Basins : Le retour en grâce de la teinture artisanale

L’engouement pour les couleurs combinées de ce tissu est presque intact

Publié jeudi 06 janvier 2022 à 06:51
Basins : Le retour en grâce de la teinture artisanale

Les amateurs de ce tissu emblématique de notre culture vestimentaire se sont rendus compte que la coloration à l’artisanal était de meilleure qualité. Du coup, la teinture industrielle est en train de perdre du terrain


Bintou Dembélé dite la «Bi», âgée d’environ 40 ans, est une célèbre teinturière à Hamdallaye, en Commune IV du District de Bamako. Embrassant ce métier depuis le collège en aidant sa grande sœur, sa formatrice, elle y a fait fortune. Elle aussi a initié sa sœur cadette et quelques connaissances qui l’aident dans ses tâches quotidiennes. «Bi» accueille également des étudiants durant les vacances.

Mais depuis quelques années, des basins estampillés «Getzener» ont fait irruption sur le marché et séduisent les Maliens, qui ont développé une passion dévorante pour ces tissus qui ne sont même pas fabriqués dans notre pays. Constatant une baisse drastique de ses revenus faute de clients, la teinturière ouvre une boutique «Getzner». Une astuce trouvée pour garder sa clientèle, explique-t-elle.

Il y a peu, l’engouement pour le «Getzener» a baissé en intensité. «Le basin teint à la main refait surface, retrouve toute sa place sur le marché. Les gens ont compris que c’est plus durable, car même après l’avoir lavé plusieurs fois, il garde son éclat et sa brillance. Ils sont plus résistants que les basins Getzener», soutient notre teinturière qui se réjouit du retour en grâce de la teinture artisanale lors des cérémonies sociales comme les mariages et les baptêmes.

 

PROCESSUS DE FABRICATION- En effet, les Maliens ont toujours excellé dans le design et la création de tissus. Ils rivalisaient auparavant avec les Yorubas du Nigeria. Dans les années 1960, lorsque les colorants synthétiques sont arrivés en Afrique de l’Ouest, les Maliens ont appris à les utiliser en fonction de leurs préférences esthétiques. Depuis, les Nigérians se sont taillés un créneau dans la broderie, laissant à nos compatriotes la première place dans le secteur des tissus de haute qualité teints à la main.

Teindre à la main le basin est souvent un travail laborieux pour les femmes qui évoluent dans le secteur. Elles importent le tissu - principalement en coton, mais parfois en soie ou en laine, d’Allemagne, des Pays-Bas ou de la Chine. Elles le découpent selon les dimensions standards. Elles font des nœuds à différents endroits, qui ne seront pas teints lorsque le tissu sera trempé dans des seaux de pigments et de fixateur. Quand le tissu ressort, il présente des spirales colorées, de grands ronds ou différents motifs. Pour le faire briller, il est trempé dans une solution d’amidon et mis à sécher sur des clôtures.

 Mais, il y a quelques années, le basin Getzener était arrivé à ravir la vedette au basin à couleur unique teint des mains de nos artisans. Nos teinturiers en ont souffert, ils pouvaient faire toute une semaine sans être sollicités pour une teinture à couleur unique. Ils ont alors dû mettre leur génie créateur à contribution pour pouvoir résister à cette concurrence.

 

NOUVELLES CRÉATIONS- Aujourd’hui, les teinturières retrouvent le sourire. Le basin teint à la main regagne du terrain. «Nous n’avons pas baissé la garde devant la rivalité. Nous nous améliorons en faisant de nouveaux motifs. Nous combinons nos modèles anciens aux nouveaux pour en faire de nouvelles créations», explique Mamoutou Diarra dit «Serpent».

Teinturier à Dravéla, en Commune III du District de Bamako, cet artisan aux doigts de fée s’est bâti une réputation dans ce domaine au fil des ans. Ses premiers pas remontent aux années 1990. Il emploie plus de dix personnes, en plus des apprentis qu’il a formés. Ceux-ci travaillent à leur propre compte. Nous l’avons trouvé assis sous un hangar prolongeant son atelier de travail, en train d’expliquer à une apprentie une technique de teinture à la vogue : motif dénommé «salade».

