#Mali : Mamadou Ba, directeur général de l’Apej : «Les jeunes ont besoin de financements et de formation»

Le problème de financement entrave le développement des projets des jeunes au Mali. Dans cette interview, le directeur général de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Apej), Mamadou Ba, évoque la complexité de ce défi et les efforts faits par l’État, à travers sa structure, pour répondre aux besoins de financement des projets des jeunes

Publié mardi 10 septembre 2024 à 18:35
#Mali : Mamadou Ba, directeur général de l’Apej : «Les jeunes ont besoin de financements et de formation»

L’Essor : Quels sont les défis auxquels les jeunes entrepreneurs au Mali sont confrontés lorsqu’ils cherchent à financer leurs projets ?

Mamadou Ba : Les défis pour nos jeunes entrepreneurs portent essentiellement sur la bonne idée de projet, l’accès aux formations techniques et aux financements adaptés. Je voudrais rappeler à vos lecteurs que l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Apej) a été créée par la Loi n° 03-31 AN/RM du 25 août 2003, modifiée par la Loi n°2014-068/AN-RM du 31 décembre 2014. Il s’agit d’un Établissement public à caractère administratif, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière et placé sous la tutelle du ministre en charge de l’Emploi.

Organe d’exécution du Programme emploi-jeunes (PEJ), l’Apej a pour missions de concourir à la création d’emplois pour les jeunes en milieux rural et urbain, diplômés ou non, notamment en facilitant l’accès au marché du travail et au crédit. Le groupe cible de l’Apej est constitué de jeunes (hommes et femmes) âgés de 15 à 40 ans, y compris ceux de la diaspora.

L’objectif de développement de l’Apej est de contribuer au développement économique et social du pays à travers la mise en œuvre de la Politique nationale de l’emploi et de la Politique nationale de la formation professionnelle en offrant aux jeunes Maliens des opportunités d’emploi dans les différents secteurs d’activité économique à travers l’emploi salarié ou l’auto-emploi. L’Apej est représentée sur l’ensemble du territoire national à travers 13 coordinations régionales et 21 points focaux. Sur la période de référence 2004-2023, les interventions de l’Apej ont touché directement 220.735 jeunes et indirectement 44.882, soit 265.617 bénéficiaires.


L’Essor : Pouvez-vous nous donner des exemples de situations où le problème de financement a entravé le développement des projets des jeunes au Mali ?

Mamadou Ba : C’est une évidence. Nous enregistrons à l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes, plusieurs centaines de plans d’affaires des jeunes. Ces plans répondent bien souvent à tous les critères de pertinence, de qualité, de faisabilité commerciale, d’innovations et sectorisation, etc. Leur réalisation a des incidences positives en termes de créations d’emplois directs et indirects, de fiscalités pour l’État et de dynamisation de l’économie.

Cependant, nous ne parvenons pas à les financer faute de ressources. Les dépôts à termes (DAT) que nous avions déposés dans les différentes banques partenaires ont été mobilisés par celles-ci du fait que les jeunes promoteurs qui avaient obtenu des financements n’ont pas remboursé les prêts. En plus, depuis la suppression, en fin 2018, de la Taxe emploi jeune qui finançait les activités de l’Apej, la situation budgétaire est très contraignante. Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes qui veulent entreprendre. Pour autant, n’est pas entrepreneur qui le veut. Il faut avoir un objectif précis, maitriser son plan d’affaires et pouvoir le défendre devant un bailleur, avoir le goût du risque, savoir innover et être persévérant.


L’Essor : Quelles solutions ou alternatives proposez-vous pour surmonter les difficultés financières rencontrées par les jeunes entrepreneurs au Mali ?

Mamadou Ba : L’Apej mène régulièrement des campagnes d’information et de sensibilisation sur l’entreprenariat auprès des jeunes et des établissements scolaires.

La deuxième composante du Programme emploi jeune porte sur le développement de l’esprit d’entreprise chez les jeunes. Les axes opérationnels sont les suivants : la promotion de la culture entrepreneuriale, la promotion de l’entreprenariat jeune, la formation à l’entreprenariat, le renforcement des capacités  des bureaux d’études, le développement d’un dispositif d’appui/conseil aux jeunes entrepreneurs, le développement du coaching et le développement du système d’incubation.


L’Essor : Avez-vous des recommandations spécifiques pour les jeunes qui cherchent des financements ?

Mamadou Ba : Sous la tutelle de notre ministère, c’est une priorité. Au-delà des Banques, nous avons déjà identifié plusieurs partenaires techniques et financiers à cet effet comme LuxDev, la SNV, le Projet régional d'appui au pastoralisme au Sahel (Praps), la Banque mondiale à travers le Projet de développement des compétences et emploi des jeunes (Procej), etc. afin de nous accompagner pour l’accès aux financements sous forme de prêts ou de subventions.

Nos jeunes doivent également donner le bon exemple. La question de la garantie des jeunes doit être réévaluée. Les différents outils Germe, Cree, Cle, Step, Cefe, Éducation financière, etc. sont en soi des outils efficaces, mais sans accompagnement des jeunes formés jusqu’à l’élaboration des projets, la recherche de financement et l’accompagnement des premiers pas du jeune promoteur, le processus ne serait pas optimal. Il s’agit ici de développer un dispositif d’appui conseil aux jeunes promoteurs depuis la phase conception de son projet jusqu’à sa mise en œuvre. Il s’agit du coaching qui va consister à mettre à la disposition des jeunes un réseau de coach, composé de professionnels experts dans tous les domaines de l’entreprise. Cet appui devra contribuer à améliorer la gestion des entreprises créées et assurer leur pérennisation.

L’Essor : Comment les politiques gouvernementales actuelles soutiennent-elles l’accès des jeunes entrepreneurs au financement de leurs projets ?

Mamadou Ba : C’est une priorité des autorités. Il n’y pas que l’Apej ou l’ANPE.  Il y a d’autres dispositifs à travers les projets et programmes surtout dans le secteur de l’économie rurale. Au besoin, nous orientons les jeunes vers les mécanismes disponibles. Les jeunes n’ont pas besoin que de financements, ils sont également besoin de formations y compris en gestion d’entreprise.     

L’Essor : Quels types de financement ou d’aides spécifiques pensez-vous être les plus adéquats pour les jeunes entrepreneurs?

Mamadou Ba : Au niveau du Programme emploi jeune, il s’agit de renforcer les liens de coopération avec les acteurs du secteur financier, renforcer les relations avec les banques et les institutions de microcrédit, développer un mécanisme de financement direct par le Fnej des projets des jeunes et renforcer le Fonds national pour l’emploi des jeunes en trouvant des sources de financements. Comme je l’ai dit plus haut, les jeunes doivent donner le bon exemple.

 Nous avons déjà financé  20.607 plans d’affaires des jeunes dans le secteur des PME/PMI (tracteurs, chèques géants, télé-centres, projets dans différents secteurs, transferts d’argent, kits de démarrage d’entreprises, bourses de l’emploi et de la formation professionnelle, équipements agricoles, etc.). Et 1.834 jeunes ont été installés dans la pisciculture à cage flottante par le financement de 220 projets. Le taux de remboursement n’atteint pas 30%. Cette situation grippe le fonctionnement du revolving des financements.


L’Essor : Quels peuvent être les facteurs clés de succès des initiatives ou programmes de soutien existants pour le financement des projets des jeunes au Mali ?

Mamadou Ba : La fixation d’objectifs clairs, la formation et le bon encadrement sont les bases. Il est reconnu que les petites et moyennes entreprises (PME) génèrent plus de la moitié des emplois formels dans le monde et apportent des solutions efficaces aux besoins des consommateurs.

 

Réalisée par

Fiacre DIOMA

Rédaction Lessor

Lire aussi : Journée internationale de la femme : Les amazones de l’AMAP magnifiées

L’événement a contribué à renforcer davantage les liens entre les agents et instaurer une atmosphère de fraternité et de détente.

Lire aussi : Journées citoyennes autour du drapeau à Mopti : Dans la bonne tradition

Les forces vives de la Venise malienne ont respecté la traditionnelle montée mensuelle de couleurs avec une participation record à la 53è édition des Journées citoyennes autour du drapeau national. L’évènement s’est déroulé lundi dernier à la Chambre régionale d'agriculture de Mopti..

Lire aussi : CFP-Silo de Bla : Quand la médiation triomphe

Privés de leurs attestations du Brevet de technicien modulaire en élevage à la fin de leur cursus de formation depuis 2020, les jeunes du Centre de formation professionnelle (CFP-Silo de Bla) ont formé un collectif..

Lire aussi : Célébration de la Journée de l’Afrique : La culture et l’éducation au cœur des priorités

Investir dans ces deux secteurs revient à poser les bases d’un Mali souverain, résilient et prospère.

Lire aussi : Travaux d’aménagement : La rue 605 inaugurée

Les travaux d’aménagement de la voirie urbaine : la rue 605 suivant l’approche de Haute intensité de main d’œuvre (Himo) ont pris fin. Le joyau a été inauguré, hier à Darsalam en Commune III du District de Bamako..

Lire aussi : Promotion du volontariat: Près de 2.000 volontaires déployés dans le pays

Le Centre national de promotion du volontariat au Mali (CNPV) a tenu, hier dans ses locaux, la 14ᵉ session de son conseil d’administration. La cérémonie était présidée par le ministre chargé de la Jeunesse et des Sports, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, en présence du directeur général du C.

Les articles de l'auteur

Sécurisation du territoire national : Bientôt un camp militaire à Dioila

Le ministre d'État, ministre de la Défense et des anciens Combattants, le Général de corps d'armée Sadio Camara, a procédé, ce jeudi 16 avril 2026, à la pose de la première pierre du camp de Dioila..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 16 avril 2026 à 19:15

Carburant : 653 camions-citernes arrivés ce mardi

-.

Par Rédaction Lessor


Publié mardi 14 avril 2026 à 17:47

Presse écrite : Mme Gakou a rendu visite aux différentes rédactions

Madame Gakou Fatou Niang s’est rendue lundi dans les rédactions de L’Essor, Podium, Kibaru et Sunjata, afin de s’entretenir avec les journalistes de la presse écrite..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 09 avril 2026 à 08:41

Caire : Les pays africains champions réunis pour la mise en œuvre du Pacte mondial pour les migrations

La rencontre vise à harmoniser les positions en vue de l’adoption d’une déclaration commune. La participation du Mali à cette rencontre revêt un intérêt stratégique majeur.

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 08 avril 2026 à 08:28

Mali : Le chanteur Salif Keïta suit sa convalescence

La super star de la musique malienne et africaine, Salif Keïta, après 50 ans de carrière bien remplie, suit sa convalescence dans un pays à l’extérieur..

Par Rédaction Lessor


Publié samedi 04 avril 2026 à 22:02

Centrales syndicales au Mali : Le gouvernement s'engage pour une élection professionnelle inclusive

Le ministre du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Fassoun Coulibaly, a décidé de suspendre l’application de la circulaire relative à la mise en place des commissions électorales régionales et locales pour les élections professionnelles de 2026, selon une correspondance officielle adressée aux gouverneurs de régions et du District de Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 02 avril 2026 à 18:06

Classement mondial FIFA : Le Mali gagne deux places

Grâce à ses deux victoires contre le Brésil et la Colombie, l’équipe de France a retrouvé pour la première fois depuis son sacre mondial de 2018 la tête du classement Fifa, à un peu plus de deux mois du Mondial-2026 (11 juin-19 juillet). La France devance de moins d’un point l’Espagne, qui a fait un match nul contre l’Égypte (0-0) mardi après avoir dominé la Serbie (3-0) la semaine dernière..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 02 avril 2026 à 08:33

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner