L’Essor :
Qu’avez-vous ressenti après avoir franchi les portes de la fédération en tant
que président du comité exécutif ? Qu’est-ce que vous vous êtes dit
intérieurement ?
Mamoutou Touré : Toute victoire est suivie d’un sentiment de joie et de fierté, nous n’avons pas échappé à ces émotions. Après les élections, nous n’avons franchi les portes de la Femafoot que le lundi 9 septembre pour la passation de service entre le Conor (Comité de normalisation) et le nouveau Comité exécutif. Ce jour, en arrivant au siège de la fédération, une foule immense nous attendait et les clameurs des supporters nous ont fait comprendre la grande attente des Maliens pour redresser notre football et son environnement qui sortent d’une douloureuse épreuve. Nous avons surtout ressenti l’énorme responsabilité qui sera la nôtre dans les quatre années à venir.
L’Essor :
La crise du football a duré quatre ans. Avec le recul, qu’est-ce que vous
regrettez le plus aujourd’hui ?
Mamoutou Touré : C’est vrai, quatre années de crise du football, c’est trop et c’est quatre années de temps perdu pour les jeunes de notre pays et pour tous ceux dont les activités sont liées aux manifestations sportives. Les responsables que nous sommes, n’avions pas mesuré toute la dimension de la crise et son impact sur notre jeunesse. Avec le recul, nous regrettons fortement, le manque d’humilité et de sagesse des uns et des autres pour comprendre la gravité de la situation.
L’Essor :
Vous êtes à la tête de la fédération pour quatre ans. Quelles sont les
priorités de votre mandat ?
Mamoutou Touré : Après quatre années de léthargie, tout est devenu prioritaire. La grande avancée que le football malien avait amorcé ces derniers temps, s’est vue anéantie avec des conséquences que l’on ne peut mesurer à chaud. Cependant, la priorité des priorités est l’amorce de dialogue entre tous les acteurs pour aboutir à un minimum de consensus afin que chacun, à son niveau, joue sa partition pour le bien du football national. La réussite de ce premier palier est un gage pour tout le reste.
L’Essor :
L’un des problèmes du football malien est le manque de sponsor digne de ce nom.
Que comptez-vous faire pour changer la donne ?
Mamoutou
Touré : Comme on le dit, «l’argent est le nerf de la guerre». Effectivement, le
manque de ressources financières constitue un réel handicap pour le
développement du football malien. Depuis une dizaine d’années, la firme Orange
Mali demeure le seul sponsor important qui accompagne la fédération et le
football de notre pays. Notre championnat d’élite porte d’ailleurs son nom,
«Ligue 1 Orange». Les ressources financières qu’Orange met à notre disposition
sont considérables, mais elles sont nettement insuffisantes pour porter notre
football et résoudre tous ses problèmes.
Avec
Orange/Mali, le cycle de partenariat est arrivé à échéance et nous allons
engager des discussions, dans les jours à venir, pour un nouveau départ. Notre
vœu est de voir aboutir ces pourparlers dans l’intérêt des deux parties.
Cependant, au regard de notre projet pour le football malien, on ne pourra se satisfaire de ce seul sponsor ; nous allons «taper» à plusieurs portes, au Mali comme en dehors du Mali. Nous avons déjà balisé plusieurs pistes et cela, avant même notre élection. Dans notre esprit, la problématique du sponsoring doit être appréhendée sous un angle global, c’est-à-dire en faisant bénéficier nos structures décentralisées et nos clubs. La professionnalisation de notre football est à ce prix.
L’Essor :
Parlons à présent des sélections nationales et des clubs. Dans les compétitions
de catégories d’âge, notre pays est envié par presque toute l’Afrique. Curieusement,
la sélection nationale et les clubs restent toujours à la traîne. Que faut-il
faire pour renverser la tendance ?
Mamoutou
Touré : Vous avez dit juste ; les
résultats de nos sélections nationales de petites catégories sont enviés et
magnifiés partout, mais ceux de notre sélection fanion restent en deçà de nos
attentes. Cependant, dire que nous sommes à la traine au niveau des seniors est
un jugement excessif. Pendant les dix dernières années, le Mali s’est classé
3ème d’Afrique lors de deux CAN (2012 et 2013) et a été médaillé d’argent lors
du CHAN- Rwanda 2015. La dernière CAN a sonné comme un goût d’inachevé car les
résultats n’ont pas reflété le niveau du talent de nos joueurs. L’espoir est
donc permis, si tout le monde regarde dans la même direction. Nous sommes à la
croisée des chemins et il faut surtout travailler à consolider les acquis. La
victoire finale à la CAN et une qualification historique à la phase finale de
la Coupe du monde des séniors sont à portée de main.
S’agissant de nos clubs, les mauvais résultats actuels sont une évidence, eu égard à l’absence de compétitions locales depuis bientôt trois saisons. Il y a peu, notre pays était parmi les 13 nations les mieux classées à la CAF (Confédération africaine de football) ce qui nous avait valu de bénéficier de quatre places dans les compétitions inter-clubs. La crise est passée par là, provoquant le déclin de nos clubs.
L’Essor :
L’avenir du sélectionneur national, Mohamed Magassouba était suspendu à
l’élection du nouveau bureau. Selon vous, faut-il renouveler son contrat ou
engager un nouveau sélectionneur ?
Mamoutou Touré : Notre équipe fédérale vient juste de s’installer et nous devons engager des discussions avec un certain nombre de partenaires, dont notre département de tutelle (ministère de la Jeunesse et des Sports, ndlr), mais aussi avec Mohamed Magassouba lui-même. De ces discussions sortira une décision qui ne saura tarder car plusieurs échéances pointent à l’horizon. En tout état de cause, les résultats de Magassouba plaident en sa faveur.
L’Essor :
Quel est aujourd’hui le vœu le plus ardent pour le nouveau président de la
Femafoot que vous êtes ?
Mamoutou Touré : Notre vœu le plus ardent, à l’entame de notre mandat, est le retour de la paix, de la concorde et de l’esprit de camaraderie dans la famille du football de notre pays. Si nous réussissons cela, aucun obstacle ne peut nous arrêter sur la route de «Grands succès».
Interview réalisée par la Rédaction
Rédaction Lessor
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