Le ministre Moussa Alassane Diallo dans Mali Kura Taasira 3 : «Promouvoir l'industrie n’est pas une urgence, c’est une exigence»

Le ministre de l’Industrie et du Commerce n’a pas fait les choses à moitié lors de l’enregistrement de son interview dans le cadre de l’émission Mali Kura Taasira 3, diffusée lundi dernier sur l’ORTM. C’est dans une unité de production d’huile à une trentaine de kilomètres de Bamako que Moussa Alassane Diallo s’est prêté au jeu de l’entretien

Publié mercredi 25 juin 2025 à 07:23
Le ministre Moussa Alassane Diallo dans Mali Kura Taasira 3 : «Promouvoir l'industrie n’est pas une urgence, c’est une exigence»

À l’entame de ses propos, le ministre chargé de l’Industrie a rappelé que toutes les actions de son département s’inscrivent dans le respect de la lettre de cadrage du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, adressée au gouvernement lors du Conseil des ministres du 27 novembre 2024. Moussa Alassane Diallo a souligné que son ministère est en charge de la mise en œuvre de l’axe 3 du Programme d’action du gouvernement (PAG) qui est centré sur le développement économique. Pour ce faire, un plan d’actions à court terme en 14 points a été élaboré, en concertation avec les acteurs du secteur privé.

Le ministre Diallo a surtout mis l’accent sur le renforcement du dialogue entre le secteur public et les acteurs économiques. Il a rappelé que le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, à la suite d’une visite à la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (Ccim), s’est engagé à rencontrer mensuellement les représentants du secteur privé afin d’aborder ensemble les préoccupations économiques du pays.

Concernant la régulation des prix sur les marchés, notamment en dehors du mois de Ramadan, l’invité du jour a détaillé le dispositif de surveillance mis en place. Grâce à
une cartographie nationale des marchés, la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) suit régulièrement les niveaux de stock et les prix afin d’anticiper d’éventuelles pénuries ou hausses.

 

DIFFICULTÉS LIÉES À LA VIANDE ET AU CIMENT- Répondant aux questions sur la flambée des prix de la viande et du ciment, le chef du département en charge du Commerce a apporté des précisions. Concernant la viande, il dira que dans le cadre de la sécurisation des grandes villes, notamment Bamako, Kati et d’autres localités du pays, il a été décidé de déplacer les parcs à bétail en dehors des zones urbaines. «Cette délocalisation a entraîné des difficultés d’approvisionnement des marchés et posé des problèmes de sécurisation des nouveaux centres. Ce sont ces facteurs qui ont eu une répercussion sur le prix de la viande», a-t-il expliqué. Il a précisé que, dans le cadre du PAG, des mesures sont prises par le ministère en charge de l’Élevage pour assurer à la fois la sécurisation de ces centres et la mise en place de dispositifs de transport de la viande vers les grandes villes.

S’agissant du ciment, Moussa Alassane Diallo a rappelé qu’une concertation a été entamée depuis mars 2025 avec les cimenteries du pays pour ramener le prix de la tonne à moins de 90.000 Fcfa. «La structure du coût de production qui nous a été présentée par les différentes cimenteries, et que nous avons examinée a fait ressortir un certain nombre de contraintes qui ne pouvaient pas permettre d’assurer une baisse substantielle du prix du ciment sur le marché. «Le principal facteur est lié à l’énergie», a-t-il expliqué.

 

HAUSSE DE PRODUCTION DES SUCRERIES LOCALES- En lançant la campagne sucrière 2024-2025 à Sukala et Nsukala, le ministre chargé de l’Industrie a affirmé avoir poursuivi deux objectifs principaux. «Le premier objectif, c’était de procéder à la réquisition de 25.000 tonnes de sucre pour anticiper sur le Ramadan 2025», a-t-il déclaré. À cet effet, le gouvernement a fixé les prix à 600 Fcfa le Kg pour le sucre produit localement et 650 Fcfa pour le sucre importé. Le second objectif, selon lui, était de mettre en lumière l’absence de contrôle de l’État sur ces deux sociétés.

«L’État actionnaire n’avait aucun contrôle sur Sukala et Nsukala. Toute la comptabilité est tenue en chinois. Les états financiers sont en chinois et la direction générale, commerciale, techniq
ue est assurée par nos partenaires chinois», a expliqué le ministre. Face à cette situation, il a décidé de changer d’approche. «Ne pouvant pas contrôler les sociétés sur le plan financier, nous avons opté pour une supervision basée sur des éléments physiques», a-t-il souligné. Il a ainsi instruit la direction régionale du commerce de Ségou de suivre quotidiennement la production sucrière.


«Tous les sacs de sucre qui sortent doivent être comptabilisés, et les rapports me sont transmis chaque jour», a-t-il f
ait savoir. «Cette nouvelle méthode de contrôle a permis une augmentation significative de la production. Sukala et Nsukala, qui n’avaient jamais dépassé les 80.000 tonnes, ont produit 120.000 tonnes en 2024. Nous espérons atteindre 150.000 tonnes en 2025. Nous avons besoin de 350.000 tonnes pour rendre le Mali autosuffisant en sucre», a souligné le ministre.

 

RELANCE INDUSTRIELLE- Concernant la relance industrielle, notamment celle de la Compagnie malienne du textile (Comatex) et de l’Usine malienne des produits pharmaceutiques (l’UMPP), le ministre Diallo a évoqué une volonté de rupture avec les schémas hérités des programmes d’ajustement structurel des années 1980. «Le Président de la Transition veut faire du Mali un pays producteur, et non seulement consommateur», a-t-il affirmé. Selon lui, aucun pays ne peut se développer durablement en se basant uniquement sur les importations et les exportations.

 C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, la relance de ces deux usines et d’autres, s’inscrit dans une dynamique p
lus large : celle de la promotion des grandes, moyennes et petites industries nationales, pour transformer nos produits locaux. Il s’agit de permettre aux Maliens de nourrir les Maliens grâce à leur propre production, mais aussi de soigner les Maliens. «Le développement économique, durable, participatif et inclusif du Mali se fera avec l’industrie ou ne se fera pas. Promouvoir l’industrie n’est pas une urgence, c’est une exigence. Parce que c’est à travers l’industrie que nous allons créer de la valeur, des richesses, des emplois, garantir la redistribution et assurer la diversification de la base productive de notre économie», a-t-il déclaré.

Le ministre a aussi annoncé deux projets de filature : l’un à Bamako (50.000 tonnes), l’autre à Koutiala (25.000 tonnes), déjà soumis à des études de faisabilité. Il a surtout insisté sur l’importance des Petites et moyennes industries (PMI) dans cette stratégie. Une politique dédiée au développement des PMI sera prochainement soumise au gouvernement, a-t-il annoncé.

Amadou GUEGUERE

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