#Mali : Vie de couple : Petits secrets de femmes, gros dangers pour les hommes

Les femmes usent de beaucoup d’astuces pour être au centre de l’attention de leurs bien-aimés. Dans certains foyers polygamiques, la rivalité entre les coépouses peut les amener à recourir au service des charlatans et des marabouts. Au péril de la santé des époux

Publié vendredi 23 février 2024 à 07:16
#Mali : Vie de couple : Petits secrets de femmes, gros dangers pour les hommes

Dans certains ménages polygamiques, les épouses usent de tous les coups pour être la préférée du mari. Dans cette démarche, une frange importante d’entre elles emploie l’envoûtement en vue de mettre leur homme «sous leur aisselle». Ramata (nom d’emprunt) est la seconde épouse de son mari. Durant les premières années de son mariage, son homme rencontrait des difficultés à accomplir son devoir conjugal. «C’était seulement avec moi qu’il avait ce problème», sourit-elle. Le problème est que, dit-elle, les traitements traditionnels et modernes avaient échoué à soigner son époux. Son mariage ne tenait qu’à un fil du fait de cette défaillance du mari.

Pendant ce temps, explique Ramata, son époux suspectait la première femme d’être la source de ce dysfonctionnement. Il avait même menacé de la divorcer si elle ne disait pas la vérité. Celle-ci avait toujours nié sa responsabilité dans les faits. Pour la faire intelligemment avouer, indique Ramata, l’homme simulait la même panne sexuelle lorsque c’était le tour de la première épouse. Lassée de ce comportement, affirme-t-elle, la suspecte a admis son forfait. Notre interlocutrice se rappelle les confessions de sa coépouse : «Pardonne-moi, tout ça c’est de ma faute. C’est moi qui ai provoqué ce problème par jalousie et cela se retourne contre moi.» Pour être dans les bonnes grâces de son mari, explique Ramata, la première épouse s’était servie d’une tige de mil ficelée de fils rouges et noirs et munie de cauris qu’elle avait cachée sous son oreiller.

Aminata est la première épouse de son mari. Elle verse son avis à ce débat. Elle estime que certains hommes sont injustes et impartiaux. Leur comportement pousse de nombreuses femmes à recourir aux pratiques occultes pour obtenir la faveur de l’époux. Elle affirme avoir été tentée à cause de la jalousie. «Mon mari ne me donne pratiquement rien depuis qu’il a épousé une seconde femme. Je fais la lessive pour nourrir mes enfants», se plaint-elle. «Par contre, ma coépouse est une salariée. Quand c’est mon tour de cuisine, il me donne 5.000 Fcfa pour mes deux jours. Cet argent doit servir à l’achat du sucre pour le petit déjeuner, les frais de condiments pour le déjeuner et le dîner. Souvent, ce sont mes frères qui me donnent de l’argent pour rendre ma sauce plus savoureuse», témoigne Aminata qui dit avoir supporté ces humiliations pendant huit ans.

 

MÉFIANCE- Il y a des femmes qui trouvent tous les moyens pour empêcher l’élu de son cœur de nouer une autre relation amoureuse. Astou Traoré explique son aventure. «Mon mari découchait. J’en avais marre de supporter ses escapades. Avec l’appui d’un marabout, j’ai fait en sorte que sa virilité soit affectée quand il s’adonne à un acte intime avec une autre femme», confie-t-elle. Et d’indiquer que l’envoûtement a fonctionné pendant plusieurs mois. Toutefois la pratique ne l’a pas mis à l’abri d’une complication de situation. «Mais à ma grande surprise, il a pris une deuxième femme avec l’appui de sa mère. À chaque fois qu’il était dans la chambre de la nouvelle mariée, c’était la bagarre», témoigne Astan Traoré. À cause de cette situation, la seconde femme a jeté l’éponge en abandonnant le foyer conjugal. «Je sais que ce n’est pas bien ce que je fais, mais je n’ai que cette solution pour garder mon mari», avoue-t-elle. Selon elle, son geste vise également à mettre ses enfants à l’abri des conflits d’héritage que la polygamie engendre souvent.

Ces pratiques mystiques ont instauré dans certains foyers polygamiques une véritable méfiance qui a exacerbé les suspicions. Ainsi, certains polygames font montre de beaucoup de prudence quant aux repas de leurs épouses. Oumou (nom d’emprunt) nous explique le cas de son oncle. Elle affirme que ce dernier a refusé de manger le repas de sa deuxième épouse pendant environ deux ans après avoir découvert qu’elle avait tenté de l’envoûter. Oumou précise que l’incident s’est passé en 2020 quelques semaines avant l’avènement de la  Covid-19. «Quand l’époux a découvert un élément suspect dans la sauce, il a demandé sans succès à sa femme de manger le plat», raconte-t-elle. Depuis ce jour, poursuit notre interlocutrice, son oncle refuse de manger le repas familial sans la compagnie de sa femme et de ses enfants.

Selon un géomancien qui a requis l’anonymat, une femme recourt aux pratiques occultes pour envoûter son mari afin de bénéficier d’un traitement privilégié. Il témoigne que cette alternative s’offre à l’intéressée quand cette dernière n’arrive pas à conquérir pour elle seule l’attention de son époux à travers sa coquetterie et ses idées. Selon lui, la concurrence est le propre de l’être humain et les femmes ne font pas exception à la règle. De ce fait, leur cas ne doit pas susciter l’étonnement. «Chacune d’elle veut être la plus aimée. La première épouse ne veut pas être détrônée au profit de la nouvelle. Cette dernière, persuadée que la première a suffisamment passé de bons moments avec l’époux, veut avoir une position privilégiée.


Si elle voit que la première exerce une grande influence sur leur époux, elle opte facilement pour l’envoûtement», explique le géomancien, avant de résumer que la pratique est juste une sorte de compétition entre coépouses. «Elles ne nous demandent pas de tuer une personne, mais de «s’accaparer du cœur» de leur conjoint. C’est très rare que la cliente nous demande d’attenter à la vie de leur adversaire», insiste le devin. Et d’affirmer que la pratique est sans danger pour les cibles. Mais elle engendre et alimente des frustrations permanentes et installe un climat de «guérilla conjugale» insidieux entre les conjoints. «Tous les tirs de barrages» des épouses qui se livrent à ces pratiques sont concentrés sur le pauvre conjoint.

 

CONSÉQUENCES NUISIBLES- Le prêcheur Mono Coulibaly explique que l’envoûtement fait partie des pratiques fortement condamnées par Dieu. Il précise que la loi islamique prévoit la décapitation de la personne qui s’adonne à cet «acte maudit». Ses prières ne seront acceptées qu’après la repentance, poursuit le maître coranique. L’ensorcèlement ne date pas d’hier. Le prédicateur musulman indique qu’à la  demande des mécréants, une dame avait jeté un sort au prophète Mohamed (PSL) en utilisant onze épingles. «Deux anges ont sauvé la vie du Messager de Dieu à travers la récitation de deux sourates (Al falaq et An-nâs) dont le nombre de versets équivaut au total à onze», raconte l’érudit.

Mono Coulibaly affirme que ces pratiques illicites occasionnent des conséquences nuisibles sur la descendance du responsable des faits. Il renchérit que ces personnes ne bénéficieront pas de la clémence de Dieu le jour du jugement dernier. Pour lui, la cliente s’expose au risque de devenir l’épouse du jeteur de sort. Le prêcheur témoigne qu’il connait des cas de ce genre.  Me Alassane Aldior Diop, avocat à la Cour, explique que les pratiques occultes dites d’envoûtement ou d’ensorcèlement sont des synonymes de la sorcellerie.

Il indique que le Code pénal malien réprime la sorcellerie instrumentalisée liée à une activité frauduleuse et assimilée clairement à du charlatanisme et à l’escroquerie. Le juriste cite l’article 281 de la loi n° 2016-39 du 7 juillet 2016 portant Code pénal du Mali qui dispose que : «Quiconque se sera livré au trafic d’ossements humains ainsi qu’à des pratiques de sorcellerie, magie ou charlatanisme susceptibles de troubler l’ordre public ou de porter atteinte aux personnes ou à la propriété, sera puni de six mois à deux ans d’emprisonnement sans préjudice, le cas échéant, des peines d’escroquerie».


Un individu a beau être qualifié de «sorcier», explique Me Alassane Aldior Diop, ses actes ne peuvent l’exposer à des condamnations pénales que s’ils sont de nature à troubler l’ordre public ou à porter atteinte aux personnes ou aux biens d’une personne. «Tant que cette limite n’est pas franchie, la sorcellerie en soi n’intéresse pas le juge pénal», informe-t-il.  L’avocat indique que la question de complicité et de la preuve matérielle des pratiques de charlatanisme troublant l’ordre public sont également prévues par la loi.

Il précise que les complices de l’infraction d’accusation de pratique de sorcellerie sont ceux qui ont, en toute connaissance de cause, aidé ou assisté l’auteur ou les auteurs de l’action dans les faits, qui l’ont préparée, facilitée ou consommée. Y compris ceux qui ont recélé des personnes présumées auteurs de l’infraction. Me Alassane Aldior Diop poursuit que la preuve des allégations d’envoûtement doit être également apportée par le plaignant. Ce qui est extrêmement difficile à produire au regard de la subtilité et de la sensibilité de la pratique.

Djeneba BAGAYOGO

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