Harouna Barry : Un grand intellectuel s’est éteint

C’est incontestablement un intellectuel de haut vol, un écrivain prolifique, doublé d’un homme de culture que notre pays vient de perdre. Harouna Barry a perdu le dernier combat contre la maladie, dimanche dernier dans une clinique à Bamako, à l’âge de 68 ans.

Publié mardi 18 février 2025 à 08:06
Harouna Barry : Un grand intellectuel s’est éteint

Celui qui fut victime de la dictature de Moussa Traoré parce qu’exclu de l’École normale supérieure (ENSUP) alors qu’il faisait la 3è année philosophie pour «militantisme au sein de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (Uneem)» en 1982. Le compagnon du leader estudiantin, Abdoul Karim Camara dit Cabral, était ainsi contraint d’aller poursuivre ses études supérieures à Dakar au Sénégal. Après avoir fait validé sa Licence, il donnera des cours de philosophie dans des lycées du Sénégal, avant de revenir au bercail en 1991 avec l’avènement de la démocratie.

Il était bardé de diplômes. Titulaire d’une Licence de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et d’un certificat de spécialisation en sociologie des organisations dans les années 1985-86, Harouna Barry n’a cessé de parfaire son cursus scolaire à l’Université des sciences sociales et de gestion de Bamako où il a décroché un master II en décentralisation et ingénierie du développement local, option gestion du patrimoine culturel.

Avant, il avait arpenté les couloirs de l’École supérieure de gestion de Paris/Technolab-Ista Bamako où, il a décroché entre 2001-2003 un MBA en gestion des ressources humaines.

À ces parchemins, s’ajoute un autre précieux sésame en communication-gestion des ressources humaines, obtenu à l’École des hautes études techniques économiques et commerciales (Hetec) Bamako. La liste n’est pas exhaustive. 
Le directeur du centre de formation de l’Université internationale d’excellence, Harouna Barry, a été successivement maître de conférence à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar au Sénégal. Le natif de Kayes était un habitué de la haute administration malienne au sein de laquelle, il a occupé des fonctions de responsabilité comme conseiller technique à la Présidence de la République de 1994 à 2002, chef de cabinet du ministre du Dialogue social, du Travail et de la Fonction publique, chargé de mission au ministère chargé de la Communication et de l’Économie numérique de 2014 à 2017.


Grand homme de culture, communicateur hors pair, il a écrit de nombreux ouvrages. Il a publié d’un trait 6 recueils de poèmes en 2024. Ses lecteurs savent bien que les textes de Harouna Barry ne s’évaporent pas de l’esprit parce qu’ils sont d’une extrême profondeur. Harouna Barry a écrit d’autres ouvrages et fait aussi des publications faites en collaboration avec d’autres écrivains. Parmi ses œuvres, on retient «L’étude sur les rôles économiques et sociaux des femmes au Mali», «Accélération du processus d’intégration en Afrique de l’Ouest : la contribution du Mali, «Bâtissons ensemble la mémoire du Mali démocratique», «Dictionnaire des écrivaines maliennes», entre autres.

Au plan associatif, Harouna Barry s’est illustré depuis le lycée à travers la lutte estudiantine aux côtés de Cabral avec qui il a connu la prison. Il était fréquemment sollicité par les membres de l’AEEM pour partager son expérience de lutte syndicale avec la jeune génération. Président d’honneur de l’Amicale des anciens militants et sympathisants de l’union nationale des élèves et étudiants du Mali (Amsuneem) était réputé pour sa rigueur dans le travail et son franc-parler. Il a mis sa riche expérience au service de l’apaisement du front social et de la réconciliation.


Pour relever les défis politiques, économiques et sécuritaires, Harouna Barry était une force de propositions. Pour lui, nous devrions nous réapproprier notre droit et notre devoir d’initiative nationale, patriotique, citoyenne, républicaine et démocratique. «Nous sommes les Maliens d’aujourd’hui, c’est à nous principalement de rêver du Mali de demain et de le réaliser», ressassait-il. L’homme était aussi convaincu de la nécessité d’arriver à la renonciation aux intérêts corporatistes particuliers et immédiats au profit des intérêts stratégiques de notre pays.

Il recommandait aussi de poursuivre le 26 Mars dans ses idéaux de démocratie, de développement social et solidaire et de justice sociale. Pour lui, aucun pays ne se développe sans ou contre la majorité de la population. Une société non fraternelle et non solidaire, se condamne à l’instabilité. Un autre combat noble pour lequel il s’est aussi investi est l’organisation des citoyens pour créer une République inclusive, un État, des citoyens, des institutions réconciliées avec le Mali réel, une défense renationalisée et populaire, une école redevenue espace de souveraineté nationale, des citoyens responsables et stratèges, etc.

Dans le domaine de la communication, il a occupé les fonctions de chef du département communication du Centre universitaire Mandé Boukary, directeur technique de l’Agence globale de communication Creacom-Afrique. Il est l’auteur du plan de communication contre Ebola au Mali, du plan de communication pour la mise en œuvre de la nouvelle tarification des produits pétroliers du Mali…

Selon Hamidou Sampy, promoteur de l’Agence de communication Creacom, Harouna Barry fut un homme affable, serviable et patriote. Il a consacré toute sa vie au combat pour un Mali plus souverain et digne.
Il était un éminent membre de notre groupe Malionline.


Le chevalier de l’Ordre national laisse derrière lui une veuve, six orphelins et beaucoup d’amis et d’admirateurs durement éprouvés.

Youssouf DOUMBIA

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Dans ces localités, les élèves se tapent souvent 3 à 4 kilomètres voire une dizaine pour rallier un établissement scolaire et apprendre. Ce parcours du combattant est souvent à l’origine des scolarisations tardives, des violences contre les filles et des accidents de la route.

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