Débat sur le rapport du secrétaire général de l’ONU sur le Mali : Échanges vifs entre le Mali et la France à New York

Le chef de la diplomatie malienne a donné la réplique au représentant de l’ancienne puissance coloniale lorsque celui-ci a jugé infondées les accusations que le Mali porte contre son pays. Abdoulaye Diop n’a pas manqué de réagir également aux allégations des Français sur de prétendues restrictions imposées aux forces onusiennes

Publié jeudi 20 octobre 2022 à 05:27
Débat sur le rapport du secrétaire général de l’ONU sur le Mali : Échanges vifs entre le Mali et la France à New York

Le Conseil de sécurité s’est réuni mardi dernier à New York pour examiner le dernier rapport trimestriel du secrétaire général des Nations unies sur le Mali. à cette occasion, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, était présent ainsi que le représentant spécial des Nations unies au Mali, El Ghassim Wane.


La rencontre était présidée par le représentant du Gabon aux Nations unies qui a donné la parole en premier lieu au chef de la Minusma. Celui-ci a présenté les grandes lignes du rapport au nom du secrétaire général de l’ONU. Le rapport dont une copie nous est parvenue fait un large tour d’horizon de la situation politique et socio-sanitaire de notre pays pendant les trois derniers mois ainsi que les opérations menées par la Minusma depuis le dernier rapport publié en juin dernier. 

Le rapport souligne plusieurs actions entreprises par le gouvernement de Transition, les activités menées par la Minusma en soutien aux FAMa et aux populations civiles du Centre et du Nord. Le document brosse un tableau détaillé des événements politiques marquants au Mali, la situation des accords issus du processus d’Alger, l’état des droits de l’Homme, les efforts pour la stabilisation et le rétablissement de l’autorité de l’État dans le Centre du pays ainsi que les relations du Mali avec ses voisins.

À la suite de l’intervention de Wane, le président de séance a donné la parole aux pays membres du Conseil de sécurité. Ils ont été nombreux à saluer les progrès accomplis par le gouvernement de Transition, notamment l’accord entre le Mali et la Cedeao, la réunion de décision de haut niveau sur l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Ils ont aussi dit leur encouragement par l’adoption et la promulgation de la Loi électorale, l’entrée en service de l’organe indépendant de gestion des élections et l’élaboration d’une nouvelle Constitution qui témoignent d’un nouvel élan dans le processus électoral et politique.

L’ATTITUDE PATERNALISTE- La représentante des états-Unis auprès des Nation unies, Linda Thomas-Greenfield, s’est aussi réjouie de ces avancées institutionnelles tout en demandant la levée des restrictions contre le personnel de la Minusma. Ces restrictions, selon elle, permettent aux terroristes d’étendre leurs violences contre les civils et l’armée malienne. Quant au représentant de la Chine, il a déploré le fait que la Minusma est en train d’être surchargée chaque jour davantage tout en demandant que les points de vue du Mali soient pris en compte dans la prise des décisions.

C’est la représentante de la Fédération de Russie qui a été la plus tranchante dans ses remarques. Après avoir salué les réformes institutionnelles en cours dans notre pays, elle a dénoncé l’intervention militaire des Occidentaux en Libye et le retrait unilatéral des forces françaises du Mali. Elle a, par ailleurs, fustigé l’attitude paternaliste et coloniale de certains pays vis-à-vis du Mali. C’était une pierre dans le jardin des autorités françaises dont le représentant avait auparavant déploré “les restrictions imposées aux forces onusiennes” au Mali.

Le ministre Diop est revenu sur les progrès politiques et institutionnels enregistrés par le Mali depuis le début de la Transition. à l’instar des autres intervenants, il a salué la mémoire de tous les soldats tombés au champ d’honneur. Il a aussi rappelé la montée en puissance des FAMa, l’intégration prochaine dans l’armée et la fonction publique de 26.000 ex-combattants,  le recrutement d’environ 200 agents de l’État qui seront bientôt déployés sur terrain au centre et au nord. Abdoulaye Diop s’est dit surpris que le rapport de l’ONU ne mentionne même pas l’incursion répétée de l’armée française dans l’espace aérien malien en violation des lois internationales, tout en dénonçant la guerre de procuration dont le Mali est victime.


Ces propos de Diop ont provoqué une passe d’armes entre lui et le représentant de la France qui a aussitôt repris la parole pour réfuter les accusations qu’il juge “non fondées». Mais Abdoulaye Diop ne lâchera pas prise. Voyant que la France commence à réagir aux faits, il est revenu à la charge pour demander à la France d’aller plus loin dans la logique en acceptant la réunion spéciale du Conseil de sécurité pour permettre au Mali de présenter ses preuves à la face du monde. 

 

SITUATION DANGEREUSE- À l’issue de la rencontre, Abdoulaye Diop nous a confié que «le Mali n’a aucune volonté de restreindre les mouvements de la Minusma, seulement une volonté de faire respecter notre souveraineté et de travailler de façon harmonieuse avec tous les partenaires”. Concernant la requête du Mali pour une réunion spéciale du Conseil de sécurité, il a expliqué que la séance de présentation du rapport du secrétaire général n’était pas le cadre approprié pour présenter les éléments de preuve du Mali contre la France. Mais pourquoi la réunion spéciale tarde-t-elle à se tenir ?

Le ministre Diop a estimé qu’il y a des manœuvres de la part de certains pour qu’elle ne se tienne pas. «Nous avons fait notre travail et nous mettons le Conseil de sécurité face à ses responsabilités et il est temps qu’il fasse son travail car c’est une situation potentiellement dangereuse, qui peut dégénérer et qui a un impact sur la paix et la sécurité. Je crois que notre urgence n’est probablement pas l’urgence du Conseil de sécurité”, a-t-il développé. Et quels sont les voies de recours du Mali si le Conseil de sécurité persiste à ne pas convoquer cette réunion ? “Le Mali continuera à travailler pour avoir gain de cause”.

Quant à El Ghassim Wane que nous avons aussi interrogé à l’issue de la réunion, il a insisté sur l’insuffisance des moyens mis à la disposition de la Minusma face aux énormes défis qui sont les siens. À titre d’illustration face aux besoins de la crise humanitaire que traverse notre pays, sur les besoins financiers de 2022 estimés à plus de 686 millions de dollars, à peine 30% ont été recueillis jusqu’ici. Il a cependant réitéré la disponibilité de la Minusma à continuer à travailler aux côtés des Maliens.

Mamady KABA

Correspondance Particulière

Rédaction Lessor

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