«Résidence» de Gourma Rharous : Un symbole et une œuvre architecturale en péril

La bâtisse est érigée sur un promontoire sablonneux qui culmine à 30 mètres au-dessus des eaux du fleuve Niger. C’est le capitaine Gaston Mourgues, topographe de l’armée coloniale française, qui a réalisé les travaux de construction de la résidence en 1927

Publié mardi 01 avril 2025 à 07:24
«Résidence» de Gourma Rharous : Un symbole et une œuvre architecturale en péril

Ce promontoire sablonneux culmine à 30 mètres,  au-dessus des eaux du fleuve Niger

 

 

Résidence, comme son nom l’indique, est le bâtiment où tous les commandants de Cercle de Gourma Rharous (dans la Région de Tombouctou) logent, depuis la création de la circonscription, le 26 décembre 1926, jusque vers le début des années quatre-vingt-dix qui marque le début de la deuxième rébellion armée. C’est à partir de cette époque que commence le déclin de ce majestueux bâtiment qui, comme une armoirie, symbolise le Cercle de Gourma Rharous, aux yeux des populations locales. La Résidence est l’une des principales curiosités touristiques du cercle à cause de l’originalité de son architecture digne d’un palais et de sa position géographique.


Dépêché par sa hiérarchie, le capitaine Gaston Mourgues quitte Hombori, accompagné par une importante suite, composée de gardes cercle, porteurs, cuisiniers, maçons, menuisiers, etc. Le but de sa mission était de sécuriser le trafic fluvial, sur un important tronçon situé entre Gao et Tombouctou. Le courrier postal et toutes les autres embarcations qui pratiquent ce trajet sont fréquemment attaqués par des bandits qui sévissent depuis la rive gauche du fleuve. Après moult bivouacs sur différents sites en bordure du fleuve, il jette son dévolu sur l'actuel place de la ville de Rharous. Le Cercle de Gourma Rharous naît donc, le jour de son arrivée sur ces lieux, dans l’après-midi du 26 décembre 1926. Il débute et termine les travaux de sa résidence en 1927. Elle est bâtie sur un promontoire sablonneux qui culmine à 30 mètres, au-dessus des eaux du fleuve Niger, dans lesquelles elle se mire.


À cette hauteur, on a une vue panoramique de 30 kilomètres à la ronde. Le choix de ce lieu n'est pas fortuit, puisque que le capitaine Mourgues est topographe de l'armée coloniale française. Cette position stratégique permet de sécuriser une grande partie de la bande du fleuve. Le bâtiment est coiffé de deux tours rectangulaires qui jouent le rôle de miradors. Dans l'intervalle de son édification en 1927, à l'année 1973, la Résidence a subi plusieurs aménagements intérieurs et extérieurs. Le bâtiment initial a été construit avec des matériaux locaux à base d'argile. Les briques de la structure ont été confectionnées avec de l’argile tirée du lit du fleuve, connue pour sa résistance à l’eau. La même matière a servi d’enduit pour recouvrir les murs intérieurs.


Quant au crépissage (revêtement) des murs extérieurs et l'adhérence des briques de la structure, il a été fait avec du pisé, un mélange d'argile et de paille finement coupée et modérément imbibé d'eau. Plus tard, les murs extérieurs du bâtiment seront couverts par une terre rare, poudreuse et compacte, de couleur ocre presque phosphorescente, appelée "terre de Bourem", exploitée uniquement, dans la localité du même nom. Celle-ci donne aux murs un aspect esthétique très attirant et visible de loin.

 

MERVEILLE D’ARCHITECTURE- La partie du bâtiment qui fait face au fleuve a été aménagée en jardin, prolongée par une série d'escaliers qui descendent en pente douce jusqu'aux abords du rivage. Ce jardin est planté d'une multitude d'arbres, arbustes et fleurs exotiques, ramenés par le maître des lieux : orangers, citronniers, bananiers, palmiers nains de Méditerranée, nefliers du Japon, diverses variétés de rosiers et de fougères, bégonias, frangipaniers et hibiscus (source : Archives du cercle). Malheureusement, toutes ces plantes sont depuis détruites qui faisaient de ce jardin une véritable œuvre d'art, que les autochtones aimaient bien venir contempler à distance et en sentir les odeurs.

En 1973, le commandant de cercle, Modibo Sidibé, apporta à la Résidence, sa dernière rénovation. Il fit recouvrir entièrement les murs du bâtiment, avec des briques cuites, donnant à ceux-ci plus de prestance. Ce bâtiment colossal et majestueux incarne aux yeux des populations locales, la force et la beauté. Semblable à un vaisseau échoué sur le sable, la perception de l’architecture du bâtiment, donne plusieurs impressions, selon l’angle sous lequel, on l’observe. De face, avec ses deux tours et ses murs crénelés, il ressemble à un château Périgourdin. De profil, il fait penser à un palais mauresque de l’Atlas marocain.

Aucun étranger de passage dans la ville, ne peut rester de marbre, devant la beauté de cette impressionnante œuvre architecturale. Hélas ! Son déclin débute au début des années quatre-vingt-dix, suite à l'éclatement de la deuxième rébellion armée qui amena les locataires du lieu à ne plus en faire usage, au profit d'un modeste bâtiment en béton construit par l'état, à quelques mètres de là, et qui fait désormais, office de résidence préfectorale.

 

LENTE DÉGRADATION- Depuis cette funeste époque, commence la décrépitude de ce vénérable "monument", qui n'est plus aujourd'hui que l'ombre de lui-même, sous le regard indifférent des décideurs locaux. Selon un témoignage recueilli auprès d'un ancien dignitaire politique local, sous le couvert de l'anonymat, «En son temps, la Coopération allemande, à travers la GTZ, a proposé de réhabiliter le bâtiment mais, hélas, des voix contraires se sont levées et finalement, les fonds destinés à ce projet, ont été dirigés vers d'autres infrastructures de moindre importance». Une chose est sûre, le déclin de ce symbole fait mal à l’habitant lambda impuissant. Mais, chacun y va de son rêve de voir renaître un jour ce trésor commun.


Un acteur culturel local trouve que c'est un lieu idéal pour organiser des festivals et d'autres grandes manifestations culturelles. Un professeur du lycée public de Rharous y voit un musée, un espace de créations artistiques ou une résidence d’écriture. En privé, d'autres trouvent que le lieu peut être transformé en établissement hôtelier, quand le tourisme connaîtra de meilleurs jours. L’idée de porter à l’attention du département chargé de la Culture, l’état avancé de décrépitude de ce joyau architectural est portée par plusieurs acteurs de la société civile, sans que cela ne se concrétise. Pour l’instant, du haut de sa splendeur d’antan, la Résidence semble toiser la ville, s’effondrant chaque jour, un peu plus. Peut-être que, dans l’avenir, comme le sphinx, la Résidence renaîtra de ses décombres.

Mohamed GAKOU / AMAP - Gourma Rharous

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