#Mali : Remariage après le veuvage : Le lévirat, une pratique désuète ?

La mauvaise conduite de certaines veuves, les contraintes économiques et la mésentente entre les frères tendent à faire disparaître cette pratique séculaire

Publié vendredi 09 février 2024 à 06:57
#Mali : Remariage après le veuvage : Le lévirat,  une pratique désuète ?

Des membres de l’Initiative d’aide et de soutien aux veuves et aux orphelins (lASVO)

 

Après le décès de son époux, la femme surtout celle qui a des enfants doit surmonter des difficultés pour se mettre de nouveau en couple. Le mariage par héritage ou lévirat qui consiste à épouser l’un des frères du défunt époux contribue à aplanir ces difficultés. Mais, la pratique est en perte de vitesse dans les familles à Bamako.

Drissa, un trentenaire, a perdu son cousin germain, il y a environ trois ans. Ses frères et lui refusent d’épouser la veuve du défunt sous prétexte que celle-ci est une personne peu sociable. «Elle avait peu de considération à notre égard quand nous étions des étudiants. Ce qui fait qu’elle ne bénéficie pas d’estime ou de sympathie de notre part», justifie l’enseignant qui soutient que la bonne conduite de la femme peut lui permettre d’épouser un frère de son défunt époux. Selon le pédagogue, les contraintes économiques dissuadent également les volontaires de pratiquer ce mariage par héritage.

Aussi, la pratique a tendance à perdre sa valeur réelle du fait que nous avons quitté la grande famille pour la famille nucléaire. «Si le défunt est nanti, la veuve dans le dessein de s’accaparer des biens du mari, refuse d’épouser un frère du défunt. Généralement, ce sont des actes qui se produisent et finissent dans les tribunaux», regrette-t-il. Pour un défunt qui n’a pas assez de moyens, explique Oumar, la cohabitation sera difficile.

Indiquant que la veuve sera obligée de chercher un époux ailleurs. Dans ces foyers, précise-t-il, les enfants du défunt peuvent ne pas bénéficier de toute l’attention ou de l’affection dont ils sont en droit d’attendre du fait de leur statut d’orphelins. Le pédagogue souligne que l’absence de la sociabilité, de l’amour entre les frères sont des obstacles à la perpétuation de cette coutume.

Il y a moins d’une année qu’Oumar a épousé la veuve de son cousin, maçon de profession. La femme vivait en location avec ses trois enfants. Il explique que ce type de mariage est une bonne chose si la veuve et le frère du défunt acceptent volontairement leur union. Il argumente que les enfants seront à l’abri de beaucoup de problèmes. Et de poursuivre que cette union consolide la famille et garde l’arbre généalogique intact.

Selon Aminata Tamina dont la fille a perdu son mari, le mariage dans la famille du conjoint décédé présente des avantages pour les enfants du couple. La sexagénaire indique que la mésentente entre les frères peut inciter une femme à quitter la famille de son défunt mari. Dans le cas où la veuve épouse un autre homme qui n’a pas d’affection pour les mômes, ces derniers peuvent en être très affectés. Leur mère, dit-elle, peut divorcer à cause de la mésentente avec son nouvel époux. La dame du troisième âge appelle à l’union et l’entente dans les familles.


La présidente de l’Initiative d’aide et de soutien aux veuves et aux orphélins (Iasvo) affirme que le lévirat peut être dangereux pour la santé du futur époux si le défunt était mort d’une maladie sexuellement contagieuse. Cependant, Massitan Traoré indique que la pratique permet à la veuve de rester dans la famille de son défunt époux pour élever tous ses enfants.  

Le chercheur en tradition orale mandingue, Nouhoum Cissé, explique que notre tradition veut que le clan se réunisse après la viduité de la veuve ou «filiya» en langue nationale bamanankan pour savoir si elle souhaite épouser l’un des frères de son défunt mari. Il explique que la tradition n’impose pas à la veuve de nouer cette relation.

 Le traditionnaliste précise que certaines femmes peuvent accepter parce qu’elles veulent que leurs enfants restent dans la famille de leur père. Cette décision, dit-il, renforce le lien familial. Selon lui, la possibilité pour la veuve d’épouser son beau-frère est une pratique que notre coutume encourage à travers plusieurs initiatives visant à promouvoir la bonne relation entre la femme et le beau-frère. Nouhoum Cissé cite l’exemple de la présence de certains aliments préférés de la nouvelle mariée «nèguèlan» comme l’arachide dans le trousseau de la femme. Il affirme que cet aliment est destiné à ses beaux-frères «nimôgôni».

