Maraîchage à Ségou : Les difficultés ne manquent pas

Dramane Samaké récolte les carottes pour ses clientes

Publié jeudi 10 mars 2022 à 07:27
Maraîchage à Ségou : Les difficultés ne manquent pas

En ce mois de mars, le soleil rayonne dans le ciel. Filets à la main, quelques pêcheurs prennent le large avec l’espoir de capturer des poissons. Pendant ce temps, les maraîchers sont en pleine activité le long du fleuve Niger à Ségou.

Le maraîchage qui consiste à cultiver des légumes et des fruits est pratiqué depuis de nombreuses années le long des berges du fleuve Niger à Ségou et un peu partout dans le pays. Les produits maraîchers : betterave, carotte, chou, poivron, salade, concombre, oignon sont utilisés dans la préparation de nombreux mets. Ils occupent une place de choix dans l’alimentation des ménages et contribuent à alimenter les revenus de nombreux ménages pendant la saison sèche.

Chauffeur dans une entreprise publique de la place, Boubacar Coulibaly arbore un tee-shirt blanc. Il cultive essentiellement de la tomate, de la salade au bord du fleuve Niger. «Cela fait plus de 10 ans que je pratique le maraîchage. Ce lopin de terre, je l’ai hérité de mon grand-père. Depuis l’indépendance et la construction du Quartier administratif de Ségou, ce potager comme bien d’autres existent», dit-il.

Les fruits et légumes cultivés par Boubacar Coulibaly sont destinés à la consommation familiale. «Le reste de la production est distribué gratuitement aux autres membres de la famille qui sont dans le besoin. Souvent, elle est vendue sur le marché. Ce que j’aime le plus cultiver, c’est la salade. Généralement, la récolte se fait en 70 jours et la famille a de quoi manger», explique le chef de famille.

Un peu plus loin, nous rencontrons Ibrahima Traoré. Daba en main, il procède avec l’aide de son frère au désherbage afin d’avoir une bonne récolte.  «Cette parcelle de maraîchage est comme notre entreprise. Elle nous permet de manger, de nous soigner et de nous vêtir. Nous parvenons à construire notre vie et à subvenir à nos besoins fondamentaux», nous confie Ibrahima Traoré, le sourire aux lèvres.

Bon nombre de maraîchers travaillent toujours la terre avec des moyens rudimentaires. Ibrahima Traoré estime que l’arrosage des plantes au quotidien est un exercice pénible qui met son corps à rude épreuve. Notre interlocuteur qui dispose d’un arrosoir en métal et d’une motopompe installée au bord du fleuve, ambitionne d’installer un système goutte-à-goutte pour atteindre un rendement élevé. En attendant, Ibrahima Traoré a rangé son rêve au fond d’un tiroir par manque de moyens et continue à travailler avec les moyens du bord.

Créée en 1922 par l’administration coloniale, la ferme de Soninkoura est une zone de maraîchage par excellence. Ici, des champs s’étirent à perte de vue. Un régal pour les yeux comme pour le ventre. Assis sur une natte placée à l’ombre d’un grand arbre, Dramane Samaké observe attentivement son champ peuplé de carottes, de salades et de choux. 

Âgé de 39 ans, ce polygame et père de deux enfants a les mains dans la terre depuis qu’il est tout petit. Ses planches de salades riches en vitamines sont cédées entre 750 Fcfa et 1.000 Fcfa. «Actuellement, les marchés sont inondés de plusieurs fruits et légumes. Nous sommes obligés de brader nos productions de peur qu’elles ne pourrissent», déplore Dramane Samaké.

Si la saison des pluies est appréciée par les agriculteurs, elle demeure une source d’inquiétude pour certains maraîchers qui exercent le long du fleuve. «Comme chaque année à cette période, nous sommes contraints d’abandonner impuissants nos champs à cause de la montée des eaux», explique Dramane Samaké. Il ajoute que la pénurie de matériels et de main d’œuvre, le vieillissement du sol, le rétrécissement du fleuve sont autant de facteurs qui menacent l’émergence du maraîchage dans notre pays.

Ce jeune cultivateur propose comme solution d’ériger des murs pour contrer la montée des eaux, afin que les maraîchers puissent cultiver pendant la saison des pluies et que les habitats des pêcheurs ne soient pas inondés. Vêtu d’une chemise et d’un pantalon noir, le bonnet gris vissé sur la tête, Moussa Mallé et les membres de sa famille sont en pleine récolte de carottes qui seront vendues sur le marché de Ségou pour faire face aux dépenses. Moussa Mallé qui a 10 ans d’expérience trouve son compte dans le maraîchage.

Il reste néanmoins préoccupé par l’appauvrissement du sol. «La plupart des agriculteurs et maraîchers sont pressés de gagner de l’argent. C’est la raison qui explique l’utilisation massive des engrais chimiques qui agissent rapidement sur les plantes, mais par contre ils détruisent nos sols. Nous sommes en grande partie responsables de cette catastrophe environnementale», reconnaît-il.

À Ségou, la présence des femmes dans ce secteur se développe au fil des années. Kadia Traoré en est la parfaite illustration. Cette habitante de Ségou-Coura vit de la culture maraîchère et fait pousser de l’oignon, du piment, le haricot grâce aux eaux du fleuve.   «Le maraîchage demeure notre activité principale. Chaque femme vivant en ce lieu dispose d’une parcelle pour cultiver. Pendant la saison des pluies, nos parcelles sont englouties par les eaux. C’est pendant la décrue que les activités de maraîchage reprennent avec plus d’intensité à Ségou-Coura», précise Kadia Traoré. Ses clients de la capitale et de la Région de Ségou viennent acheter en gros des fruits et légumes.

Toutefois, la quiétude de ces femmes maraîchères est perturbée par les rongeurs qui ont un appétit vorace des oignons et des piments. «Ils  nuisent fortement à notre activité économique et anéantissent nos espoirs d’une récolte satisfaisante», révèle Kadia Traoré, avant de solliciter l’appui des autorités afin qu’elles puissent tirer le meilleur profit de leur labeur et assurer une alimentation saine et durable à la population.



Mamadou SY

Amap-Ségou

Rédaction Lessor

Lire aussi : INSP: Des résultats appréciables en 2025

Le projet de budget 2026 de l’Institut national de santé publique (INSP) se chiffre en recettes et en dépenses à la somme d’environ 3,88 milliards de Fcfa contre un peu plus de 3,98 milliards de Fcfa en 2025, soit une légère diminution de 3,5%..

Lire aussi : VIH-Sida : Sous le poids de la discrimination et de la stigmatisation

Malgré l’existence de textes juridiques destinés à protéger les personnes vivant avec le VIH-Sida, la discrimination et la stigmatisation restent une réalité au Mali.

Lire aussi : École publique du Quartier/Mali: Des anciens élèves offrent des vivres à leurs enseignants

Dans le cadre de l’opération Sunkalo Solidarité, l’Association des anciens élèves de l’école publique du Quartier /Mali (promotion 1988) a offert des vivres aux anciens enseignants et au personnel éducatif. La remise symbolique s’est déroulée hier dans la cour dudit établissement, e.

Lire aussi : Chambre des mines : Vers un nouveau cadre organisationnel

Le gouvernement de la Transition a dissous en janvier 2025 les organes de la Chambre des Mines du Mali marquant ainsi une volonté claire de refondation et de dynamisation de cette institution vitale pour l’économie nationale..

Lire aussi : Complexe numérique de Bamako : Des difficultés persistantes

Outre des difficultés de trésorerie et de personnel, d’autres contraintes ont été évoquées, notamment l’incertitude autour de l’acquisition du site devant abriter le Complexe.

Lire aussi : Ramadan : Faible engouement pour les jus industriels

Beaucoup pensent que ce commerce est particulièrement rentable en période de jeûne. Pourtant, la réalité est toute autre pour nombre de commerçants.

Les articles de l'auteur

Bamako: Arrivée de 780 citernes ce mercredi

Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, ce sont plus de 780 camions-citernes qui sont arrivés ce mercredi 18 mars 2026 dans les parkings à Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 18 mars 2026 à 16:40

Service national des jeunes : Plusieurs activités réalisées en 2025

Le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, a présidé, hier, dans la salle de conférences du stade Mamadou Konaté, l’ouverture des travaux de la 9ᵉ session ordinaire du conseil d’administration de la direction du Service national des jeunes (SNJ), dont il assure lui-même la présidence..

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 13 mars 2026 à 10:20

Mali-États-Unis : Pas encore de coopération dans le domaine militaire

Dans le cadre du dialogue politique régulier entre les deux pays, le Mali et les États Unis d’Amérique ont eu des échanges directs, tant avec la représentation diplomatique américaine au Mali qu’avec des Hauts Fonctionnaires américains en provenance de Washington..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:46

Enseignement supérieur : Le Professeur Abdoulaye Djimdé nommé au sommet de la science mondiale

Le Professeur Abdoulaye Djimdé, éminent chercheur à l’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako (USTTB), rejoint officiellement le prestigieux Comité scientifique consultatif du Secrétaire général des Nations unies..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 mars 2026 à 08:27

Journée internationale de la femme : Zoom sur deux amazones aux parcours exemplaires

A l’occasion de la commémoration du 8 mars, journée internationale de la femme, nous nous sommes intéressés à deux femmes dont le parcours peut inspirer d’autres..

Par Rédaction Lessor


Publié dimanche 08 mars 2026 à 12:20

CAN-féminine : La compétition reportée au mois de juillet

C’était attendu, c’est désormais officiel. La Confédération africaine de football (CAF) a annoncé hier le report de la CAN-féminine qui était prévue du 17 mars au 3 avril au Maroc. Le tournoi aura finalement lieu du 25 juillet au 16 août 2026, toujours dans le Royaume chérifien..

Par Rédaction Lessor


Publié vendredi 06 mars 2026 à 08:19

Familles fondatrices de Bamako : Le petit-fils le plus âgé de «jamanatigi» s’appelle Samba Niaré

Dans l’article intitulé «Familles fondatrices de Bamako : Titi Niaré intronisé 11è Jamanatigi», une erreur nous a fait dire que le contrôleur général de police à la retraite Mamadou Niaré dit Gari est le petit-fils le plus âgé de Titi Niaré qui a été intronisé, le samedi 7 février à Bamako..

Par Rédaction Lessor


Publié mercredi 11 février 2026 à 08:50

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner