Ce vendredi soir, au quartier Wayerma II, il est 15 heures et demie, dans ses ateliers, l’animation ne manque pas. Les apprenants sont au four et au moulin. Pendant que les débutants s’exercent avec les sacs vides de ciment, les anciens sont occupés à coudre des habits et faire du bogolan. Au fond de la cour, des jeunes filles lavent les pagnes imbibés de bogolan. Il n’y a presque plus de passage. Les pagnes bogolan sont étalés un peu partout.
« En 2009, une ONG m’a chargée d’enseigner la couture à des jeunes villageois en mal de revenus dans la Région de Sikasso. Ces derniers ont continué à me fréquenter après cette formation. C’est dans le but de poursuivre cet accompagnement que j’ai décidé de créer ce centre de formation », confie Mme Ballo Fatoumata Diarra.
Habillée en pagne bogolan recouverte d’une robe de travail, cette dame assez timide, indique qu’elle a hérité de sa mère ce métier de confection du bogolan. Elle soutient qu’auparavant les gens pensaient que le tissu bogolan appartenait aux chasseurs et aux fétichistes. Maintenant, un grand nombre de personnes commencent à s’y intéresser.
Elle explique les types de pagnes bogolan qu’elle produit avec ses apprenants. Il s’agit notamment du « djèkèkoloni » qui signifie le dessin de l’os de poisson en français, du dessin des carreaux et bien d’autres qui n’ont pas de nom. « Le prix de chaque pagne dépend de la qualité du tissu. Je cède le pagne entre 7.500 Fcfa et 10.000 Fcfa », affirme-t-elle. Se prononçant sur sa clientèle, elle révèle qu’elle vend le plus souvent aux agents des ONG et des services publics.
En ce qui concerne le tissage, Mme Ballo estime que beaucoup de jeunes ne connaissent pas l’importance du pagne tissé. « Des jeunes visiteurs ont l’habitude de me demander si les habits tissés sont des couvertures », révèle-t-elle, ajoutant que ces pagnes sont incontournables dans la société traditionnelle. Ils sont élémentaires dans les trousseaux de mariage.
Quant à la coupe et couture, Fatoumata Diarra l’a appris en 2000. Depuis l’ouverture du centre, elle partage son expérience avec ses jeunes. « Durand la 1ère année, les élèves apprennent à confectionner des modèles sur du papier des sacs usagers de ciment. À partir de la 3ème année, ils travaillent sur de vrais tissus», explique-t-elle.
Par ailleurs, la promotrice du centre de formation avoue que son métier nourrit son homme. « Grâce à l’artisanat, j’ai pu payer les frais des universités privées de mes enfants et je subviens à mes dépenses. Ce métier m’a permis d’encadrer mes enfants. Après l’école, ils m’aident dans mes travaux donc ils n’ont pas le temps de se promener inutilement », affirme-t-elle, précisant que ses enfants se sont achetés des ordinateurs grâce à ce métier.
à ce jour, Mme Ballo est vraiment fière d’elle-même, car plus d’une vingtaine de ses élèves ont pu ouvrir leur propre atelier de couture. Plus de 20 élèves gagnent leur vie grâce au métier de bogolan et 5 autres évoluent dans le domaine du tissage.
Malgré l’engagement de Mme Ballo Fatoumata Diarra, son centre connaît de nombreuses difficultés. Il s’agit entre autres, de la rénovation des machines à coudre et des autres équipements, de l’accès à de nouvelles salles de formation et l’amélioration de la compétence des formateurs. Par ailleurs, la promotrice du centre souhaite avoir une nouvelle machine de tissage électrique (moderne). Elle sollicite toutes les bonnes volontés qui pourront lui permettre d’acquérir des machines à coudre. Ce qui lui permettrait de faire face à l’afflux des enfants démunis.
Pour elle, la réouverture de la Compagnie malienne des textiles de Ségou (Comatex) est essentielle. Car cette usine produit les meilleures qualités de fil et à des coûts abordables.
Mohamed Togola et Salia Koné sont des clients du bogolan. Ils sont là pour apprécier les différents types de bogolan. Ces jeunes qui ont tous avoué leur amour inconditionnel à la tenue traditionnelle. « Chaque deux semaines, je fais un tour au centre pour regarder les nouveaux dessins. Ce matin, j’ai acheté 4 pagnes que je dois coudre dans ces deux jours », déclare Salia Koné. De son côté, Mohamed Togola affirme avoir assisté à un défilé du centre. « C’était magnifique », se rappelle-t-il, poursuivant que de telles initiatives méritent d’être encouragées, car cela permet de valoriser nos produits locaux.
Quant à l’élève Tenin Sanogo de la 3ème année coupe et couture au centre de formation de Mme Ballo, elle témoigne de l’engagement de sa promotrice. En réalité, affirme-t-elle, Mme Ballo aime le travail bien fait. Elle nous apprend les techniques sans se fâcher. « Je souhaite l’imiter, sinon la dépasser dans l’avenir », conclut-elle.
Mariam DIABATE / AMAP - Sikasso
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