 

DÉPERDITION DE LA COHÉSION- Le chercheur fait savoir que le geste vise à informer la belle-famille sur l’aliment préféré de leur mariée et les dispositions à prendre par les cadets du marié pour satisfaire cette envie de la nouvelle venue. «Quand elle est dans le besoin ou a des confidences à faire, elle informe le frère cadet qui le transmet à son époux», relève-t-il, avant d’assurer que le mariage ne se fait pas au seul avantage du marié.

Le chercheur en tradition orale mandingue regrette que l’individualisme entrave la vie en communauté prônée par nos ancêtres. Il poursuit que les membres d’une famille partagent de moins en moins les repas ensemble. Ce n’est plus facile, soutient-il, d’épouser la femme d’un frère défunt. Le chercheur dénonce une déperdition de l’affection et de la cohésion au sein des familles. Il pense que la femme doit veiller à l’instauration de ces valeurs dans la famille. Selon lui, la télévision, la radio, la démocratie, l’islam, le christianisme et la culture occidentale ont apporté d’autres valeurs éducatives différentes de celles de nos ancêtres.

Abdallah Diallo, imam d’une mosquée à Kalaban Coura en Commune V du District de Bamako, explique que l’islam accepte que la veuve épouse le cadet ou l’aîné de son défunt époux. Selon lui, la pratique est avantageuse. Le religieux argumente que la femme aura le cœur apaisé parce qu’elle est déjà dans la famille. Pour lui, ses enfants auront la chance de grandir chez leur père. «Si elle doit se remarier ailleurs, elle risque d’être séparée de ses enfants et d’être victime de préjugés offensants», explique l’imam Diallo, avant d’ajouter que la femme sera à l’abri de l’adultère.

 Par ailleurs, Abdallah Diallo fait savoir qu’après le décès de son conjoint, la femme doit observer la viduité d’une durée de quatre mois et dix jours. L’objectif est de s’assurer qu’elle n’est pas enceinte de son défunt époux. C’est pour éviter, justifie-t-il, que le sang de cet enfant et celui d’un autre homme ne se mélangent. S’il s’avère que la femme est enceinte, dira-t-il, la viduité prendra fin après l’accouchement.

Le prêtre catholique du Diocèse de San, l’Abbé Kalifa Albert Déna précise que selon l’église catholique, la veuve peut se remarier au-delà de six mois de deuil. Ce mariage, souligne-t-il, peut se faire mais pas forcément avec un parent de son défunt époux. «Elle se marie soit avec un veuf ou un autre qui ne s’est pas encore marié. Si le parent de son défunt époux n’a pas de femme, elle peut l’épouser», explique l’Abbé Kalifa Albert Déna.

Et de poursuivre que si la veuve veut respecter les normes ecclésiastiques, elle se marie avec qui elle veut. Mais, insiste-t-il, la condition est que cet homme ne doit pas être déjà marié. Dans le cas contraire, elle peut aussi décider de rester seule. Avant et après l’enterrement de son défunt mari, précise le prêtre catholique, il y a des groupes de prières qui accompagnent la famille sur une période indéterminée.

Mohamed DIAWARA

Lire aussi : Hommage à Karim Diallo : L’amap perd un travailleur discret et dévouée

L'Agence malienne de presse et de publicité (Amap) est en deuil après le décès de Karim Diallo, vendredi dernier à Yirimadio en Commune VI du District de Bamako..

Lire aussi : Images d'exécution des militaires : L'État-major des Armées appelle les médias à la prudence

Des contenus récemment diffusés sur les réseaux sociaux sont présentés comme montrant l'exécution sommaire de militaires maliens capturés à la suite de l'immobilisation d'un convoi d'approvisionnement en raison des conditions de route..

Lire aussi : Lutte contre le terrorisme : Les FAMa portent un coup aux capacités opérationnelles de chefs terroristes à Kidal

La puissance de frappe des Forces armées maliennes (FAMa) continue de s’affirmer. Ce vendredi, à l’ouest de la ville de Kidal, elles ont neutralisé quatre points de concentration de groupes armés terroristes ainsi que leurs moyens logistiques, tous ciblés et détruits avec succès..

Lire aussi : Procès Kassoum Goïta et coaccusés : Les accuses écopent de 15 à 7 ans de prison

Le procès de l’ex-directeur de la Sécurité d'État et ses coaccusés s'est achevé ce vendredi devant la chambre criminelle de la Cour d'appel de Bamako qui a rendu son verdict dans cette affaire..

Lire aussi : Emploi et formation : L’Onef engrange des résultats reluisants

L’Observatoire national de l’emploi et de la formation (Onef) a tenu, hier dans ses locaux, la 20è session ordinaire de son conseil d’administration. L’ouverture des travaux a été présidée par la ministre de l’Entreprenariat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, .

Lire aussi : Agefau : Le budget 2026 en baisse

Au cours de la 11è session ordinaire du Conseil d’administration, les administrateurs ont examiné les projets de programme d’activités, le rapport du commissaire aux comptes au titre de l’exercice 2024 et le budget rectifié au titre de l’exercice 2026.

Les articles de l'auteur

Mali: Le come-back de la Biennale sportive

La Biennale sportive est ressuscitée. Ses nostalgiques revivront désormais les activités de cette compétition nationale. Sa dernière édition s'était tenue en 1983 à Sikasso. Cette décision de relance initiée par le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l'Instruction civique et de la Construction citoyenne, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, a été annoncée ce vendredi 24 juillet au Conseil des ministres..

Par Mohamed DIAWARA


Publié samedi 25 juillet 2026 à 17:43

Images d'exécution des militaires : L'État-major des Armées appelle les médias à la prudence

Des contenus récemment diffusés sur les réseaux sociaux sont présentés comme montrant l'exécution sommaire de militaires maliens capturés à la suite de l'immobilisation d'un convoi d'approvisionnement en raison des conditions de route..

Par Mohamed DIAWARA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 15:49

Lutte contre le terrorisme : Les FAMa portent un coup aux capacités opérationnelles de chefs terroristes à Kidal

La puissance de frappe des Forces armées maliennes (FAMa) continue de s’affirmer. Ce vendredi, à l’ouest de la ville de Kidal, elles ont neutralisé quatre points de concentration de groupes armés terroristes ainsi que leurs moyens logistiques, tous ciblés et détruits avec succès..

Par Mohamed DIAWARA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 15:40

Pacte de stabilité et de croissance sociale : Les acteurs de Bamako s'approprient le contenu

Le ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social poursuit ses efforts visant à rendre davantage accessible le contenu du Pacte de stabilité sociale et de croissance. Dans ce cadre, il a organisé, hier au Centre international de conférences de Bamako (CICB), une conférence de vulgarisation à laquelle ont pris part les représentants des organisations syndicales, de l’Administration publique et du Patronat..

Par Mohamed DIAWARA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 12:01

Hôpital du Mali : Le meilleur élève de la classe

En termes d’imagerie médicale, notamment d’IRM, cet établissement hospitalier public boxe un cran au-dessus des autres structures hospitalières publiques. Ce qui apporte un vrai bol d’air aux malades en matière de diagnostic pointu de certaines pathologies du tissu, notamment les nerfs, le cerveau et la moelle osseuse.

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 22 juillet 2026 à 09:06

Mali: Plus de 9.800 candidats inscrits à l'examen du BT santé

L'examen du Brevet de technicien de santé (BT-Santé) au titre de la session 2026 commence ce lundi 20 juillet. Les candidats composeront jusqu'au 24 juillet dans les filières Santé maternelle et infantile, Santé publique et Laboratoire pharmacie..

Par Mohamed DIAWARA


Publié dimanche 19 juillet 2026 à 18:10

Université de Sikasso : La filière sciences vétérinaires bientôt opérationnelle

Pour la rentrée universitaire 2026-2027, le gouvernement a décidé de rendre opérationnelle la filière des sciences vétérinaires de l'Université de Sikasso. Le processus est donc en marche. C’est dans cet esprit que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique organise, depuis lundi dernier à la direction de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l'atelier d'élaboration et de validation de la maquette et des syllabus de cette filière..

Par Mohamed DIAWARA


Publié mercredi 15 juillet 2026 à 15:48

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner