Sous sa plume, le réalisme merveilleux donne la pleine mesure de ses potentialités, en puisant dans le vivier africain d’innombrables ressources au plan de la créativité, de l’écriture et de la conception même des personnages. La personnalité du héros-narrateur paraît éloquente à cet égard :
«J’étais la croisée des mondes et des temps, et plusieurs vies en une seule vie. J’étais tout, tout en étant peu de choses, et pour ce faire, j’avais la vie devant moi, toute une vie.» (p.20)
En effet, dès le jour de sa nouvelle naissance, celui de son retour dans le monde visible et bruyant des vivants, Ohiri fait montre de pouvoirs extraordinaires par rapport à son âge. Il franchit ainsi les frontières qui séparent le monde des morts de celui des vivants, comme dans un conte ou dans un mythe.
Par ailleurs, le recours au grotesque et à l’humour permet à l’auteur de tourner en dérision les talibés et les miliciens du Président Imam Ntakiba Ntakiba qui mettent les paisibles populations en coupe réglée pour les attirer et les contrôler sous le couvert de l’Islam. À travers cette démarche, le romancier prend un certain recul par rapport au réel pour mieux souligner et mettre en lumière les contradictions du djihadisme, un phénomène qui a fait son apparition dans un contexte de crises politiques, sécuritaires et sociales.
Le héros-narrateur s’abrite à dessein derrière une fausse naïveté pour marquer son étonnement devant certains agissements qui lui paraissent suspects voire compromettants. Il se demande quel est le vrai visage du Président Imam Ntakiba Ntakiba, au-delà de la propagande entretenue à coup de slogans et d’idéologie : comment expliquer l’existence de camps de concentration et d’éducation-liquidation des miliciens talibés (p.97) ? Qui sont réellement les djihadistes qui dépouillent et massacrent les voyageurs ? Les masques finissent par tomber à force d’observations et d’analyses. Par ailleurs, le coup de foudre entre Ohiri (le héros-narrateur) et Ahiri (l’âme sœur) dans les locaux du Collège des désirs sonne, à l’avance, la chute fatidique et la fin rocambolesque du Président Imam Ntakiba Ntakiba. L’épilogue confirmera cette chute annoncée et attendue de longue date.
Comme Daniel-Henri Pageaux l’a fait remarquer dans un article intitulé «Le descriptif et le nouveau roman d’Afrique noire et d’Amérique latine» : «le grotesque africain va servir à écrire et à décrire l’inadmissible, l’intolérable ; du réel inaccepté, inacceptable on passe au délire et à la démesure.» (in Le descriptif, Paris, PUF, 1988, p.239-252).
À y regarder de près, le roman constitue un puissant outil d’analyse et d’exploration du réel dont il convient de mesurer la portée et les enjeux. Au-delà du cas présent, le non conformisme et l’attitude transgressive des écrivains de la nouvelle génération, comme Ousmane Diarra, procèdent d’une reconquête de l’initiative dans le domaine de la création littéraire. Jaouad Serghini se penche sur la question dans son essai intitulé « La littérature subsaharienne du renouveau. Nouvelles voies romanesques des Suds 1990-2020 (L’harmattan, 2023).
L’esthétique de l’excès et de la transgression n’est pas une fin en soi. Elle traduit une volonté de remise en question des stéréotypes et des clichés, voire une stratégie de critique. Le Collège des désirs se révèle donc plein de promesses pour le renouveau de la littérature africaine.
Dr Mamadou Bani DIALLO
Critique littéraire
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