#Mali : Violences en période électorale : Des pratiques qui excluent les femmes du processus

Les organisations féminines jouent un rôle significatif pour atténuer ces violences à travers des actions d’informations sur les comportements à adopter en termes de sensibilisation, de communication et de dénonciation de ces actes

Publié vendredi 26 janvier 2024 à 06:50
#Mali : Violences en période électorale : Des pratiques qui excluent les femmes du processus

De Gauche à droite: Sina Damba et  Coura Diarra


Injures, coups et blessures, stigmatisations, retrait des listes de candidature…  Le lot des violences auxquelles les femmes sont exposées en période électorale suscite la grogne. L’édition 2023 de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles (VFF), tenue en décembre 2023, a attiré l’attention de nos compatriotes sur le phénomène en adoptant le thème : «Rôle et responsabilité des femmes dans la lutte contre les violences faites aux femmes et filles en période électorale». Un effort déjà significatif du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille et de ses partenaires pour attirer l’attention des partis politiques, la société civile et des services en charge de l’organisation des élections sur la gestion de ce défi pour un scrutin plus équitable et transparent.

La présidente du Réseau des femmes anciens ministres et parlementaires (Refamp) affirme que les élections sont des moments de violences verbales, physiques et psychologiques à l’endroit de la gent féminine. «Parce qu’on ne veut pas souvent que les femmes fassent de la politique. Alors que notre cheval de bataille est qu’elles jouent pleinement leur rôle sur la scène politique. Elles ne doivent plus accepter d’être un bétail électoral», martèle Sina Damba. Les femmes doivent s’engager politiquement pour être dans des positions qui leur permettent de participer réellement à la prise de décisions pour que les conditions soient réunies pour leur réel épanouissement à tous les niveaux. Elle explique que les femmes qui ne sont pas allées à l’école ne doivent pas être laissées de côté. Selon Sina Damba, celles-ci peuvent contribuer au développement de notre pays car certaines ont le respect et la confiance de leur communauté. 

L’ancienne ministre de la Promotion de la Femme rappelle que l’une des missions du Refamp est de favoriser la participation politique de la femme aux activités qui leur permettent d’être au cœur des prises de décisions relatives notamment à l’accès à l’eau et à l’éducation de la jeune fille. Ce combat des anciennes ministres et parlementaires est aussi celui du Réseau des jeunes femmes leaders des partis politiques et des organisations de la société civile (Rejefpo). Il mène depuis 2015 des actions de plaidoyers, de formation et de lobbying pour soutenir les actions de citoyenneté. Y compris le renforcement de la démocratie et la participation des jeunes filles et des femmes à la vie politique. La chargée de communication du Rejefpo, Coura Diarra, explique qu’un premier niveau de violence concernant les femmes des partis politiques porte sur leur faible implication au niveau décisionnel des partis, notamment la composition du directoire. «On voit rarement les femmes occuper certains postes», relève-t-elle. 

Selon Coura Diarra, les mêmes types de violences entachent la constitution des listes de candidatures. Elle affirme que certains partis préfèrent chercher d’autres femmes au détriment de leurs militantes. «Les hommes faisaient des réunions nocturnes. Cette situation dissuadait les femmes d’y participer pour des raisons conjugales. Nous avons vu des listes constituées à 3 heures du matin sans les femmes. Vers 22 heures, elles sont sur la liste et à 2 heures du matin, elles sont écartées», s’indigne Coura Diarra. Et de préciser que son Réseau a initié des activités de sensibilisation avec les partis politiques sur la tenue des réunions à des heures convenables aux femmes et des séances de formation ont permis de découvrir ces violences. Autre stratégie dénoncée par la responsable en charge de la communication du Rejefpo, c’est la création des bureaux des femmes au sein des partis. «Cette initiative n’est pas très favorable à l’ascension des femmes parce qu’elles ne sont pas au niveau décisionnel», déplore-t-elle.

 

Candidate assassinée- Selon la chargée de communication, la période électorale est marquée souvent par des violences liées aux enlèvements et au harcèlement des candidates, la réception des coups et blessures ainsi que des violences verbales. À Nara, cite-t-elle, une candidate a été enlevée lors d’une campagne électorale. En 2016, une autre a été assassinée dans la Région de Koutiala pendant les élections communales. Coura Diarra regrette que les difficultés liées aux violences verbales et au harcèlement empêchent des femmes électrices à manifester leur adhésion à un candidat. Quant aux textes, déplore-t-elle, leur application souffre d’entraves. «La rébellion et le terrorisme ont empiré la situation. Les femmes avaient des difficultés pour aller voter», rappelle notre interlocutrice.

En 2020, une évaluation sur la participation des électrices dans les zones affectées par les conflits a révélé que les femmes n’ont pas suffisamment voté à cause de la peur d’être victimes d’atrocité. Le Rejefpo assure avoir joué un rôle significatif pour atténuer les violences en période électorale. En la matière, Coura Diarra cite l’organisation des activités à l’endroit d’une soixantaine de femmes, la formation de 600 autres sur l’appui mutuel entre elles au sein des partis, les sessions d’informations sur les comportements à adopter en termes de sensibilisation, de communication et de dénonciation des violences contre les femmes.

«Nous avons des comités au niveau régional pour alerter sur les cas et les prendre en charge. Nous avons un cadre de concertation des partis politiques majoritairement composé de jeunes filles qui informent sur les violences», fait-elle savoir. Et d’inviter les partis politiques à former et accompagner leurs militantes. Elle se réjouit de l’augmentation du nombre de postes occupés par les femmes depuis l’adoption en décembre 2015 de la loi 052 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives au Mali. Ainsi, en 2016, 11 femmes ont été élues contre 41 aux élections législatives de 2020.

Les violences faites aux femmes en période électorale sont dénoncées par le professeur à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap), Mamadou Samaké. Il explique que le phénomène est une façon d’exclure les femmes du processus. Ces violences, poursuit-il, se manifestent par une marginalisation des femmes. Au nombre de ces violences, l’universitaire énumère l’exclusion qui consiste à établir les listes de candidatures à des heures tardives dans la nuit pour empêcher les femmes de participer et la caution à payer pour avoir une bonne place sur les listes. Pr mamadou Samaké signale que certains hommes sont aussi exclus à cause des montants proposés pour être sur la liste. Ce qui est contraire aux dispositions statutaires des partis politiques.

Le professeur de droit public et des sciences politiques explique que ces violences sont liées aux contraintes sociales. Il affirme que c’est le caractère phallocrate de la société malienne qui pense que la place de la femme se trouve dans le foyer conjugal, qui est à la base de ce fléau. Cependant, notre interlocuteur note une amélioration de la représentation des femmes dans les fonctions électives depuis l’adoption de la loi de 2015 sur le genre. L’enseignant propose de poursuivre le plaidoyer auprès du gouvernement et d’autres structures gouvernementales pour mettre fin aux violences que subissent les femmes en période électorale. Pour les scrutins à venir, recommande le juriste, il faut sensibiliser et veiller à la stricte application des dispositions de la loi sur le genre.

Mohamed DIAWARA

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