La stagiaire étale un basin blanc sur un grand plastique noir étalé à même le sol. À l’aide de ses deux mains, elle plisse prudemment le tissu blanc qui prend peu à peu la forme d’un pied de «salade». L’élève l’asperge avec différents mélanges de teinture gardés dans des boîtes. Ainsi teint, le basin est dénommé «Youmé de salade motif attaché».

Selon lui, les clients ont fini par réaliser que le basin teint de façon industrielle perd très vite sa brillance, surtout quand on le lave deux à trois fois. Ils ont constaté qu’il se salit tôt et ne résiste ni à l’encens ni au parfum, rapporte le teinturier. La possibilité de diversification de la couleur et des modèles a également facilité la résilience de la teinture artisanale. Car, insiste l’artisan, le basin Getzener réunit peu de variétés de couleurs en un seul basin : trois motifs pas plus. Le gala (teinture) peut contenir jusqu’à cinq motifs ou plus, argumente-t-il. «J’ai toujours aimé ce travail. Donc, je continuerai à me battre pour renforcer la résilience du secteur face à la concurrence», promet l’ouvrier.

Son collègue Mamadou Lamine Traoré dit «Gala somasiré» abonde dans le même sens. Ce teinturier natif de Bamako-Coura a appris le métier auprès de sa mère, avant de prendre la relève. Rencontré au 3è étage de sa maison qui fait office d’atelier de travail, «Gala somasiré» est entouré de basins attachés à l’aide de plastique pour former des nœuds. «Sirili», c’est le nom de ce motif. Muni de ciseaux, il les sectionne.

Le basin teint de façon industrielle n’a plus aucun moyen d’enterrer la teinture traditionnelle malienne, lance le teinturier, l’air confiant. Le basin coloré à la main est porté lors des cocktails et autres grands évènements. Il est l’uniforme idéal des femmes lors des mariages, explique Mamadou Lamine Traoré. C’est pourquoi, malgré l’arrivée sur le marché de basins industriels multicolores, la teinture artisanale résiste et se réinvente. Elle offre surtout au client la possibilité de choisir les couleurs et motifs qu’il aime. À titre d’exemple, explique l’artisan, ils peuvent teindre trois balles de basin par jour.

Selon lui, les prix des basins teints à la main varient selon le modèle et la qualité de la teinture. Chez moi, explique-t-il, la couleur unique coûte 1.500 Fcfa le mètre. Les autres modèles avec motif peuvent aller jusqu’à 10.000 Fcfa ou plus le mètre, le prix du basin y compris. Soulignant que la plupart de ses clients sont installés hors du pays, il révèle qu’il s’adapte à la concurrence en modernisant constamment ses techniques pour pouvoir attirer les clients.

Rencontrée chez le teinturier Mamadou Lamine Traoré, une cliente pense qu’il suffit d’avoir une bonne teinturière pour faire un basin plus brillant et éclatant. «Aussi longtemps que j’aurais de bons teinturiers, je ne ferais pas recours aux basins Getzener», confie Fatoumata Diané, invitant les teinturiers à respecter les rendez-vous pour la satisfaction des clients.

Fatoumata M. SIDIBÉ

 

Rédaction Lessor

Lire aussi : Assainissement du secteur minier : Le gouvernement serre la vis

Annulation de permis inactifs, renforcement des contrôles et lutte contre l’orpaillage clandestin : le gouvernement entend imposer le respect des règles et faire profiter davantage les Maliens de leurs ressources minières.

Lire aussi : Modification de la loi de finances 2026 : Le CNT donne son quitus

Les membres du Conseil national de Transition (CNT) ont approuvé, ce jeudi 22 octobre 2026 au Centre international de conférences de Bamako, le projet de loi relatif à la modification de la loi de finances pour l’exercice 2026. Les travaux de la plénière étaient présidés par le président .

