Marché du carbone : Un potentiel sous exploité au Mali

Les secteurs prioritaires en matière de produits carbones, concernent en premier l’agriculture, l’agroforesterie et les énergies renouvelables

Lougaye ALMOULOUD

Publié le 9 octobre 2025 à 07:42

2 026 vues Lecture : 5 minutes

Marché du carbone : Un potentiel sous exploité au Mali

Plusieurs projets peuvent être initiés en matière de reboisement, de résilience agricole et de régénération naturelle assistée

 

En 2024, le marché volontaire du carbone au monde a enregistré 84 millions de tonnes de carbones échangées pour une valeur de 530 millions de dollars. Sur ce volume, les projets situés sur le  continent africain ont échangé environ  7,2 millions de tonnes de CO2 pour une valeur de 54,5 millions, ce qui représente environ 8,5% du marché mondial. Pour ce qui est du Mali, quelques projets ont été identifiés sans pour autant pouvoir évaluer leur coût en raison d’un cadre institutionnel et organisationnel encore à parfaire et une faible maîtrise du marché par les acteurs.

Ces données ont été partagées lors d’un Webinaire organisé par la communauté de l’économie verte au Mali sur le thème : «Marché carbone en Afrique et au Mali : opportunités,  défis et perspectives». Selon les organisateurs de ce débat, le marché du carbone est une thématique au cœur du financement climatique pour l’Afrique et pour le Mali. On retient des échanges que le marché carbone est un mécanisme mis en place au niveau international à la faveur de l’Accord de Paris sur le climat, signé en décembre 2015.

Le dispositif permet d
’acheter et de vendre des unités carbones appelées «crédits carbones». Un crédit carbone est égal à une tonne de CO2 évitée, réduite ou captée. En la matière, il y a le marché carbone règlementé mis en place par les Etats pour atteindre des objectifs obligatoires de réduction de carbone. En parallèle, les entreprises peuvent, dans le cadre de leurs responsabilités sociétale et environnementale,  monter des marchés carbones volontaires. C’est l’article 6 de l’Accord de Paris qui régit ce marché à travers des labels de certification.

Au Mali, divers projets peuvent être initiés dans ce domaine pourvu qu’ils répondent aux exigences indiquées dans l’Accord. Baptiste Flipo, environnementaliste et fondateur du cabinet de conseil Jiri Services, explique que l’admission d’un projet carbone au crédit obéit au principe d’additionnalité qui vise à s’assurer que le projet n’aurait pas été possible sans la perspective de la vente de crédit carbone.

Autre exigence est la permanence qui dit que les réductions d’émission ne doivent pas être annulées et retournées dans l’atmosphère ultérieurement. On note également le principe de mesurabilité qui s’appuie sur la quantification rigoureuse des réductions d’émission sur la base d’éléments tangibles vérifia
bles. Enfin, il y a l’unicité qui commande que chaque crédit carbone corresponde à une seule tonne de CO2 évitée.

Selon Dr Mahamadou Adamou, enseignant-chercheur à l’Université des Sciences techniques et technologie du Mali, les secteurs prioritaires en matière de produits carbones, concernent en premier l’agriculture, l’agroforesterie et les énergies renouvelables. En se basant sur ces trois secteurs prioritaires, estime l’universitaire, plusieurs projets peuvent être initiés en matière de reboisement, de résilience agricole, de régénération naturelle assistée, des projets de gestion durable des terres et des eaux, d’aménagement hydro-agricole, de dépolissement, d’assainissement, de réseaux solaires et éoliens...

En plus de ces secteurs, ajoute-t-il, «nous
pensons selon les résultats de nos analyses qu’il serait important d’orienter les financements vers certains sous-secteurs comme celui des transports. Beaucoup de projets carbones peuvent être initiés dans la promotion de covoiturage et de véhicules électriques, le transport fluvial et la création de pistes recyclables». Aussi, le secteur des industries, qui englobe des activités potentiellement émettrices de gaz à effet de serre, peut être exploité à travers la transformation des déchets solides et la modernisation des installations urbaines d’assainissement.

Malgré toute cette potentialité, notre pays tire peu de profit de ce mécanisme en raison du manque de règlementation claire et stable du marché carbone. Le cadre de gouvernance piloté par le ministère de l’Environnement à travers l’Agence de l’environnement et du développement durable (AEDD) a certes adopté plusieurs documents dont la Politique nationale de changement climatique, la Politique nationale de protection de l’environnement et le Plan national d’investissement pour la mise en œuvre de ces stratégies. Mais ces documents, selon Abdelkader Bamadio, chef de section changement climatique à l’AEDD, ne sont pas suffisamment en phase avec le mécanisme multilatéral de développent propre édicté par l’article 6 de l’Accord de Paris sur le climat.

Ce qui explique la faible exploitation de ce marché. Le spécialiste précise que l’expérience malienne enregistre quelques projets en matière de reboisement et d’énergies renouvelables. Cependant, leurs retombées sont difficiles à apprécier. Il se réjouit des initiatives en cours dans le cadre de la mise en œuvre du Projet de restauration des terres dégradées (PRTD),  pour la mise en place d’un système robuste de labélisation au profit des porteurs de projets qui ont besoin d’accompagnement pour la maîtrise du marché carbone.

Conscient de ces insuffisances qui constituent un manque à gagner considérable, des acteurs de différends bords ont mis en place au Mali, une plateforme dénommée communauté de l’économie verte. C’est une association qui compte une dizaine d’organisations membres dont DoniLab qui en est l’initiateur.

Des ONG internationales telles que WHH, la SNV et LuxDev siègent au sein de cette communauté qui compte aussi des entreprises engagées comme SAFA services, GreenWest  digital, des bureaux d’études et des structures étatiques telles que la Grande muraille verte et l’AEDD. Ces structures ont décidé de se rassembler autour d’une mission commune qui est de proposer des solutions durables et faire émerger une économie qui sera beaucoup plus respectueuse de l’environnement.

L'Essor

Lire aussi : Bamako : Le Président de la Transition renforce l’autonomie énergétique de trois centres de santé communautaire

Cette opération d’installation concerne une cinquantaine de positions solaires composées de panneaux, de batteries, d’onduleurs et accessoires. Elle vient compléter la série d’installations déjà effectuée dans les grands centres hospitaliers de Bamako et des capitales régionales.

Lire aussi : Poisson : Le Goût ne se discute pas

Avec une production de 122.671 tonnes de poissons enregistrée au titre de la campagne 2025 et près de 900.000 hectares de sites aménageables pour la pisciculture, le Mali dispose d’atouts importants pour renforcer sa production de poissons d’eau douce.

Lire aussi : Hydrocarbures : La dynamique d’approvisionnement se renforce

Entre les 58,589 millions de litres acheminés en une semaine et l’arrivée de 1107 camions-citernes à Bamako, le Mali consolide progressivement son approvisionnement en carburant, grâce à la mobilisation des acteurs nationaux.

Lire aussi : Bamako: Un convoi record de 1107 camions-citernes arrive pour renforcer les stocks de carburant

Un convoi de 1 107 camions-citernes est arrivé ce lundi 26 octobre 2026, vers 8 heures dans les parcs de stationnement de Bamako après avoir traversé la nuit sous l'escorte des Forces Armées Maliennes (FAMa)..

Lire aussi : Assainissement du secteur minier : Le gouvernement serre la vis

Annulation de permis inactifs, renforcement des contrôles et lutte contre l’orpaillage clandestin : le gouvernement entend imposer le respect des règles et faire profiter davantage les Maliens de leurs ressources minières.

Lire aussi : Modification de la loi de finances 2026 : Le CNT donne son quitus

Les membres du Conseil national de Transition (CNT) ont approuvé, ce jeudi 22 octobre 2026 au Centre international de conférences de Bamako, le projet de loi relatif à la modification de la loi de finances pour l’exercice 2026. Les travaux de la plénière étaient présidés par le président .

Les articles de l'auteur

Statut des villages, fractions et quartiers : Une architecture administrative conforme à nos coutumes et traditions

Statut des villages, fractions et quartiers : Une architecture administrative conforme à nos coutumes et traditions

Les villages, fractions et quartiers sont les entités administratives de base en République du Mali. Les modalités de création et de gestion de ces entités sont déterminées par la Loi n°06-023 du 28 juin 2006, modifiée, relative à la création et à l'administration des villages, fractions et quartiers et ses textes d’application..

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié jeudi 27 août 2026 à 08:29

Bassirou Diomaye Faye à Bamako : Renforcer les liens de solidarité et de coopération

Bassirou Diomaye Faye à Bamako : Renforcer les liens de solidarité et de coopération

Sur les principales questions abordées Le Président Faye s’est réjoui de la convergence de vue avec son homologue malien dans un esprit de fraternité et de solidarité..

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié mardi 28 juillet 2026 à 17:52

Partenariat public-privé : Vers un cadre attractif et respectueux de la souveraineté du Mali

Partenariat public-privé : Vers un cadre attractif et respectueux de la souveraineté du Mali

Depuis la création de l’unité PPP en 2017, dix contrats ont déjà été signés pour un montant global de plus de 641 milliards de Fcfa, notamment dans les domaines de l’énergie et de la sécurité..

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié mardi 14 avril 2026 à 08:09

Solidarité : Adam Ousmane Samaké au service des plus vulnérables

Solidarité : Adam Ousmane Samaké au service des plus vulnérables

De nos jours, l’indifférence face à la vulnérabilité des couches démunies est une réalité dans notre société. Pourtant certaines personnes, par leurs actions concrètes, rappellent que la dignité humaine demeure un combat quotidien. C’est le cas d’Adam Ousmane Samaké, une femme d’action au service des plus démunis.

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié lundi 09 mars 2026 à 08:45

Programme Empowering Entrepreneurs : 200 jeunes formés

Programme Empowering Entrepreneurs : 200 jeunes formés

À l’issue de cette phase de formation collective, les dix meilleurs projets sont retenus pour bénéficier d’un accompagnement individuel et mentorat pour une période de trois mois avec à la clé la structuration et le financement de leurs projets.

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié mercredi 11 février 2026 à 08:32

Elevage des caprins : L’initiative porteuse de Kingdom animal

Elevage des caprins : L’initiative porteuse de Kingdom animal

L’élevage des caprins est une activité rentable et durable. Il faut, cependant, de la rigueur en matière d’alimentation, d’hygiène et de surveillance sanitaire.

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié jeudi 08 janvier 2026 à 09:06

Explosion des médias numériques et privés au Mali : Entre diversification de l’information et défis de régulation

Explosion des médias numériques et privés au Mali : Entre diversification de l’information et défis de régulation

L’avènement du numérique a permis de diversifier les outils de l’information dans notre pays. De nouveaux acteurs ont fait leur apparition sur la scène médiatique, entraînant souvent des dérives et des manquements graves à la profession. Face à la situation, la Haute autorité de la communication (Hac) développe des initiatives pour renforcer les capacités professionnelles et promouvoir l’auto régulation en vue de mettre en place un véritable tribunal des paires.

Par Lougaye ALMOULOUD


Publié vendredi 12 décembre 2025 à 08:21

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner