Me Mountaga Tall : « C’est la victoire du peuple malien tout entier»
Les résultats provisoires proclamés par l’Aige, sous réserve de leur validation par la Cour constitutionnelle, appellent quatre observations de ma part. La première est que nonobstant le score très élevé obtenu par le OUI soit 97%, les résultats du référendum constitutionnel ne consacrent pas la victoire d’un camp sur l’autre, d’un groupe de Maliens sur un autre. Je considère qu’il s’agit de la victoire du peuple malien tout entier qui, de la résolution des Assises nationales de la refondation (ANR) demandant une nouvelle Constitution pour notre pays à la proclamation des résultats provisoires en passant par la campagne référendaire a su faire preuve de hauteur de vue, de respect dû à l’autre et d’engagement patriotique. L’édifice du Mali Kura voulu par tous ne peut-être bâti que sur un socle solide qui est la Constitution.
La deuxième observation porte sur la transparence du scrutin. Tous les acteurs publics, incluant les pouvoirs publics, les partis politiques, les candidats aux différents scrutins, les observateurs et de façon générale les citoyens ont réclamé depuis longtemps la publication des résultats des élections bureau de vote par bureau de vote avant l’examen des éventuelles contestations devant la Cour constitutionnelle. L’Aige a donné l’assurance qu’il en sera ainsi. Ceux qui ne sont donc pas d’accord avec les résultats proclamés auront à leur disposition des arguments chiffrés à l’appui de leurs réclamations.
En troisième lieu, nous devons continuer à nous préoccuper du taux de participation aux consultations référendaires et électorales dans notre pays qui n’atteint pratiquement jamais 50%. à titre de comparaison, le référendum constitutionnel de 1992 a connu, si je me souviens bien, environ 43% de taux de participation contre 39 % cette année soit trente ans plus tard. Nous devons collectivement nous impliquer pour faire comprendre à nos compatriotes que leurs bulletins de vote comptent et qu’ils ont en définitive le dernier mot. Certes, ils ont longtemps été abusés mais nous ne devons pas, pour autant, baisser les bras et nous accommoder de ce bas niveau de participation.
Enfin, et c’est ma quatrième observation, la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle devrait refermer la page du débat constitutionnel et dès lors, nous devons nous retrouver entre frères et sœurs maliens pour aborder la suite de la Transition avec ses multiples défis à relever. En effet, en sus des questions sécuritaires et économiques et financières, nous devons poursuivre les chantiers des réformes politiques et institutionnelles et l’organisation des élections prévues pour marquer la fin de la Transition. Nul n’effectuera ce travail à notre place et nous avons l’impérieux devoir de le réussir.
Les forces du changement ont abattu un énorme travail du 5 juin 2020, date du premier meeting du M5-RFP, à ce jour. Après une période de dispersion, elles se sont retrouvées et peuvent exciper un bilan plus qu’honorable. Il est dès lors important que les acquis engrangés ne soient remis en cause ou dilapidés après la Transition. C’est pour cette raison que tout doit être fait pour resserrer les rangs et créer les conditions d’une victoire pour la sauvegarde et la pérennisation des acquis de la Transition avec, à la fin de la Transition, l’arrivée aux affaires d’une équipe qui a œuvré au changement, qui est fortement acquise au changement et qui en connait les tenants et aboutissants.
Djiguiba Keïta : « Le Parena rejette ces résultats»
La proclamation des résultats provisoires par l’Aige a mis en lumière que le prétendu référendum a été un véritable fiasco. On sait déjà les conditions calamiteuses dans lesquelles le référendum a été organisé : sans listes électorales par-ci, sans pièces légales pour voter, sans centres de votes dans des zones de haute insécurité. Cette proclamation rappelle que la légitimité d’un tel processus constitutionnel tient de son déroulement normal et régulier sur l’ensemble du territoire national. Ce qui n’a pas été le cas.
Malgré les manipulations, on se rend compte qu’à Kidal il n’y a pas eu vote, ni dans la ville, ni dans la commune, ni dans la région, les réactions des leaders desdites zones et l’appréciation des observateurs faisant foi.
Le taux aussi est un indicateur fiable de légitimité : malgré les tripatouillages pour annoncer qu’à Bamako il y a eu 21%, la réalité des chiffres prouve que c’est 13%. Sur l’ensemble du territoire, quand les observateurs sont à 27-28%, l’Aige annonce le taux fictif de 39,4%
Pour préparer les esprits, l’Aige avait donné, 48 heures avant, le chiffre de 38%, ajoutant qu’il est susceptible d’être plus élevé, vu que des dépouillements étaient encore en cours, notamment dans les camps militaires où on ne cessait pas de compter et de recompter. C’est d’ailleurs un chiffre ahurissant de 78.000 militaires inscrits qu’on a découvert....
Dans tout cela, c’est le peuple responsable du Mali qui a fait le choix de ne pas s’associer à un processus inconstitutionnel, illégitime et non consensuel, en le rejetant purement et simplement par une abstention massive, dont le taux réel, encore inédit de plus de 70%, de l’histoire des consultations référendaires, se passe de commentaires.
L’absence de procès-verbaux accompagnant des résultats, l’absence de listes électorales dans les garnisons militaires et autres lieux de vote à l’occasion du scrutin des Forces de défense et de sécurité, ayant permis des votes multiples pour un même électeur, la non disponibilité de fichier électoral actualisé, le taux élevé des abstentions, synonyme de désapprobation, fondent le Parena à rejeter en l’état les résultats provisoires proclamés le 23 juin 2023 par le président de l’Aige en attendant leur annulation logique et de droit par la Cour constitutionnelle, face aux griefs fondés dont elle est saisie.
Propos recueillis par
Bembablin DOUMBIA et Massa SIDIBe
Rédaction Lessor
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