Présence de nuisibles dans des champs : L’inquiétude des producteurs

La campagne agricole est prometteuse dans plusieurs zones de productions agricoles du pays. Le maïs, le riz sont arrivés à maturité. Le mil et le sorgho sont en épiaison, le coton est en fructification. Mais des paysans craignent les conséquences des invasions des ennemis des cultures

Publié jeudi 20 octobre 2022 à 05:53
Présence de nuisibles dans des champs : L’inquiétude des producteurs

Les nuisibles sucent les feuilles jusqu’à la sève entraînant un arrêt de croissance de la plante

 

 

Issa Koné est cultivateur de coton dans le secteur de Garalo, Région de Bougouni. En plus du coton, il cultive du gombo, de l’arachide et du maïs. Depuis juin dernier, des nuisibles envahissent ses champs. «L’évolution des cultures étaient bonne et normale. l’apparition précoce des nuisibles a changé la tendance», regrette le paysan, contacté au téléphone.

Deux des sept hectares qu’il possède ont été infestés par les ravageurs. Ils sucent les feuilles des plantes jusqu’à la sève, entraînant l’arrêt de leur croissance. «Tous les trois jours, je traite mon champ, mais les nuisibles résistent aux produits. J’ai investi plus de 250.000 Fcfa dans l’achat de pesticides. Depuis la campagne agricole de 2007, les attaques de nuisibles n’ont pas été aussi précoces et féroces», dit-il.

Son confrère Yaya Ballo est cotonculteur dans la zone de Konséguela, Région de Koutiala. Il déplore l’inefficacité des solutions apportées jusqu’ici. «Nous avons appelé les agents de la CMDT qui, après des passages, peinent à nous trouver des solutions. Ils soutiennent que ces infestations sont causées par des nuisibles. Nous connaissons ces insectes qui apparaissent chaque année. Nous pensons que cette maladie est simplement liée à la pluviométrie», soutient celui dont les 34 hectares de coton sont affectés. Le paysan implore les techniciens agricoles de trouver des solutions à ce fléau et sollicite le soutien des plus hautes autorités du pays. L’Office de protection des végétaux (OPV) est spécialisé en la matière.

Des nuisibles ont fait récemment irruption dans certaines zones de production de coton et d’autres cultures vivrières notamment le gombo, le dah, le riz, le maïs, etc. dans plusieurs bassins de productions, confirme le chef de division surveillance, alerte et intervention à l’OPV, Adama Mallé. Les céréales ne sont pas touchées pour le moment, rassure le technicien. Les spécialistes en protection des végétaux de l’OPV aident les producteurs à lutter contre ces ravageurs qui impactent fortement le rendement.

 

SPÉCIFICITÉ- Au Mali, il existe plusieurs types de ravageurs des cultures : les criquets sont fréquents dans la bande sahélienne, les chenilles sur les cultures dont les tomates, les concombres et les melons. Sans oublier les mouches de fruits, les coléoptères, les acariens blancs, termites et les maladies végétales.

Il existe des nuisibles et maladies spécifiques à chaque zone de culture. À l’Office du Niger par exemple, il y a eu des problèmes de rongeurs sur les cultures, explique le spécialiste. Les rats, les souris et les oiseaux granivores font des dégâts sur le mil, le riz, le sorgho et les cultures maraîchères.

La situation des nuisibles, explique le chef de division surveillance, alerte et intervention à l’OPV, est moins préoccupante cette année malgré quelques menaces. «De façon générale, nous disons que la situation des nuisibles est relativement calme. Nous n’avons pas enregistré de cas d’infestations majeurs», rassure-t-il. Adama Mallé précise qu’il a été constaté, au niveau des champs de coton, l’arrivée précoce d’un ravageur sur le cotonnier : Jassides, piqueur suceur. Ce ravageur a affecté beaucoup de zones de production de coton et d’autres cultures maraîchères.


Les céréales sont épargnées pour le moment, apaise le spécialiste. Selon lui, ce ravageur qui existe sur place n’est pas nouveau. Sa forte pullulation a surpris beaucoup de producteurs et même l’encadrement, ajoute-t-il, soulignant que des cas d’infestations ont été signalés sur des cotonniers à Kadiolo et dans plusieurs localités du pays.

 

JASSIDES- Concernant ce ravageur, le technicien révèle qu’il s’agit des Jassides appelés Jacobiella facialis. «Avec les responsables de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), nous avons mené une mission d’inspection dans les filiales de Kadiolo, Bougouni et de Sikasso.


Dans ces zones-là, nous avons vu le ravageur sur le cotonnier et il a fait aussi des dégâts. Nous sommes en train d’analyser les facteurs qui ont entrainé cela», explique Adama Mallé. En attendant, le chef de division surveillance alerte et intervention à l’Opv encourage les producteurs à continuer à intensifier le traitement des champs pour pouvoir venir à bout du destructeur. La nature du ravageur étant connue, il demande aux paysans de ne pas céder à la panique.

À l’instar des piqueurs suceurs (pucerons, jassides, acariens, etc.), d’autres ravageurs notamment, la chenille légionnaire d’automne se signalent, informe Adama Mallé. Introduite en Afrique en 2016 à partir du Nigeria, cette chenille originaire des États-unis d’Amérique apparaît au Mali en 2017 en s’attaquant au maïs de contre saison. Comparée aux années précédentes, elle a été certes moins vorace sur le maïs cette année. «Mais, elle existe toujours, nous sommes en train de la géré de façon efficace et efficiente», explique Adama Mallé.

Selon lui, la situation est relativement calme dans l’ensemble. Adama Mallé ajoute que la campagne agricole est même prometteuse dans plusieurs zones de productions agricoles du pays, grâce à la bonne pluviométrie enregistrée. «Le maïs, le riz sont arrivés à maturité. Le mil et le sorgho sont en épiaison, alors que le coton est en fructification», détaille-t-il.

Pour prévenir leur expansion, le chef de division surveillance, alerte et intervention à l’OPV invite les producteurs à mettre l’accent sur le traitement des champs. Il leur demande de signaler rapidement à son service toute présence de nuisibles. «Nous disposons d’un stock important de bio pesticides, depuis 2019. Les producteurs ne viennent pas souvent s’en approprier.

Ces produits sont subventionnés par l’État et donnés gratuitement aux paysans pour le traitement de leur champ en cas d’infestations», explique Adama Mallé. En attendant, le paysan Issa Koné, lui, prévoit une chute de son rendement. Et se demande comment il va faire pour rembourser les prêts octroyés à eux par les fournisseurs publics et privés.

Makan SISSOKO

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