#Mali : Infertilité dans le couple : La femme toujours au banc des accusées !

Elles sont victimes de stress chronique, de frustrations, d’isolement et de dégradation de l’image de soi

Publié vendredi 02 février 2024 à 08:07
#Mali : Infertilité dans le couple : La femme toujours au banc des accusées !

Véritable problème de santé publique, l’infertilité dans le couple devient un phénomène de plus en plus préoccupant. Elle conduit souvent à des conflits sérieux dans la famille, voire à la rupture des liens conjugaux. Le plus souvent, c’est la femme qui fait les frais des accusations. Au-delà de la famille, le jugement de la communauté pèse également beaucoup sur les épaules de la femme. Sans prendre de gants, certains poussent l’audace pour l’accuser d’être en grande partie responsable de cette difficulté de procréer.

Oumou (Nom d’emprunt) s’est mariée, il y a 6 ans. Durant toutes ces années, elle a attendu en vain un enfant. Elle explique que la femme commence à souffrir de ce problème à partir de six mois de mariage. «C’est après quatre ans de mariage que j’ai commencé à vivre avec le stress à cause de la pression familiale. Je me sentais exclue du fait que j’étais la seule femme sans enfant dans notre grande famille. Je me demandais ce que j’ai fait à Dieu pour être infertile», confie-t-elle, avant d’ajouter qu’elle a suivi beaucoup de traitements afin de pouvoir procréer.

La jeune dame affirme avoir surmonté des critiques acerbes. «Ma belle-mère disait aux autres femmes de la maison que j’étais une femme qui ne pouvait pas enfanter. Elle souhaitait que mon époux prenne une autre femme», regrette-t-elle. Et de déplorer le refus de certains hommes à collaborer franchement avec la femme pour trouver une solution au problème.


Selon elle, cette attitude du conjoint est la plus pénible à supporter. «Chaque fois qu’une femme qui s’est mariée après moi venait à accoucher, mon époux me demandait la raison pour laquelle ils ont eu un enfant avant nous ?», se rappelle celle qui trouvait toujours des formules pieuses. Oumou explique que la femme qui peine à avoir un enfant doit faire face à une société intolérante. Elle cite les interrogations persistantes, rageuses de la communauté quant à la capacité de procréer de la femme qui sont vraiment stressantes pour l’intéressée. Un comportement, soutient-elle, qui impacte la santé reproductrice de la femme. 

Marie, une femme courageuse, partage son parcours douloureux. Elle a fait cinq années de mariage émaillées par l’incapacité à concevoir. «Chaque mois, c’était une déception. Le poids de l’infertilité semblait trop lourd à porter», confie-t-elle avec des larmes aux yeux. Sa quête incessante pour devenir mère a eu des répercussions profondes sur sa santé mentale, conduisant à une dépression.

Cependant, parmi les ténèbres, émerge une lueur d’espoir avec l’histoire inspirante d’Élise. Malgré les difficultés à concevoir, elle bénéficie du soutien inébranlable de son mari et de sa famille. «Leur amour m’a aidée à traverser les moments les plus sombres. Nous avons abordé la question d’infertilité en toute compréhension et avec la manière la plus courtoise en vue d’arrondir les angles de la frustration», explique Élise avec un sourire empreint de gratitude. La solidarité familiale a été son bouclier contre le découragement. Devenir mère est le désir profond de toute femme depuis son enfance. C’est pourquoi, l’on voit les petites filles porter les poupées au dos pour s’identifier à leur mère.

 

CONSULTATION PRÉNUPTIALE- Pour le psychologue Bourama Sangaré, l’infertilité est perçue par la femme comme une atteinte à son estime de soi, une frustration, une incapacité à remplir son rôle. Les femmes qui en souffrent généralement sont exposées au stress chronique au fur et à mesure que l’attente d’un enfant devient un défi majeur. «Découvrir qu’elle peine à enfanter est une frustration qui l’enfonce dans l’isolement et dans la dégradation de l’image de soi. Les sentiments d’échec chez ces femmes sont aggravés par la pression de l’environnement social», explique-t-il.

Par ailleurs, le gynéco-obstétricien Kokeina Oumar Koné apporte des éclaircissements sur cette difficulté d’avoir des enfants. En premier lieu, le praticien tient à préciser la différence entre une personne infertile et celle stérile. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’infertilité est l’absence de conception après 12 mois de rapport sexuels normaux en fréquence et en qualité, chez un couple qui vit sans contraception. «On dit qu’elle est primaire lorsque la femme n’a jamais eu de grossesse. On le qualifie de secondaire quand la femme n’arrive pas à tomber enceinte après de nombreuses fausses couches», explique-t-il. Quant à la stérilité, indique Dr Kokeina Oumar Koné, c’est quand la femme ne peut pas tomber enceinte.

Le gynéco-obstétricien affirme que les anomalies des trompes constituent la première cause d’infertilité. Il argumente que les infections au niveau des trompes, comme le microbe appelé «chlamydia», sont très fréquentes chez les jeunes. Le spécialiste signale que ce microbe, asymptomatique, agit en silence jusqu’à altérer les trompes de la femme infectée. Le professionnel de la santé cite également les anomalies au niveau du vagin qui altèrent la qualité de la glaire cervicale (qui permet aux spermatozoïdes de passer pendant la bonne période).


Celle au niveau de l’utérus dont le fibrome, déclare-t-il, est considérée comme la deuxième cause d’infertilité chez la femme. Car ces fibromes, justifie-t-il, par leur volume et leur localisation, contribuent beaucoup à l’avènement de l’infertilité. Les anomalies de l’ovulation, selon le toubib, sont aussi l’une des principales causes d’infertilité. Il poursuit que des facteurs environnementaux, l’alcoolisme, le tabagisme et l’obésité provoquent l’infertilité.

Dr Kokeina Oumar Koné rassure la population qu’aucune étude n’a démontré que les contraceptions sont la cause de l’infertilité. Le praticien explique que l’infertilité concerne aussi bien la femme que l’homme. Dans les 100% des cas, précise-t-il, l’homme est fertile à 30% autant que la femme. Dans 30% des cas, poursuit-il, c’est un problème mixte. Et les autres 10%, dit le praticien, portent sur des causes inconnues. Il invite les femmes à adopter ou privilégier la consultation prénuptiale (consultation avant le mariage permettant de dépister des pathologies qui poseront problème en cas d’éventuelle conception Ndlr). Toutefois, reconnaît-il, ceci n’est pas une pratique propre à notre culture. Il conseille aux femmes de traiter leurs infections et de vivre dans un environnement sain.

Selon le gynéco-obstétricien, il faut éviter l’alcool, le tabagisme et faire régulièrement du sport. Ce n’est pas tout, Dr Koné estime que pour se donner toutes les chances de procréer, il faut observer l’abstinence, être adepte de la fidélité ou adopter l’utilisation des préservatifs. «Dès qu’une femme sent qu’elle a des signes d’infections, c’est-à-dire des démangeaisons, des écoulements, ou des odeurs, il faut forcément les traiter avant que ça ne devienne un problème sérieux», prévient Dr Kokeina Oumar Koné.

Au Mali, en ce qui concerne les infections, éclaircie-t-il, il y a des traitements spécifiques. «On doit respecter les délais du traitement. Si ces infestions sont dues à des problèmes au niveau de l’utérus, cela nécessite une opération. Si c’est un problème d’ovulation, il y a des médicaments qui favorisent une bonne ovulation. Aussi les traitements dépendent des causes», conseille-t-il, avant de résumer que le plus difficile, c’est de poser le diagnostic. En ce qui concerne les cas où les trompes sont complètement détériorées, explique-t-il, le médecin effectue une fécondation in vitro. «Dans les cas de ménopause précoce, on procède à l’insémination artificielle avec des spermatozoïdes de donneur, c’est-à-dire le don d’ovocyte. Maintenant, au Mali, on peut dire que sur cette pratique on a de bons résultats», se réjouit le spécialiste.

Les autorités et leurs partenaires déploient plusieurs actions de sensibilisation sur les questions liées à l’infertilité. Avec l’appui des ONG, affirme-t-il, notamment Population service international (PSI-Mali) qui œuvre dans la santé sexuelle, sensibilise les femmes à utiliser la planification familiale au lieu d’opter pour des avortements répétitifs dans des conditions non médicales désastreuses qui entraînent l’infertilité. Ces organisations sensibilisent également les jeunes filles sur les infections sexuellement transmissibles en vue d’œuvrer pour un monde fertile.

Aminata DJIBO

Rédaction Lessor

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