Les autorités
ivoiriennes ont suspendu l’exportation de près d’une vingtaine de produits
vivriers. Il s’agit de l’igname, du maïs, du riz, du mil, du sorgho, du fonio,
de la graine de palme, de la banane plantain, du piment, de l’aubergine, de la
tomate, du gombo, de l’attiéké, de la semoule de manioc, de manioc, de la pâte
de manioc, de la poudre de gombo, de la poudre de piment et la poudre de maïs.
Entrée en vigueur le 15 janvier dernier, cette mesure durera six mois. Elle a
été motivée par le besoin de pouvoir garantir la sécurité alimentaire des
populations vivant en Côte d’ivoire en assurant un approvisionnement régulier
des marchés ivoiriens en produits vivriers. Ce qui n’est pas sans conséquence
sur les échanges entre nos deux pays. Si l’on sait que le Mali est un gros importateur
de certains de ces produits : igname, banane plantain et de attiéké.
En la matière, la
Région de Sikasso, frontalière avec la Côte d’Ivoire, est la porte d’entrée des
produits ivoiriens à destination de notre pays. Les longues files de camions transportant
ces produits ont disparu depuis quelques semaines. Ils affluaient
habituellement au marché «Soukounikoura» de Sikasso. Ce marché est connu de
tous comme le fief des commerçants importateurs notamment de fruits et légumes
en provenance du pays d’Alassane Ouattara.
Ce lundi du mois de
février 2024, il est 10 heures dans ce marché. Comme d’habitude, les
commerçants grossistes et détaillants sont au four et au moulin pour pouvoir
écouler leurs marchandises. Les clients sont également au rendez-vous pour
effectuer les achats. Cette ambiance animée cache mal l’inquiétude des
commerçants grossistes qui approvisionnent ce marché. «C’est après avoir chargé
mes deux camions en ignames en Côte d’ivoire que j’ai été informé de la décision
de suspension. Pour permettre à mes véhicules de sortir de ce pays, j’ai été
obligé de payer 500.000 Fcfa par camion au poste frontalier, soit un million de
Fcfa», témoigne l’importateur de l’igname Abdramane Diabaté, en pesant des
ignames.
Contrairement à ce
dernier, l’importateur de banane plantain Abdramane Diallo alias «Rougeot»
avait été informé de cette mesure des autorités ivoiriennes. Mais ses délégués
étaient déjà sur place avec l’argent pour les achats. «L’argent avait même été
réparti entre nos fournisseurs de bananes plantains. Cet argent ne me sera
remboursé qu’après la levée de la mesure de suspension», confie-t-il. Il est
pourtant obligé de fournir ses clients locaux repartis un peu partout à travers
le pays pour espérer recouvrer les crédits qu’il a avec eux. «Tant que je ne
leur envoie pas de nouvelles marchandises, ils n’enverront pas mon argent»,
s’inquiète-t-il, précisant que c’est la règle du jeu. Concernant l’attiéké
consommé à Sikasso, il provient à 90% de la Côte d’ivoire.
Cette situation a
créé un déséquilibre entre l’offre et la demande concernant ces produits. Ce
qui n’est pas sans conséquences sur les prix de ces denrées. Le sac de banane
plantain qui était cédé à 12.500 Fcfa se vend entre 20.000 Fcfa et 22.500 Fcfa.
Le prix du kilogramme de l’igname est passé de 225 Fcfa à 300 Fcfa.
«Auparavant, on nous cédait près de sept ou huit gros morceaux de banane
plantain à 500 Fcfa. Aujourd’hui, six petits morceaux coûtent 500 Fcfa. Cette
quantité coûtait 400 Fcfa», déplore la consommatrice Aminata Diarra.
Pour y faire face,
les commerçants ont déjà commencé à explorer d’autres pistes. «Nous nous sommes
rabattus sur le Burkina Faso et la Guinée afin de pouvoir continuer à
approvisionner nos clients», explique Rougeot. Il explique que la banane
plantain peut également être importée du Bénin et du Ghana. Mais la distance à
parcourir est trop longue, ce qui peut avoir un impact sur la qualité du
produit qui pourrait pourrir avant d’arriver à destination.
Tahirou Bengaly,
lui, minimise la portée de cette mesure. «Je pense qu’elles n’auront pas assez
d’impact sur nous, car Sikasso est l’un des bassins de production agricole du
Mali. En dehors de la banane plantain, les autres produits concernés sont
cultivés chez nous», assure ce consommateur. La population est
même en train de produire de l’attiéké sur place. Toute chose qui pourrait
booster la production nationale.
Selon le chef du bureau statistique et suivi
évaluation de la Direction régionale de l’agriculture (DRA), Moussa Dembélé, la
production locale du manioc au titre de la campagne 2023 est de 28.056 tonnes,
celle de l’igname est estimée à 48.035 tonnes. «Ces tubercules sont produits
localement dans les Cercles de Sikasso et de Kadiolo», précise-t-il, assurant
que le marché Sikassois est bien fourni en ces tubercules. «Ces tubercules sont
disponibles ici, nous importons uniquement en début et pendant l’hivernage.
Donc, on ne sent pas trop l’impact de la situation sur la population»,
conclut-il.
Amap-Sikasso
Mariam DIABATE / AMAP - Sikasso
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