« Depuis 5 h du matin, je cherche du carburant. Jusqu’à présent rien », confie l’automobiliste au fond de son taxi.
Il est bientôt midi. Les stations service ne sont que peu fréquentées. Les véhicules qui carburent à l’essence n’ont aucun problème d’approvisionnement. Pour le moment. Les voitures à gazole, elles, rencontrent des difficultés qui commencent à paralyser les transports, le commerce et même le service public.
A l’entame de la montée de Samé en Comme III, un chapelet de stations de carburant s’aligne. Position très stratégique du fait du passage à flux tendu des camions qui partent et reviennent du port de Dakar. Mêmes les géants (Total, Shell et Oryx) s’y sont installés.
Pas l’embargo. Malgré le nombre, Chaka n’a pas de gazole. Le tableau de bord de sa vieille allemande affiche du rouge : le réservoir est à sec. « Tu vois non ? L’aiguille est au rouge. Depuis le matin de bonne heure, je suis planqué là, dans l’espoir d’avoir un peu de carburant pour la journée. Vraiment si c’est comme ça la Transition, nous les pauvres, on a rien compris », balbutie le désespéré.
En vérité, la pénurie de carburant n’est pas imputable aux sanctions de la Cédéao sur notre économie. Mais plutôt à la guerre menée sur le sol ukrainien par la Russie. Chaka « s’en fout » de cette conjoncture internationale. Il veut juste un peu de gazole pour travailler et assurer le minimum vital à sa famille nombreuse.
La quarantaine d’années au compteur, Chaka a deux épouses. Chacune d’entre elles a plusieurs bouts de bois de Dieu. Pour lui, fataliste jusqu’au bout, Dieu donne toujours à l’homme les moyens de nourrir sa progéniture. Pour ce faire, il faut tout de même arriver à travailler, poursuit le chauffeur. Par la force de la galère, il devient philosophe.
Garé à l’angle nord-est de la station de Yara Service, il attend encore la livraison annoncée de gazole. « C’est vrai que nous attendons une citerne qui prend du retard. Sinon nous sommes l’une des rares stations à servir du gazole », se tape la poitrine le pompiste. En attendant, Chaka prend son mal en patience. Une heure plus tard, le réservoir du tacot est toujours vide, selon le chauffeur.
Un peu plus loin, dans le vieux quartier de Badialan, la station Total est fermée. Quelques policiers assurent la sécurité. Le personnel est en grève pour des motifs liés au niveau bas du salaire. Même atmosphère chez Shell au quartier du fleuve et Oryx sur la route de Sebeninkoro.
Crise mondiale. Il y a quelques semaines, la structure des prix fixée par l’ONAP (Office nationale des produits pétroliers) annonce une augmentation du coût à la pompe. « Le problème n’est pas le prix. La difficulté réside au niveau de l’approvisionnement », se plaint un automobiliste qui craint le pire dans les jours à venir. Lui, comme beaucoup de nos compatriotes, préfèrent les véhicules diesel à l’essence à cause de la consommation.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine est surtout une guerre pour un nouvel ordre mondial avec le pétrole au cœur des rapports de force. Le Mali, n’étant pas encore producteur de pétrole est obligé de jouer sur différents tableaux pour s’approvisionner. En recevant une cinquantaine de citernes de gazole la semaine dernière, les responsables des Douanes, de l’Office nationale des produits pétroliers et de la Chambre de commerce et d’industrie ont promis de tout faire pour éviter le chaos.
Avec une consommation journalière de plus d’un million de litres par jour, notre pays aura du mal à joindre les deux bouts. « La crise est mondiale. Avec ou sans l’embargo, la guerre et les sanctions internationales contre la Russie conduisent forcément à une crise mondiale du pétrole », commente un responsable du Ministère de l’Economie et des Finances.
Ahmadou CISSE
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