Le président de la CNDH, Aguibou Bouaré (g) et des membres de son organisation, lors de la présentation du rapport
C’était
à la faveur d’une conférence de presse animée par le président de
l’organisation, Aguibou Bouaré, dans les locaux du Conseil national du patronat
du Mali (CNPM). Il avait à ses côtés la vice-présidente de la structure, Me
Aissata Founé Témbely et bien d’autres invités.
Le
document de 94 pages examine en six parties la situation des droits de l’Homme
au Mali. Il passe en revue l’état des droits civils et politiques, des droits
économiques, sociaux et culturels, des droits des personnes vulnérables, de la
situation carcérale et des personnes privées de liberté ainsi que le droit à un
environnement sain. Un accent particulier est mis sur la question de
l’esclavage par ascendance, notamment à Kayes, Kita, Nioro du Sahel, Nara,
Koulikoro.
Dans
sa présentation succincte du document, le président de la CNDH a souligné que
malgré les multiples actions entreprises sur le plan holistique par des acteurs
divers, l’année 2022 reste marquée par d’importantes atteintes aux droits de
l’Homme relatives à la pratique de l’esclavage par ascendance. À ce propos, il
a dénoncé «l’assassinat odieux de Mme Diogou Sidibé, le 31 juillet dans le
village de Lany-Mody, situé dans la Région de Kayes», qui en est une
illustration éloquente.
L’institution de défense des droits humains a salué les
efforts du gouvernement, notamment dans le domaine judiciaire, en faveur de la
lutte contre ce fléau. En matière de droits civils et politiques, la période de
référence a été marquée par des abus et violations graves des droits de l’Homme
constitutifs d’atteintes aux droits à la vie et au respect de l’intégrité
physique, à la liberté de presse, de manifestation, de cortège et de réunion,
perpétrés, notamment au Centre et au Nord du pays. Ces abus et violations
enregistrés sont en lien avec le terrorisme, les conflits inter et
intracommunautaires, la crise socio-politique et la pratique de l’esclavage par
ascendance, a souligné le conférencier.
Dans
le domaine des droits économiques, sociaux et culturels, le droit à
l’éducation a souffert d’effectivité dans les zones de conflits en raison,
notamment des fermetures de plus de 1.000 écoles sur menaces de groupes
terroristes. Quant au droit à la santé, si des progrès ont été constatés en
matière d’équipements essentiellement, le comportement de certains agents de
santé reste à déplorer. À cela, s’ajoute l’absence des services de santé dans
les zones de conflit depuis un certain temps.
Selon
le rapport, les droits des personnes privées de liberté et la situation
carcérale pourraient connaitre davantage de progrès avec la décongestion des
prisons. Ainsi, la surpopulation carcérale, le dépassement des délais de garde
à vue, de détention provisoire, demeurent une réelle source de préoccupation
tant les conditions de détention sont souvent inhumaines. La CNDH a salué le
recrutement de 125 agents pénitentiaires, qui va dans le sens de
l’amélioration.
Au
titre des droits des personnes en situation de handicap, le document constate
que leur situation n’a pas connu une évolution significative, même si l’État a
apporté des soutiens multiformes. Toutefois, la CNDH se réjouit du recrutement
à titre exceptionnel, dans la Fonction publique de l’État, de 41 personnes
vivant avec un handicap.
Afin d’inverser cette tendance négative, le rapport formule une batterie de recommandations à l’attention du gouvernement qui portent, entre autres, sur la sécurisation des personnes et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national, le renforcement de l’institution judiciaire en ressources humaines, matérielles et financières lui permettant d’enquêter et de statuer sur les cas de violations graves des droits de l’Homme commises au Mali. S’y ajoutent l’adoption d’une loi réprimant l’esclavage et les pratiques assimilées, d’un texte sanctionnant les violences basées sur le genre (VBG), le renforcement et l’amélioration des mécanismes de lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance.
Aboubacar TRAORE
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