Le ministre Fassoun Coulibaly sur Mali Kura Taasira 3 : «Le pacte social, s’il n’existait pas, il fallait l’inventer»

Invité de l’émission Mali Kura Taasira 3 sur l’Office de radio et télévision du Mali (ORTM), le ministre du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Dr Fassoun Coulibaly, a dressé un bilan détaillé des avancées du Pacte de stabilité sociale et de croissance. Entre réduction des grèves, lutte contre la fraude dans les concours de la Fonction publique et amélioration des conditions de travail, le ministre défend une vision d’équité et de dialogue pour un Mali en transition

Publié vendredi 13 juin 2025 à 07:37
Le ministre Fassoun Coulibaly sur Mali Kura Taasira 3 :  «Le pacte social, s’il n’existait pas, il fallait l’inventer»

Lors de son passage à Mali Kura Taasira 3, Dr Fassoun Coulibaly a annoncé qu’un seul préavis de grève est actuellement déposé sur sa table, émanant du Centre International de Conférences de Bamako (CICB). Ce préavis concerne l’application d’un procès-verbal, signé en 2024. «Nous privilégions la concertation pour résoudre ce différend», a-t-il assuré, soulignant l’approche dialogique adoptée par son ministère. Ce faible nombre de préavis, comparé aux 350 enregistrés annuellement avant 2023, témoigne des progrès réalisés depuis la signature du Pacte de stabilité sociale et de croissance, se réjouit-il.

Signé le 25 août 2023 sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, Président de la Transition, le Pacte de stabilité sociale et de croissance est le fruit de la Conférence sociale d’octobre 2022. Face à une vague de grèves entre 2019 et 2022, ce pacte tripartite entre le gouvernement, les syndicats et le Conseil national du Patronat vise à apaiser le climat social et à favoriser le développement économique. «Avant le pacte, nous recevions environ 350 préavis de grève par an. Depuis sa mise en œuvre, ce nombre a chuté à une cinquantaine sur deux ans, dont beaucoup n’ont pas abouti à des arrêts de travail», a expliqué Dr Fassoun Coulibaly.

Le ministre chargé du Travail a mis en avant des résultats concrets, notamment dans l’éducation, où les examens se déroulent sans perturbations depuis deux ans. Une évaluation du pacte, menée les 25 et 26 novembre 2024 au Centre International de Conférences de Bamako (CICB), montre que sur 51 engagements prévus pour 2024, 10 sont entièrement réalisés, 33 sont en cours et 8 restent à exécuter. De plus, une analyse des procès-verbaux de conciliation, tenue à Bougouni les 12 et 13 décembre 2024, recense 135 procès-verbaux (87 publics, 48 privés), totalisant 489 engagements, dont 265 réalisés, 140 en cours et 89 non exécutés. «Le pacte, s’il n’existait pas, il fallait l’inventer», a-t-il affirmé, saluant l’engagement des partenaires sociaux qui ont renoncé à des droits de grève pour privilégier le dialogue.

 

LUTTE CONTRE LA FRAUDE-Le scandale des fraudes massives dans les concours de la Fonction publique de 2023, qui avait conduit à leur annulation et à des poursuites judiciaires, reste dans les mémoires. Le ministre Coulibaly a détaillé les réformes introduites en 2024 pour garantir l’équité : un jury restreint de trois personnes sélectionne les sujets proposés par des enseignants spécialisés; la surveillance est confiée à des professeurs habitués aux examens nationaux; et les copies sont codifiées informatiquement pour une correction anonyme. «Sur 1.589 postes proposés en 2024, 1.417 candidats ont été admis, souvent issus de milieux modestes, sans favoritisme», a déclaré le ministre Coulibaly. Quarante-deux faux diplômes ont été détectés et transmis au Pôle économique et financier.


