À Bamako, chaque fête a son plat emblématique. Si le Ramadan est marqué par l’abattage du bœuf et la Tabaski par celui du mouton, le réveillon met en avant le poulet. Incontournables sur les tables festives, il est symbole de convivialité et de partage. Actuellement, sur les marchés de la capitale, les prix varient : 2.500 Fcfa pour un poulet de chair, 5.000 Fcfa pour un poulet local, et entre 4.000 et 6.000 Fcfa pour une pintade.
En Commune III du District de Bamako, le marché Diafarana, situé à proximité du Centre culturel islamique d’Hamdallaye, est reconnu comme un grand centre de vente de volaille. En temps normal, les clients y sont très nombreux car l’offre est assurée. Plusieurs dizaines de vendeurs proposent une très grande quantité de poulets, de pintades, de cailles et de pigeons. En cette veille du réveillon du 31 décembre, la frénésie commence à monter.
Cependant, pour le moment, le ravitaillement n’est pas encore au niveau des années précédentes. Modibo Diarra, secrétaire général de l’Association des vendeurs de poulets, exprime déjà une inquiétude face à un léger manque de volailles en cette période où la demande commence à être forte. Comme explication, il estime que les fournisseurs attendent l’approche de la fête pour livrer leurs productions. Il déplore aussi le fait que certains éleveurs ont aussi commencé à vendre directement aux consommateurs. «Toute chose qui pénalise les vendeurs», dit-il, ajoutant que les poulets locaux dans ce marché «proviennent presque de toutes nos régions, précisément de Ségou, Koutiala, Dioïla, Bougouni et Sikasso». Et quant aux poulets de chair, ils sont produits dans les environs de Bamako.
Rencontrée au marché de Bozola (Commune II), dans le centre ville, une cliente sous le couvert de l’anonymat confie qu’elle préfère acheter ses volailles bien æavant le Jour-J. Cela permet d’éviter d’acheter plus cher à la dernière minute. De son côté, Amadou Keïta, un autre client, déplore le coût élevé des poulet locaux. «Le prix est vraiment cher cette année», affirme celui qui vient d’acheter cinq poulets locaux à 6.000 Fcfa l’unité et six poulets de chair, plus abordable, à 2. 500 Fcfa par unité.
Oumar Coulibaly, vendeur à Hamdallaye, est prêt à affronter le Jour-J, cette journée cruciale où les ventes atteignent leur plus haut niveau. «C’est le moment que nous attendons tous», confie-t-il avec enthousiasme. Il ajoute que la majorité des clients se tournent vers les poulets de chair, appréciés non seulement pour leur disponibilité, mais surtout pour leur prix accessible. Ce qui convient à de nombreux consommateurs en cette période de fêtes.
Assis devant sa boutique, l’air désespéré, Moussa Diallo, vendeur de volailles au marché de Yirimadio (Commune VI), indique que cette année, les ventes ne sont pas encore à la hauteur de ses attentes. «Le marché est très timide comparé à l’année dernière», dit-il, visiblement abattu. Pour lui, le manque d’électricité est l’un des principaux problèmes.
«Sans électricité, il est impossible de bien conserver les volailles. Cela nous oblige à limiter nos stocks, et les clients hésitent à acheter en grande quantité», fait-il remarquer avec amertume. Alors que Molobaly, une grossiste réputée du même marché, déplore le fait que les fournisseurs tardent à les livrer et tout le monde veut attendre le dernier jour. Ce qui est un vrai casse-tête pour eux qui doivent satisfaire les détaillants.
Sous le soleil brûlant du Quartier du fleuve en Commune III, un jeune vendeur ambulant, pousse péniblement sa charrette remplie de pintades attachées par les pattes. Ses pas sont lents, mais son regard déterminé. «Je fais ça tous les jours pendant la période des fêtes. Les marché sont saturés, alors je préfère vendre directement dans les quartiers résidentiels», explique-t-il. Pour lui, cette période est intense.
Entre les clients qui négocient et la concurrence qui augmente, chaque vente est importante. «Les poulets de chair partent plus vite, car ils coûtent moins cher, mais pour les pintades et les poulets locaux, c’est une autre histoire», confie-t-il. Malgré les difficultés, il reste motivé puisque c’est la seule période où il peut vraiment gagner beaucoup d’argent. «Même si c’est dur, je n’ai pas le choix», laisse entendre le commerçant ambulant.
Assis dans son enclos, N’Golo Bouaré, un éleveur de volailles venu directement de Ségou, se repose. Il observe ses poulets d’un air préoccupé. «Le prix des aliments pour les volailles a beaucoup augmenté, et cela impacte nos coûts», argue-t-il. Malgré la demande élevée en cette période de fêtes, il a du mal à joindre les deux bouts. «Les clients veulent des prix bas, mais nous aussi, nous devons couvrir nos dépenses. C’est un vrai défi pour nous, les éleveurs», affirme l’éleveur.
Aichata SISSOKO
Rédaction Lessor
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