Scènes culturelles françaises : Les artistes maliens, nigériens et burkinabe frappés d’interdiction

Les ambassadeurs de la culture de ces trois pays africains ne seront pas programmés sur les scènes françaises. Cette mesure conservatoire du Quai d’Orsay est accueillie dans une incompréhension totale et aussi ressentie comme un mur qui sépare des familles

Publié lundi 18 septembre 2023 à 08:04 , mis à jour lundi 27 mai 2024 à 18:02
Scènes culturelles françaises : Les artistes maliens,  nigériens et burkinabe frappés d’interdiction

La décision de censurer  des artistes africains  des trois pays concernés a été accueillie avec beaucoup d’amertume

 

 

La vitalité culturelle de nos pays africains s’apprécie aussi à l’aune des sollicitations des artistes africains en dehors du continent, notamment en France, Amérique et ailleurs. Ces sollicitations représentent un gagne-pain pour eux. Malheureusement, les consignes du Quai d’Orsay (ministère des Affaires étrangères français) de ne pas programmer les artistes maliens, burkinabé et nigériens sur les scènes françaises fait souffler un vent d’incompréhension dans «le monde des artistes» et au sein de l’opinion nationale. Cette mesure d’interdiction des autorités françaises qui frappe les artistes des trois pays concernés fait déjà des victimes.

L’une d’entre elles est, sans doute, Jeanne Diama dont la pièce de théâtre intitulée : «Pouvoir de pagne» mise en scène par Assitan Tangara devrait avoir quelques représentations en France en octobre prochain. Mais hélas, elle ne sera probablement pas vue dans l’Hexagone.

Cette œuvre met en scène quatre femmes maliennes se retrouvant dans un espace hors du temps et du monde. C’est l’occasion pour elles de se retrouver, d’échanger sur leurs vies, mais aussi leurs souffrances dans ce parloir de pagnes colorés, symbole de la condition féminine au Mali. Les injonctions de la société, les violences quotidiennes, le machisme, la sexualité… La parole se libère. C’est l’occasion de rire, de se moquer, mais aussi de pleurer et témoigner.

En effet, les responsables des théâtres publics ont reçu un mail rédigé du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères leur demandant de «suspendre, jusqu’à nouvel ordre, toute coopération avec le Mali, Niger et le Burkina Faso». Une décision qui a crée un émoi au sein du monde des artistes, des managers, mais aussi des structures et établissements culturels dans les trois pays concernés, mais aussi en France.


L’entourage de l’artiste malien Sidiki Diabaté, qui prépare un concert inédit devant se tenir à l’Accord Arena de Paris en novembre prochain, estime que ce show n’est pas visé, car il s’agit d’une prestation sur laquelle aucune structure publique n’est concernée. Les proches du chanteur prétextent le fait que ce spectacle est organisé par une structure privée en relation avec «Diabatéba music». Ainsi, les prestations des artistes qui sont organisées par des privés ne seront pas frappées par la mesure, nous indique un manager malien qui a recquis l’anonymat.

Notre compatriotes Eva Doumbia, artiste et metteur en scène, écrit sur sa page Facebook : «Je suis sidérée. Je pense aux amis courageux et puissants qui créent souvent dans des conditions inimaginables des spectacles et festivals, abordent des questions importantes, notamment celles concernant les femmes, Assitan Tangara, Béto Bétodji Odile Sankara Lamine Diarra, Aristide Tarnagda, Adama Traoré Acte 7...


D'autres qui résident en Europe, mais qui travaillent avec des créateurs de leurs pays d'origine comme Salia Sanou, Hassane Kouyaté, Irène Tassembedo, Serge Aimé Coulibaly... Même les artistes membres de la diaspora qui vivent en France, dont je suis, qui travaillent régulièrement avec des artistes de ces pays. Ça nous met dans une situation intenable.  Cette décision est comme un mur qui sépare des familles».

Un douche froide, notamment pour les Francofolies de la Rochelle, à Limoges, pour son directeur Hassane Kassi Kouyaté qui a reçu la missive alors qu’il répète à la Scène nationale d’Aubusson, Zoé d’Olivier Choinière. S’exprimant sur la Radio France Inter, jeudi dernier, et dont nous avons reçu le podcast, le Franco-burkinabé estime que : «cette décision met en péril la venue de plusieurs artistes à quelques jours du 40e festival des Francophonie.

 

OTAGES DES DÉCISIONS- Tous les adhérents des différents syndicats d’artistes, d’établissements culturels et autres métiers de la scène et des festivals, ont aussi découvert mercredi dernier ce mail émanant du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Il leur demande expressément de suspendre «les projets de coopération qui sont menés par vos établissements ou vos services avec des institutions ou des ressortissants de ces trois pays».  Et ce «sans délai, et sans aucune exception».


Le mail précise : «Tous les soutiens financiers doivent également être suspendus, y compris via des structures françaises, comme des associations par exemple. De la même manière, aucune invitation de tout ressortissant de ces pays ne doit être lancée. à compter de ce jour, la France ne délivre plus de visas pour les ressortissants de ces trois pays sans aucune exception et ce jusqu’à nouvel ordre». Dans le même podcast de France-Inter, les différents syndicats demandaient jeudi dernier la tenue d’une réunion immédiate avec le ministère en charge des Affaires étrangères pour que les arguments des professionnels soient écoutés et que la solidarité de la France à l’égard des artistes soit affirmée avec force. Pour Hassane Kassi Kouyaté, Franco-burkinabé, c’est un coup dur.


«On est tous otages des décisions politiques. Ces décisions me dépassent», explique-t-il. «Je n’ai pas les tenants et les aboutissants, mais je les subis en tant qu’organisateur et en tant qu’artiste aussi ». Cette décision va aussi impacter le festival Sens Interdits qui se déroule à Lyon du 14 au 28 octobre 2023 et qui doit accueillir plusieurs spectacles en provenance du Mali.  «Cette interdiction totale concernant trois pays traversés par des crises en effet très graves n’a évidemment aucun sens d’un point de vue artistique et constitue une erreur majeure d’un point de vue politique.


C’est tout le contraire qu’il convient de faire. Cette politique d’interdiction de la circulation des artistes et de leurs œuvres n’a jamais prévalu dans aucune autre crise internationale, des plus récentes avec la Russie, aux plus anciennes et durables avec la Chine». Dans un communiqué de presse publié jeudi dernier, le ministère français de la Culture explique qu’ «aucune déprogrammation d’artistes, de quelque nationalité que ce soit, n’est demandée ni par le ministère des Affaires étrangères, ni par le ministère de la Culture.


Pour des raisons de sécurité, la France a suspendu depuis le 7 août la délivrance de visas, depuis Niamey, Ougadougou et Bamako, ainsi que la mise en œuvre dans ces pays de nos actions de coopération culturelle. Cette décision n’affecte pas les personnes qui seraient titulaires de visas délivrés avant cette date ou qui résident en France ou dans d’autres pays». Voila qui enlève un peu à la confusion

Youssouf DOUMBIA

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