Mali : Dr Aly Tounkara : « L’Algérie est davantage dans la rhétorique que dans la démonstration des faits »

La crise entre le Mali et l’Algérie s’est envenimée ces derniers temps suite à l’abattage d’un drone des Forces armées et de sécurité maliennes par le régime algérien. Dans les lignes qui suivent, Dr Aly Tounkara, expert sur les questions de défense et de sécurité au Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S), donne sa lecture de cette crise, ses implications et ce à quoi l’on peut s’attendre

Publié lundi 14 avril 2025 à 09:45
Mali : Dr Aly Tounkara : « L’Algérie est davantage dans la rhétorique que dans la démonstration des faits »

L’Essor : Quelle lecture faites-vous des brouilles diplomatiques entre le Mali et l’Algérie, suite à la destruction d’un aéronef de l’Armée malienne par celle d’Algérie?

Dr Aly Tounkara : Cette crise est à comprendre à l’aune des différents changements survenus avec l’arrivée des militaires au pouvoir quant à la gestion faite des crises successives dans les régions dites Nord du Mali, notamment les différentes rebellions. Les autorités de la Transition ont clairement voulu rompre avec des pratiques où l’Algérie se voyait privilégier, se permettait d’asseoir une vraie légitimité sur le plan diplomatique au nom du dossier malien. Il y a eu des changements tout à fait brutaux; en commençant par la reprise des emprises de la mission onusienne par l’Armée malienne sans que l’Algérie ne soit associée à cela. Ce qui n’était pas de son goût. De même également, l’entrée de l’Armée malienne à Kidal. L’Algérie faisait de cette ville une sorte de surenchère. Les militaires au pouvoir n’ont pas, comme tout État souverain, associé l’Algérie à cette reprise de Kidal. Ce qui a encore davantage choqué le régime algérien, c’est que les autorités maliennes ont dénoncé l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger sans pour autant l’associer en tant que chef de file de la communauté internationale, garant de cet accord. Tous ces éléments réunis ont fait de l’Algérie, un État très affaibli sur le plan diplomatique, un état qui voyait son influence dans le Sahel, à défaut d’être contestée, mise à mal.

 

L’Essor : Le Mali accuse l’Algérie d’avoir abattu un de ses drones sur son territoire alors que l’Algérie évoque la violation de son espace aérien. À quoi faut-il s’attendre dans ce cas de figure dans les jours ou mois à venir ? 

Dr Aly Tounkara : L’État du Mali a mis différents éléments à la portée de l’opinion nationale et internationale à travers un communiqué qui délimite sans équivoque le champ d’action du drone dont il est question. Quant à l’Algérie, elle s’est contentée d’envoyer l’opinion nationale et internationale aux archives de son armée qui contiendraient les preuves qu’elle jugerait tangibles que le drone a été abattu sur son territoire. Au-delà de la difficulté à cerner qui a raison et qui n’a pas raison, le fait que le Mali a quand même, communiqué des éléments factuels, laisse croire que l’Algérie serait dans une posture peu claire, difficilement compréhensible. Ce pays voisin accuse l’état du Mali d’avoir violé son espace aérien ou son territoire. L’Algérie est davantage dans la rhétorique que dans la démonstration des faits.  Avec ce qui se passe entre l’Algérie et les trois États de la Confédération AES, les relations vont se détériorer. Cela a même commencé déjà à travers le rappel des ambassadeurs de part et d’autre. Mais quand on regarde aussi l’immensité de la frontière qui sépare le Mali de l’Algérie, la proximité anthropologique entre les populations malienne et algérienne, on peut imaginer ou espérer qu’un tel incident sécuritaire ne pourrait pas prospérer car aucune des parties ne gagnerait à ce que ce climat reste ainsi tendu entre le Mali et l’Algérie.

 

L’Essor : La crise a été étendue aux autres pays de la Confédération AES. Quelles peuvent être les implications dans les relations de coopération avec l’Algérie ?

Dr Aly Tounkara : L’invite des États de l’AES à cette crise sécuritaire entre le Mali et l’Algérie est une suite logique pour qui connait la manière dont la Confédération a été mise en place par les trois pays. Naturellement, toute atteinte à l’intégrité ou à la souveraineté d’un État membre de la Confédération serait aussi une atteinte à la souveraineté des autres États.

 De ce fait, cette solidarité est un témoignage éloquent de la mutualisation des efforts de la part de ces trois états dans le cadre de la lutte contre la nébuleuse terroriste mais surtout le fait que ces trois états ont une diplomatie commune. Donc, la venue du Burkina Faso et du Niger aux côtés du Mali n’a rien d’étonnant pour qui connait la configuration avec laquelle, ces trois pays se sont mis ensemble pour avoir des moyens communs, des approches communes mais surtout pour pouvoir se hisser sur l’échiquier international à partir d’une seule voix. Donc, il n’y a rien d’étonnant que le Burkina Faso et le Niger partagent la vision du Mali vis-à-vis de cette attitude d’hostilité de l’Algérie à son égard.


Propos recueillis

Dieudonné DIAMA

Lire aussi : COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES DU VENDREDI 23 OCTOBRE 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le vendredi 23 octobre 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Lire aussi : Lutte contre l’enrichissement illicite : L'OCLEI remet ses rapports 2021-2024 au Chef de l’État

Pour améliorer la gestion du pays et lutter contre la corruption, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a reçu ce jeudi 22 octobre 2026, au Palais de Koulouba, les rapports annuels 2021 et 2024 de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLE.

Lire aussi : Fonds de soutien à la Transition: un conducteur de moto-taxi apporte 100 000 FCFA

​Le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a présidé ce mercredi 21 octobre 2026 à la Primature une cérémonie empreinte de symbole, mettant à l’honneur l’acte citoyen d’un conducteur de moto-taxi. Par ce geste hautement patriotique, Dramane Kamiya témoigne de son.

Lire aussi : Droits de l’Homme : LA DNDH, un nouvel outil pour faire entendre la voix du Mali

Depuis sa création en 2023, la Direction nationale des droits de l’Homme (DNDH) s’affirme comme un instrument technique de l’État dans la promotion et la protection des droits humains. Elle contribue également à documenter la situation nationale et à apporter la lecture des autorités fac.

Lire aussi : Processus de préparation du budget : Le CNT préconise une implication accrue de la société civile

Les travaux de l’atelier d’immersion sur la loi organique relative aux lois de finances du Conseil national de Transition (CNT) se sont achevés, vendredi dernier au Centre international de conférences de Bamako. La clôture des travaux a été présidée par le président de la Commission des .

Lire aussi : Bamassa Sissoko : Un homme du sérail à la tête de la cour suprême

Lors du Conseil des ministres, tenu le vendredi 16 octobre 2026, Bamassa Sissoko a été confirmée président de la Cour suprême après avoir été intérimaire pendant presque dix mois. Né de Diabou Soucko et de Tiémoko Sissoko, Bamassa Sissoko a eu le BAC en 1989..

Les articles de l'auteur

Attaques terroristes du 25 avril : La condamnation ferme du Collectif des ressortissants de la Commune de Douékiré

Dans un communiqué signé par son coordinateur Alkaïdi Amar Touré dont nous avons reçu copie, le Collectif des ressortissants de la Commune de Douékiré (CRCD) condamne avec la plus grande fermeté et la dernière énergie, les attaques barbares, lâches et inqualifiables perpétrées contre notre pays par des groupes terroristes..

Par Dieudonné DIAMA


Publié lundi 04 mai 2026 à 08:19

Décès de Sadio Camara : L’ADESCY exprime sa compassion à sa famille et à toutes les victimes des attaques terroristes

Dans un communiqué de condoléances, l’Association pour le développement économique, social et culturel du Cercle de Yelimané (Adescy) dit avoir appris avec une profonde tristesse et une vive émotion, le décès du Général de corps d’armée Sadio Camara, ministre d’état, ministre de la Défense et des Anciens combattants à la suite de l’attaque terroriste qui a durement frappé notre pays le samedi 25 avril dernier..

Par Dieudonné DIAMA


Publié jeudi 30 avril 2026 à 08:24

Maroc : Suspension des autorisations électroniques de voyage pour les Maliens à partir du 27 avril

-.

Par Dieudonné DIAMA


Publié jeudi 23 avril 2026 à 15:33

Nouvelle stratégie togolaise pour le Sahel : Le Mali soutient les initiatives sincères en faveur de la région

La rencontre illustre, une nouvelle fois, la volonté du Togo d’adapter son engagement aux nouvelles réalités géopolitiques et sécuritaires, en vue de renforcer la stabilité régionale et la coopération entre les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée, dans un environnement géopolitique et un monde en pleine mutation.

Par Dieudonné DIAMA


Publié lundi 20 avril 2026 à 07:48

Amap : Abdel Kader Maïga, nouveau directeur de l’Agence nationale de presse du Mali

Dans la vague de nomination opérée au niveau de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap) il y a quelques jours, Abdel Kader Maïga prend les rênes de l’Agence nationale de presse du Mali..

Par Dieudonné DIAMA


Publié vendredi 20 février 2026 à 08:43

Palais de Koulouba : Un dîner à l’honneur des présidents Tiani et Traoré

Dans le cadre de la 2è session du collège des Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES), le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a offert un dîner à l’honneur de ses hôtes le Général d’armée Abdourahamane Tiani du Niger et le Capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso, au palais de Koulouba dans la soirée du lundi dernier..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mercredi 24 décembre 2025 à 08:32

Présidence de la Confédération AES : Le riche héritage du général d’armée Assimi Goïta

La Confédération des états du Sahel (Confédération AES) sous le leadership et la présidence du Général d’armée Assimi Goïta est aujourd’hui une réalité géopolitique au Sahel, en Afrique de l’Ouest et en Afrique de façon générale avec laquelle il faut désormais compter. Cette alliance créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger pour faire face aux défis communs sur le plan sécuritaire et de développement est en train de faire son petit bonhomme de chemin..

Par Dieudonné DIAMA


Publié lundi 22 décembre 2025 à 08:57

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner