C’est lui qui me réveille souvent à 4 heures du matin pour
prendre le souhour (ndl : littéralement prendre de la nourriture peu de temps
avant l’aube), le repas qui précède le jeûne». Ce témoignage est de Mme Dougnon
Assétou Kanouté, épouse de Jean-Michel Dougnon, dentiste domicilié à
Badalabougou, en Commune V du District de Bamako.
Cette
musulmane et son époux chrétien vivent en communion. Rencontré dans leur
maison, ce couple islamo-chrétien affiche une grande complicité. «Je suis un
mari épanoui dans le foyer. Ma femme me comprend ainsi que ma belle famille»,
confie Jean-Michel Dougnon. Ce dernier, assis au salon, le regard serein et
doux, écoute religieusement les échanges avec son épouse. Une grande complicité
est perceptible entre eux notamment à travers l’expression des visages. Sourire
au coin, d’une voix calme, notre dentiste confirme ne rien imposer à sa femme
et accepte qu’elle pratique librement sa religion sans gêne, ni pression et ni
mépris. «Le carême qui dure 40 jours a débuté quelques jours avant le Ramadan.
Notre jeûne consiste généralement en un repas sobre la journée, accompagné
d’une légère collation le soir.
On ne mange pas de viande les vendredis durant cette période», explique le dentiste de profession. Selon lui, les textes rapportent que Jésus est mort sur la croix un vendredi. Ce jour est donc choisi par les chrétiens pour partager la souffrance du Christ, explique-t-il.
Leur secret ? La relation a été fondée sur la liberté accordée à chacun de pratiquer et vivre sa foi, souligne Mme Dougnon Assétou Kanouté. Cela, ajoute la ménagère, sans restriction aucune pendant les moments de prière, de jeûne et de célébration des fêtes religieuses. Et le couple observe, depuis des décennies, ces principes de tolérance et de respect mutuel qui caractérisent le Malien.
FRATERNITÉ-
Ces valeurs qui ont permis au couple de vivre en harmonie en toute circonstance
sont partagées par leurs proches et progénitures. «Mes deux enfants (Jeanne et
Paul) ont rejoint leur père. La première achète du sucre et du lait pour ma
famille tout comme son jeune frère. Que ce soit les fêtes de Ramadan, de
Tabaski, de Noël ou de Pâques, mon mari me donne le même prix de condiments. De
même, toute la famille porte des habits neufs lors de ces différentes fêtes»,
précise la femme ménagère.
Abdoulaye
Nimaga est imam à Badalabougou. Visiblement heureux de voir que les deux
communautés observent le jeûne au même moment, l’homme de Dieu estime que cette
coïncidence doit être mise à profit pour renforcer la tolérance et la
coexistence pacifique des religions dans notre pays. Car, croît-il savoir,
«Dieu n’agit pas au hasard».
Bénoît
Diarra est prêtre dans la communauté de Bolibana. «Le temps de carême des
chrétiens n’est pas stable. Il
bouge en fonction du calendrier liturgique. Pour moi, ce temps de carême
signifie un mois de pénitence, de partage et de prière, et c’est pratiquement
les mêmes contenus chez nos frères musulmans», soutient le prêtre. Notre pays
traverse un moment difficile.
Si nos jeûnes coïncident, cela signifie que Dieu va interpeller chrétiens comme musulmans à vivre dans la fraternité. Et à travers ces jeûnes, ajoute-t-il, Dieu nous parle indirectement et nous interpelle pour prier pour l’instauration de la paix et la cohésion dans notre pays.
Djeneba BAGAYOGO
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