant de facteurs qui rappellent aux pouvoirs publics les limites à ne pas franchir en matière de soutenabilité sociale.


Au cours de la dernière décennie, les pays de l’espace AES ont été confrontés à une combinaison de crises qui fragilisent les communautés et compromettent l’accès aux services sociaux de base. En 2024, au Mali, seule la moitié des personnes en situation de détresse ont pu bénéficier d’une assistance humanitaire, faute de financements suffisants. Une situation similaire prévaut au Burkina Faso et au Niger. En 2025, le Mali compte près de 4,8 millions de personnes nécessitant une assistance humanitaire, selon les données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies. Au Burkina Faso, 8,4 millions de personnes sont identifiées comme vulnérables. Au Niger, plusieurs millions de personnes sont affectées par les effets cumulés des conflits armés, des déplacements internes, de l’insécurité alimentaire et des aléas climatiques.


L’objectif du forum était clair : renforcer la coopération sous-régionale et mettre en place des mécanismes de financement innovants et durables pour mieux répondre aux multiples crises qui frappent la région. Le ministre Mamoudou Kassogué, représentant le Premier ministre, a été bien inspiré de rappeler «le devoir collectif de bâtir une réponse humanitaire coordonnée, financée, et adaptée aux réalités de nos pays». La réussite du forum s’est illustrée par la forte participation d’acteurs étatiques, d’agences onusiennes, d’organisations non gouvernementales et de divers partenaires techniques intervenant dans la région.


Le Mali affirme ainsi son leadership sur une question aussi épineuse que celle de l’humanitaire, à un moment où nos États réaffirment leur désir de souveraineté. Avec les États amis et les organisations internationales, partenaires bilatéraux et multilatéraux, qui accepteront les principes de coopération définis par nos pays, un appel vibrant à une mobilisation accrue a été lancé depuis Bamako. Un acquis majeur du forum réside dans la mise en place des fondations d’une plateforme de concertation pour une solidarité régionale renforcée, capable de traduire la volonté politique en actions concrètes en faveur des populations les plus vulnérables.


Bamako, Niamey, Ouagadougou, Lomé et Nouakchott sont prêtes à effacer les frontières pour faire front commun contre la paupérisation des populations et la dégradation de leurs espaces vitaux face aux périls qui se dressent devant elles. Avec la construction d’un espace confédéral, les populations maliennes réfugiées au Niger ou au Burkina pourraient rapidement être considérées comme des déplacées internes, ce qui allégerait considérablement les dispositifs de leur prise en charge. Il en serait de même pour chaque pays de l’AES, vice versa. La participation du Togo et de la Mauritanie témoigne du désir partagé de construire des cadres stratégiques régionaux solides, pour continuer à garantir une meilleure protection des populations civiles notamment des femmes et des enfants qui sont au cœur de toutes les actions.

Alassane Souleymane

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