Lire aussi : UEMOA : les livres blancs des filières coton-textile, phosphates- engrais au coeur d’une réunion ministérielle

Les ministres sectoriels des États membres de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) se réuniront ce vendredi 23 octobre 2026 à Ouagadougou, une réunion pour la restitution des livres blancs des filières coton-textile, phosphates- engrais..

Lire aussi : Financement de l’économie : Les ressorts d’une nouvelle dynamique

Du crédit bancaire au marché financier régional, la BCEAO diversifie les mécanismes de mobilisation des ressources. Pour le Mali, l’enjeu est de transformer ces possibilités en investissements productifs, en entreprises plus solides et en emplois durables.

Lire aussi : Agriculture : Lancement des opérations d’égrenage et de commercialisation du coton-graine à fana et Dioïla

La délégation de la CMDT a saisi l’occasion pour échanger avec les acteurs locaux sur les difficultés de production et les perspectives de la filière. La tournée se poursuivra à Bla et à Koutiala.

Lire aussi : Baisse des prix de la viande : Un ouf de soulagement pour les ménages

Selon le nouveau barème communiqué par l’Association des bouchers du Mali, le kilogramme de viande de mouton passe de 5.000 à 4.500 Fcfa, soit une diminution de 500 Fcfa. Celui du bœuf sans os est vendu à 3.750 Fcfa contre 4.000 Fcfa auparavant. La viande de bœuf avec os passe de 3.500 à 3..

Les articles de l'auteur

Mois de la solidarité: DES CONSULTATIONS GRATUITES POUR FAIRE ÉVOLUER LES COMPORTEMENTS

L’année dernière, un total de 43.289 malades ont été pris en charge. Parmi lesquels 27.811 cas relevant de la médecine générale, 5.375 de l’ophtalmologie, 850 de la cardiologie et 1.524 cas de diabète.

Par Rédaction Lessor


Publié dimanche 25 octobre 2026 à 15:03

COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES DU VENDREDI 23 OCTOBRE 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le vendredi 23 octobre 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Par Rédaction Lessor


Publié samedi 24 octobre 2026 à 11:41

Inclusion des personnes en situation de handicap : ACAPH-HINESO outille les leaders communautaire

Dans le cadre du projet : promotion pour la paix, prévention de l’extrémisme violent et l’inclusion des personnes handicapées dans les mécanismes locaux de résolution des conflits, l’Association culturelle et artistique des personnes handicapées (ACAPH-HINESO).

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 23 octobre 2026 à 15:39

Œuvres sociales du Président de la Transition : les CSCOM de Dravéla-Bolibana, Hippodrome et N’gomi dotés de kits solaires

Cette initiative, hautement salutaire, permettra de garantir l’autonomie énergétique de ces structures sanitaires et d’améliorer la qualité des soins dispensés aux populations.

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 23 octobre 2026 à 09:32

Mois de la solidarité : Les femmes des OPS au chevet de plus de 200 personnes vulnérables

Les femmes des Organismes de prévoyance sociale (OPS) en partenariat avec le ministère de la Santé et du Développement social, ont offert des kits alimentaires et des financements destinés aux activités de relèvement économique à impact direct à plusieurs couches vulnérables..

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 23 octobre 2026 à 09:28

OCTOBRE URBAIN 2026 : Des solutions durables pour des villes inclusives, résilientes et prospères au Mali

Le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du territoire et de la Population a organisé, ce jeudi 22 octobre 2026, dans les locaux de la Direction nationale de l’Urbanisme, une journée de concertation et d’exposition de stands avec les acteurs et partenaires intervenant dans les domaines du foncier et du logement, dans le cadre de la célébration de l’Octobre urbain, a constaté l’AMAP..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 22 octobre 2026 à 14:35

Éducation : 4,842 milliards de FCFA pour la rehabilitation de 13 lycées publics de Bamako

Dans le cadre du Projet d’amélioration de la qualité et des résultats de l’éducation pour tous au Mali (MIQRA), les travaux de réhabilitation et d’extension de 13 lycées publics du District de Bamako ont été lancés ce jeudi 22 octobre 2026 au lycée Fily Dabo Sissoko de Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 22 octobre 2026 à 14:13

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner