#Mali : Kader Tarhanine : Les notes musicales du Sahara malien

C’est incontestablement la nouvelle perle de la musique moderne touareg. Kader Tarhanine est devenu l’un des artistes les plus suivis parmi par les jeunes dans le Sahara.

Publié vendredi 05 janvier 2024 à 07:19
#Mali : Kader Tarhanine : Les notes musicales du Sahara malien

Il incarne la nouveauté du style, la jouvence et un talent naturel et vient d’être sélectionné pour la 13è édition du Marché africain des arts du spectacle qui aura lieu en avril 2024 à Abidjan en Côte d’Ivoire. Il sera en compagnie de Lassina Koné, pour la catégorie art du cirque et de la marionnette, et Anw Jigui Art en théâtre qui représenteront notre pays.


Révélé au grand public en 2012, via les réseaux sociaux grâce à sa chanson «Tarhanine Tegla : mon amour est partie» qui est chantée par toute la jeunesse et la diaspora touareg à travers le monde.

Né au Niger, de parents maliens originaires de Ménaka et de Tombouctou, il a grandi à Tamanrasset dans le Sud de l’Algérie. Il s’inspire ainsi du riche répertoire de la zone sahélo-saharienne avec un groupe composé de jeunes tous originaires du nord  du Mali.

La musique de Kader allie les rythmes traditionnels aux tonalités rock sur des paroles poétiques sahéliennes et arabophones. Après ses premières tournées en Afrique et en Europe, Kader déjà reconnu comme l’une des plus belles voix de sa génération avec en plus sa maîtrise de la guitare, est désormais pressenti comme la relève à la première génération de la musique moderne touareg  dans le monde. Ses collaborations sur scène ou dans les studios avec les plus grands artistes du Mali, notamment Fatoumata Diawara et Sidiki Diabaté, en ont fait une sorte d’ambassadeur de paix (par la musique) entre le nord longtemps embrasé par des ennemis de la paix et le sud Mali.

Cheveux bouclés, visage rayonnant, grand sourire permanent et revêtu généralement du classique touareg «deux pièces basin» (avec chèche en guise d’écharpe), Kader a tout du jeune homme charismatique et attachant. Sa musique qui circule dans le milieu touareg, amplifiée aujourd’hui par les réseaux sociaux, a fini par atterrir dans l’oreille attentive du célèbre Manny Ansar. Celui-ci fut le tout premier manager des Tinariwen.

«Dès que je l’ai entendu la toute première fois, je savais que c’était une pépite pleine d’un talent prometteur pour l’avenir», reconnaît Manny Ansar, qui deviendra le producteur du jeune prodige. Il le fera monter d’abord sur scène à Bamako en janvier 2017, lors d’un concert organisé en marge du sommet Afrique-France. Alors qu’il venait de débarquer, quelques semaines auparavant, pour la première fois au Mali, le jeune artiste pétri de talent, avec une fougue impressionnante, avait séduit et conquis un public subjugué.

Kader chante surtout l’amour ou la romance amoureuse plus exactement qui irrigue ses différentes chansons. D’ailleurs, par Kader Tarhanine, il faut entendre : Kader, mon Amour. Comme l’antique Majnoun Leïla (fou amoureux de sa cousine Leïla) ou Imro Al-Qaïs, chantre de la poésie amoureuse arabe préislamique, les textes de Tarhanine font feu de ce souffle poétique qui relate avec ardeur les passions du cœur, dans ses enchantements, mais aussi ses tourments. Une obsession permanente, dans les rites et dans la vie quotidienne des Touaregs, depuis des temps immémoriaux. Un texte de l’une des emblématiques chansons de Kader, parle de cet élan.

Dans ce registre, Kader est le champion de la jeunesse actuelle. Et il lui parle avec des mots qui la touchent, car elle les reconnaît et s’y identifie. L’influence de l’artiste à ce niveau ne connaît pas de frontières : d’Oubari à Kidal via Tamanrasset, d’Agadez à Tombouctou et de Ménaka à Bamako.

Mais son talent, sa marque de fabrique, c’est sa grande maîtrise de la scène. Il y monte toujours avec une incroyable énergie, aidée par sa jeunesse et son maniement dans l’art de balancer son corps avec élégance, bien évidemment. Son premier album international, qui s’intitule «Ikewan» («Racines» en Tamasheq).

Il a été enregistré à Bamako par Essakane production sous la direction de Manny Ansar, fondateur et président du fameux Festival au Désert d’Essakane. Ce premier disque du jeune Kader porte l’empreinte de son producteur, fin connaisseur des musiques sahélo-sahariennes qu’il collectionne depuis une quarantaine d’années de vie partagée entre le sud et le nord du Mali.

Ce long héritage, fait de métissage et de fusions, est transmis dans Ikewan. Dans ce premier disque, Kader invite à entendre les sonorités fondamentales nées au bord du fleuve Niger.

Dans sa chanson «Kel Tamasheq», c’est ainsi que se nomment les Touaregs, Kader rappelle d’ailleurs combien le Sahara est précieux et qu’il convient d’en prendre davantage soin pour le préserver. Jeune, ouvert et curieux, Kader a su intégrer, en un temps record, les sonorités culturelles voisines au monde Touareg, pour évoluer vers des fusions, beaucoup plus rapidement que ses aînés des autres groupes issus du même mouvement culturel que lui.

Devenu l’idole et le symbole de la jeune génération, l’artiste possède des atouts pour faire découvrir au monde, l’élan poétique et romantique touareg en particulier, et saharien en général.

Youssouf DOUMBIA

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