Selon le calendrier, elle a lieu le 10 du mois à venir. Autant dire dans quelques jours, pour faire simple. Cette fête des musulmans intervient deux mois après la fin du Ramadan. On l’appelle également la grande fête. Pour l’occasion, chaque famille musulmane est invitée, selon sa bourse, à immoler au moins un bélier, un bouc ou d’autres animaux admis pour le sacrifice d’Abraham.
Les enfants s’excitent et se projettent déjà dans la fête au cours de laquelle la viande est consommée sans modération. C’est certainement pourquoi, les mômes la considèrent comme la plus grande fête de la culture musulmane.
Si les touts-petits coupent déjà abondamment des salives pour la viande, les grandes personnes sont moins enthousiastes. L’idée des charges afférentes est une source d’angoisse pour les moins nantis.
« Écoutez, vous avez les habits de fête, le prix de condiment du jour « J » et surtout le fameux mouton. Sans oublier d’autres charges dans la grande famille », énumère plaintivement André Diallo qui trône sur une famille d’une dizaine de bouts de bois. Pour lui, fête rime avec angoisse. En bon musulman, il garde la foi et laisse au gré du destin. Dieu, dit-il, voit le moindre moineau qui tombe du ciel.
Sur le trottoir qui longe le vieux quartier de Badialan, passant par le Groupement mobile de Sécurité (GMS), pour relier le monument de l’indépendance, Mamadi encadre avec dextérité son bétail.
« Ils vont de 100.000 à 200.000 Fcfa. Le prix varie en fonction du choix du client », confie le vendeur. « Mais on peut toujours trouver un arrangement sur le prix, il faut commencer par montrer du doigt le bélier choisi », ajoute-t-il, dans un sourire très charmeur.
Si les bêtes du cinquantenaire sont relativement chères, c’est parce qu’il les a lui-même élevés. À la différence de beaucoup qui n’achètent les béliers qu’à l’approche de la fête pour faire des profits illico. « Moi, dit-il, je prend soins de mes animaux pendant plus de six mois avant de les vendre une fois la fête à l’horizon ».
Lafiabougou doit en partie sa célébrité au grand marché à bétail qu’il abrite. Bovins, caprins et mêmes des chevaux se disputent un espèce restreint. Les pieds sont trempés dans les excréments d’animaux. Mauvais moment, bon endroit, le mercredi était une journée pluvieuse. Le ciel ne semble faire qu’à sa tête. Il a plu toute la journée. Le soir, les béliers ont froid, les têtes désolées.
Le jeune berger Abdoulaye bondit du fond d’un hangar. Il donne des coups de pied aux béliers qui se lèvent aussitôt. « Patron, fais ton choix », lance-t-il dans un accent du Nord de notre pays. Il est arrivé de Mopti pour vendre son bétail et retourner auprès des siens avec quelque fortune. Les moutons qui ne payent pas de mine sont cédés à moins de 100.000 Fcfa. En revanche, ceux qui raflent la vedette sont négociés à partir de 250.000 Fcfa.
Le marché verra son pic la veille de la fête. Les amateurs de la dernière minute vont débarquer avec un faible budget dans l’espoir de tomber sur un bon coup. Cette catégorie de personnes prennent du risque. Misant sur la mévente, ils espèrent sur la chute des prix à la dernière minute.
« Ils ne sont pas tous comme ça : certains craignent le vol et d’autres n’ont pas l’espace nécessaire pour garder la bête », nuance, un client cherchant un bélier de Tabaski, 52.500 Fcfa à la poche.
De l’avis du jeune berger, son budget doit être revu à la hausse s’il tient à faire plaisir aux membres de sa famille. Mais, à sa décharge, la conjoncture n’est guère favorable aux onéreuses dépenses. Choqué par le commentaire du berger, il remonte sur la moto et se dirige chez un concurrent un peu plus loin. Toujours dans l’espoir de repartir à la maison avec un bélier, modeste soit-il.
Ahmadou CISSE
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