Pour répondre aux sceptiques, le ministre chargé de la Fonction publique a invité les Maliens à interroger les admis de 2024, qui témoignent de la transparence du processus. Les candidats peuvent consulter leurs copies via un huissier et déposer des réclamations dans un délai d’un mois. Cette procédure a permis d’enregistrer 234 réclamations traitées en 2024, étaie le chef du département en charge du Travail et de la Fonction publique. «La transparence est totale, mais nous avons besoin de la population pour dénoncer les corrupteurs», a-t-il insisté, soulignant que la lutte contre la fraude est une responsabilité collective.

 

205 MILLIARDS DE FCFA -L‘amélioration des conditions des travailleurs est une priorité du gouvernement. En juillet 2021, une ordonnance a unifié les grilles salariales des fonctionnaires, coûtant plus de 205 milliards de Fcfa à l’État. Dans le cadre du pacte, un cadre permanent de revalorisation des rémunérations examine des questions comme la valeur indiciaire et la modernisation du statut général de la fonction publique et du code du travail. «Ces chantiers permettront d’améliorer durablement les conditions de travail», a promis le ministre.

En matière de protection sociale, un document de politique nationale de santé et de sécurité au travail est en cours d’adoption, en collaboration avec l’Institut national de prévoyance sociale (INPS), la Caisse malienne de sécurité sociale (CMSS) et la Caisse nationale d’assurance maladie (CANAM). Les inspections du travail contrôlent les entreprises pour s’assurer du respect des cotisations sociales, sensibilisant les employeurs et recouvrant les arriérés en coordination avec le ministère de la Santé.

La question des contractuels dans la Fonction publique a été abordée sous deux angles. D’abord, l’ordonnance n°035 de 2009, issue d’une revendication de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) a lancé l’intégration des contractuels des catégories A, B et C, régis par les décrets de 2000, pour mettre fin à la contractualisation des diplômés. Ce processus, selon le ministre Coulibaly, entamé en 2010, se poursuit avec des tests d’aptitude pour les cas résiduels. Ensuite, pour les contractuels régis par le décret n°051, un engagement pris dans le procès-verbal de conciliation du 5 février 2021 avec l’UNTM est en cours d’examen pour leur régularisation, en fonction des emplois occupés. «Nous travaillons avec l’UNTM pour aboutir à une solution équitable», a-t-il assuré.

 

RENFORCEMENT DU DIALOGUE SOCIAL- Le dialogue social, au cœur de la mission du ministère, est renforcé par des initiatives concrètes. Une lettre circulaire du 9 mai 2025 a appelé les ministères à créer des comités de dialogue social pour des consultations régulières avec les syndicats. «Ces comités permettent d’anticiper et de résoudre les conflits avant qu’ils ne dégénèrent en grèves», a expliqué Dr Fassoun Coulibaly. Cette approche proactive vise à maintenir un climat social apaisé, essentiel pour le développement économique et la stabilité, notamment pour soutenir les efforts des Forces armées au front.

Parmi les chantiers majeurs, le ministre Coulibaly a cité l’adoption, en mai 2025, d’un Plan national de formation et de recrutement, une première pour le Mali. Ce plan rationalisera les congés de formation et les besoins de recrutement, répondant aux plaintes des jeunes diplômés dont les spécialités sont absentes des concours. L’opérationnalisation du Conseil national du dialogue social, un organe tripartite, renforcera également la mise en œuvre du pacte. Des politiques nationales sur le dialogue social, la Fonction publique et la rémunération des agents de l’État sont également en préparation avec un horizon fixé à 2027.

En conclusion, le ministre chargé du Dialogue social a lancé un appel vibrant aux travailleurs et partenaires sociaux : «Le pacte est un contrat social qui nous engage tous. Nos portes sont ouvertes pour le dialogue». Il a salué le patriotisme des syndicats, qui ont renoncé à certains droits et réaffirmé l’engagement du gouvernement à respecter ses obligations. «Un climat social apaisé est la clé du développement. Ensemble, construisons un Mali équitable et prospère, Inch’Allah», a-t-il conclu, insistant sur la nécessité d’une collaboration tripartite pour relever les défis de la Transition.


Amara Ben Yaya TRAOR
É

Rédaction Lessor

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