Chaque année, le 1er mars marque la Journée Zéro discrimination. En 2026, la commémoration s’est tenue sous le thème «Les personnes d’abord», un appel à replacer la dignité humaine au centre de la lutte contre le VIH-Sida. Au Mali, les organisations engagées dans la riposte rappellent que la bataille contre l’épidémie ne se limite pas aux traitements médicaux: elle passe aussi par la lutte contre les discriminations et les atteintes aux droits humains.
Selon les données de l’Observatoire communautaire pour l’accès aux soins et aux droits humains (OAS-DH) d’Arcad Santé Plus, la discrimination demeure largement répandue. En 2025, sur 504 cas de violations des droits humains documentés, 374 personnes ont déclaré avoir été victimes de stigmatisation ou de discrimination. Parmi elles, 13% sont des personnes vivant avec le VIH-Sida, tandis que 61% appartiennent à des groupes à haut risque d’infection. Ces chiffres traduisent une réalité qui dépasse les statistiques: celle de femmes, d’hommes et de jeunes qui doivent souvent faire face au rejet, à la peur ou au silence.
Pourtant, sur le plan juridique, le Mali dispose d’un cadre législatif destiné à protéger les personnes concernées. La loi n°06-028 du 29 juin 2006 relative à la prévention, à la prise en charge et au contrôle du VIH-Sida fixe les règles encadrant la lutte contre l’épidémie. Elle prévoit notamment la protection contre toute discrimination liée au statut sérologique. Son article 25 insiste également sur la confidentialité des informations médicales. Les agents de santé ayant accès aux résultats médicaux relatifs à l’identité ou au statut sérologique d’une personne sont tenus au secret professionnel.
La législation malienne s’appuie aussi sur d’autres textes, notamment la loi n°02-044 du 24 juin 2002 relative à la santé de la reproduction. Celle-ci stipule, dans son article 6, que toute personne séropositive a l’obligation d’informer son partenaire et de prendre les mesures nécessaires, afin d’éviter toute contamination. La Constitution malienne garantit, par ailleurs, la protection contre la discrimination, le respect du secret médical et l’accès aux soins pour tous les citoyens.
Pour Dr Mamadou Diop, coordonnateur adjoint de la Cellule sectorielle de lutte contre le VIH-Sida, ces textes constituent une base importante. «Le Mali dispose d’un cadre juridique pour la protection contre le VIH, notamment la loi de 2006 qui fixe les règles de prévention et de prise en charge», explique-t-il, assurant que les textes sont en voie de modification par le Haut conseil national de lutte contre le Sida (HCNLS). Mais, il reconnaît que l’un des principaux obstacles reste la discrimination sociale.
Selon lui, les enquêtes démographiques menées en 2023 et 2024 confirment cette situation préoccupante. «Selon leurs résultats, près de trois femmes sur quatre et 61 % des hommes âgés de 15 à 49 ans interrogés expriment encore des attitudes discriminatoires envers les personnes vivant avec le Vih-Sida. Ces perceptions influencent directement la vie quotidienne des personnes concernées et compliquent leur accès aux soins», explique Dr Diop.
DE LOURDES CONSÉQUENCES- Dans les centres de santé, certains patients affirment être confrontés à des attitudes stigmatisant. Une professionnelle du sexe raconte avoir été régulièrement jugée lors de ses consultations pour des infections sexuellement transmissibles. «On me parlait avec mépris. À force, j’ai fini par éviter les soins. Quand j’ai finalement appris que j’étais séropositive, c’était déjà trop tard», confie-t-elle sous anonymat.
Dans le milieu professionnel également, la révélation du statut sérologique peut entraîner de lourdes conséquences. Une autre femme nommée Bintou témoigne avoir perdu son emploi après que son superviseur qui a découvert sa séropositivité. «Mon superviseur a découvert mon statut et l’a annoncé à tout le monde. Le lendemain, j’ai été licenciée. Je n’ai pas eu le courage de porter plainte à l’inspection du travail», raconte-t-elle. Dans certains cas, le secret médical lui-même n’est pas respecté. Une patiente explique avoir découvert la séropositivité de son mari lors d’une consultation à l’hôpital, alors que ce dernier lui avait toujours caché la vérité. Ce type de situation met en évidence les tensions entre les obligations légales, la confidentialité et les réalités sociales.
Pour les acteurs de la société civile, le problème réside aussi dans l’application des lois. Cheick Hamala Sidibé, directeur exécutif du Réseau national des populations clés du Mali (Renapoc Mali), estime que le pays a réalisé des avancées importantes depuis l’adoption de la loi de 2006 sous la présidence d’Amadou Toumani Touré. Mais, il affirme que la loi doit évoluer pour répondre aux défis actuels. «La loi protège, oui, mais elle peut être améliorée. Et surtout, la loi seule ne suffit pas. Il faut une sensibilisation au niveau de la communauté», fait-il savoir.
Selon lui, la peur de l’exposition publique constitue un frein majeur pour les victimes. Beaucoup hésitent à saisir la justice, car porter plainte implique souvent de révéler leur statut sérologique. Cette crainte contribue à maintenir un décalage entre les textes et la réalité vécue par les personnes concernées.
Les professionnels de santé observent également les conséquences de cette stigmatisation sur le suivi médical. Oumar Karambé, médecin coordinateur de la clinique Soutoura, souligne que les atteintes aux droits humains ont un impact direct sur la lutte contre l’épidémie. «Il y a une loi qui protège les personnes vivant avec le VIH, mais les problèmes restent la discrimination et la stigmatisation», explique-t-il. «Quand une personne se sent jugée ou rejetée, elle peut refuser de suivre son traitement ou éviter les centres de santé», regrette le praticien.
Malgré ces difficultés, les acteurs de la riposte reconnaissent les progrès réalisés ces dernières années. L’État malien, avec l’appui de partenaires et d’organisations de la société civile, a mis en place plusieurs stratégies pour renforcer la réponse nationale. Parmi elles, figure le Plan stratégique national intégré 2023-2026, qui vise notamment à réduire de 60% la mortalité liée au VIH-Sida. Pour Arcad Santé Plus, la lutte contre la discrimination reste une condition essentielle pour atteindre cet objectif et espérer mettre fin à l’épidémie d’ici 2030.
L’organisation rappelle que derrière chaque statistique se cache une histoire humaine, parfois marquée par le courage, mais aussi par la peur ou le rejet. Comme l’a souligné l’ancien secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon : «Lorsque les plus marginalisés et vulnérables sont confrontés à la discrimination et aux abus, nous sommes tous fragilisés». Au Mali, la fin du Sida dépendra donc autant des progrès médicaux que de la capacité collective à faire tomber les barrières sociales et structurelles qui persistent encore. Car protéger les droits humains, c’est aussi renforcer l’efficacité de la lutte contre l’épidémie.
Aminata DJIBO
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