Agro-industrie : Le secteur peine à tenir ses promesses

La production agricole est importante dans notre pays. Elle pourrait rapporter davantage si la transformation des produits était bien développée. Les multiples initiatives sous forme de projets n’ont, jusqu’ici, pas donné les résultats escomptés

Publié mercredi 25 janvier 2023 à 06:59
Agro-industrie : Le secteur peine à tenir ses promesses

Il importe de promouvoir nos produits locaux au niveau national, particulièrement au sein des ministères et autres structures

 

 

Le Mali traverse une crise profonde depuis 2012, qui a impacté toute l’économie et réduit la capacité de l’État à accompagner le développement. Illustration : le cas de l’agro-industrie, un secteur prometteur qui peine à prendre son envol. «L’industrialisation traîne au Mali faute d’accompagnement de l’État, comparé au Ghana, à la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso», estime Touré Aminatou, directrice générale de Sahel Industrie. À titre d’exemple, note-t-elle, en égypte, l’État accompagne en matière de financement et d’appui logistique les entreprises qui font de l’exportation.

Dr Fatimata Cissé est la directrice du laboratoire de technologie alimentaire, à l’Institut d’économie rurale (IER). Elle coache un étudiant sur l’importance de la valeur nutritive et le goût d’un produit qu’il lui présente dans un bocal vert après l’avoir goûté. Ce laboratoire s’occupe de l’amélioration et de la mise au point des techniques de transformation et de conservation des produits agroalimentaires. Sa directrice préconise la création d’unités industrielles pivot dans tous les secteurs où le Mali a un avantage comparatif. «La filière est sous exploitée malgré l’énorme potentiel.


Dans les années 1970, il y avait des champions industriels comme l’Huicoma à Koulikoro. Une telle unité peut être mise en place dans les zones de production de mangues, tomates, arachides, de coton… pour le marché intérieur et pour l’exportation afin de faire rentrer des devises», analyse-t-elle. Mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, cette façon de faire ne peut réussir sans un système éducatif adapté aux besoins et aux réalités du pays et qui oriente les jeunes vers ces filières porteuses pour réduire le chômage endémique».


Tako Sylla, directrice de USTako Sarl, partage cette analyse de Dr Fatimata Cissé. Son entreprise opère dans la transformation agro-alimentaire. Celle qui possède un séchoir de pulpe de mangue semi-industrielle soutient que les entreprises ne peuvent véritablement se développer sans l’implication de l’État qui doit leur accorder des facilités en termes d’accès aux financements à moindre coût et assurer la disponibilité de l’énergie à temps plein pour permettre aux machines de tourner.

Aussi, l’État doit-il promouvoir des alternatives comme l’énergie solaire afin d’amoindrir les coûts. Il faut, par ailleurs, envisager le problème de mise sur le marché des produits agricoles transformés (distribution) et faire la promotion de nos produits locaux au niveau national, particulièrement au sein des ministères et autres structures.

 

POTENTIEL AGRICOLE- Faut-il alors compter sur les projets financés de l’extérieur pour apporter un appui ? Le Projet d’appui à la compétitivité agro-industrielle au Mali (Pacam), un vaste projet de la Banque mondiale concernant la filière, entend contribuer à la levée des défis et au développement du potentiel du secteur agricole. Cela afin de réduire les pertes post-récoltes, d’améliorer la transformation des produits agricoles et de faciliter l’accès aux marchés des produits frais et transformés.

Le projet a fourni un appui à la stratégie du gouvernement à travers 4 composantes : augmenter la transformation et l’exportation des mangues, améliorer l’accès aux zones de production de mangues, promouvoir la production d’alimentation animale, et renforcer les capacités institutionnelles et de mise en œuvre. Fatoumata Ba Haïdara, coordinatrice du Pacam, explique que pour «faciliter la collecte et la commercialisation de la mangue dans les grands bassins de production de mangue, le projet a construit six centres de collecte et de commercialisation de la mangue à Yanfolila et à Sikasso, doté la jeunesse de dix sociétés coopératives en matériels et équipements d’entretien et de production des vergers de mangue».


Autre volet : l’alimentation animale. En la matière, le projet a financé 48 sous-projets dans le cadre d’alliances productives entre le Pacam, la BNDA, les emboucheurs et l’abattoir Laham industrie. Conscient du problème d’accès aux matières premières, le Pacam a aussi réhabilité 300 km de pistes rurales dans les cercles de Sikasso et de Yanfolila. Ces pistes rurales permettront l’évacuation de 35.000 tonnes de mangues supplémentaires, selon Fatoumata Ba Haïdara.

 

DIFFICILE ACCÈS AU FINANCEMENT- «La principale contrainte au niveau du projet est comment pérenniser les acquis après le projet», explique la coordinatrice du Pacam. Ensuite, il faut parvenir à une extension des activités du projet dans d’autres zones de production. Il convient également de relever que les acteurs de certaines filières porteuses, non prises en compte par le projet, comme le karité, le sésame, la pomme de terre, l’horticulture l’ont sollicité à maintes reprises pour des appuis techniques et financiers.

Au niveau des acteurs, le difficile accès au financement au niveau de tous les maillons reste une réalité. Le vieillissement des vergers est également un véritable challenge. Il faut donc moderniser les vergers par la reconversion et la plantation de nouveaux vergers. À cela, il faut ajouter l’insuffisance des équipements et matériels de production, de transformation et de post-récolte, l’insuffisance de logistique de transport adapté.

Une autre difficulté et pas des moindres est le problème de certification des vergers et des produits transformés. Enfin, il y a le problème d’accès à certaines zones de production.

Ahmadou Cissé a travaillé dans plusieurs projets de développement pendant 20 ans. Aujourd’hui fonctionnaire international, basé au Ghana, il estime que beaucoup de projets n’apportent pas les résultats attendus «à cause du népotisme». Très souvent, déplore-t-il, les «bénéficiaires sont choisis par affinités, alors qu’on peut se demander s’ils répondent aux critères.


Sans oublier le problème lié au suivi des bénéficiaires, qui permettrait de corriger les failles». Un autre problème réside dans la capacité des bénéficiaires des projets. «Les bénéficiaires sont souvent incapables de monter des rapports techniques et financiers conformes, ils sont responsables de dépassements dans les dépenses, la fiabilité des justifications et la gestion administrative sont douteuses». Alors que si ces éléments ne sont pas conformes, les bailleurs plient bagages ou ne débloquent plus les fonds. Plusieurs projets ont ainsi été fermés sans que les fonds alloués n’aient été dépensés totalement.

Oumar SANKARE

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