Crimes économiques et financiers : Le « mecano escroc » écope de 5 ans

Muni d’une fausse pièce d’identité, il effectuait des opérations de retrait d’argent dans un établissement bancaire de la place. La chance a fini par l’abandonner et il se retrouva entre les mains des juges

Publié vendredi 13 décembre 2024 à 08:07
Crimes économiques et financiers : Le « mecano escroc » écope de 5 ans

L’homme comparaîssait pour des faits de « faux, usage de faux, escroquerie et extorsion de fonds» ayant causé un préjudice de plus de 4 millions de Fcfa à la Banque commerciale du Sahel (BCS-SA). Ces faits dont il s’est rendu coupable, tombent sous le coup des dispositions des articles 102, 104, 105, 275, et 272 al 2 du code pénal, pouvant donner lieu à des peines criminelles. En détention depuis 2021, Oumar Koné, Alias Drissa Sacko, mécanicien au moment des faits, va devoir attendre encore 2 ans derrière les barreaux avant de recouvrer la liberté. Lors de sa comparution à la barre, l’accusé a reconnu l'entièreté des faits. Il ne pouvait en être autrement, car  les faits sont clairs.

Lors d'une opération de vérification en 2021, le chef de service de recouvrement de la BCS-SA a décelé une tentative de retrait frauduleux sur le compte d'un de leurs clients dénommé Ousmane Togo d'un montant de plus de 5 millions Fcfa, à l'aide d'un chèque émis par l'inculpé Oumar Koné. Par la suite, un des collaborateurs du nommé Ousmane Togo a déclaré que le compte de Oumar Koné, de son vrai nom Drissa Sacko, était également débité d'une somme de plus de 4 millions de Fcfa. Ce qui en rajouta à la confusion sciemment créée et entretenue par le suspect, obligeant  ainsi les responsables de l’établissement bancaire à agir pour voir clair dans cette affaire.

Interpellé par les agents de police du 12ème arrondissement de Bamako, Drissa Sacko, alias Oumar Koné, a reconnu avoir effectué ces opérations bancaires. Ce sera la même chose à l'enquête préliminaire devant le magistrat instructeur. Il est également resté constant dans cette logique même à la barre. Néanmoins, face aux jurés, il tentera de se défendre.

Ainsi,  il expliqua aux jurés avoir, un jour, rencontré un certain Madou Doumbia dans un bar-restaurant de la place sis quelque part à Boulkassoumbougou, en Commune I du District de Bamako Sur place, poursuit le mis en cause, ce dernier aurait sollicité sa collaboration qui consistait à effectuer des opérations de remises de fonds avec de faux chèques venant de Lomé. Selon l’accusé, cette proposition était trop alléchante pour être refusée. C’est comme cela qu’il affirma l’avoir acceptée sans la moindre hésitation. "J'étais dans un dénuement total. J'étais allé dans ce bar pour me changer les idées.

Et, c'est là où la chance m’a souri, lorsqu’il (Madou Doumbia) m'a approché pour me proposer ce deal. Il m'a immédiatement remis 10.000 Fcfa sur le champ  et j'ai été rassuré", a détaillé l’inculpé pour qui, pour parvenir à ses fins, le nommé Madou Doumbia lui aurait établi une fausse pièce d’identité avant d'ouvrir un compte bancaire en son nom à la Banque commerciale du Sahel.  L’homme poursuit qu’un mois plus tard, Madou Doumbia lui aurait remis un chèque d'un montant de plus de 4 millions Fcfa pour remise sur son compte.

 

Rejeter tout sur le dos d’un inconnu- Après cette opération, Drissa Sacko alias Oumar Koné a reconnu avoir effectué plusieurs opérations de retrait au point que ledit compte se vida. Quelques semaines plus tard, comme si cela ne suffisait pas, selon l’accusé, le même Madou Doumbia réédita le même scénario.

Cette fois-ci, il lui aurait remis un chèque de 5,3 millions Fcfa pour une autre opération identique à la première. Malheureusement pour lui, cette fois-ci, le faux sera découvert et l’homme mis aux arrêts. à travers ses déclarations, les juges ont décelé en l’accusé une véritable volonté de mettre tout sur le dos du nommé Mamadou Doumbia, sans pouvoir apporter la moindre preuve de l’existence de ce dernier.

"Je ne le connaissais, ni de près, ni de loin. Mais comme il m'a dit qu'il est entrepreneur, je n'ai plus cherché à comprendre. Lors de notre premier retrait, il m'a remis 100.000 Fcfa, une somme qui m'a permis de couvrir mes charges familiales. à aucun moment, je n'ai soupçonné que cet homme me trempait dans des magouilles", s’est-il défendu.

Toutefois, la dénégation des faits pour laquelle l’inculpé a opté pouvait difficilement résister à l’analyse des jurés. Convaincus du caractère frauduleux des faits, ces derniers ont estimé que l’inculpé était conscient au moment où il utilisait une  fausse pièce d’identité pour effectuer des opérations de retrait au niveau de la banque victime. Comme pour ne rien arranger pour l’inculpé, il s’est avéré que celui-ci possédait six autres pièces d’identité, certainement pour des fins d’usage de faux.

Partant de tout ce qui précède, le ministère public a, dans son réquisitoire, indiqué que la culpabilité de l'accusé ne fait l'ombre d'aucun doute. "Les faits sont clairs et les aveux le sont autant, même si parfois l'accusé a essayé d'élargir son forfait à un certain Madou Doumbia dont on a eu aucun renseignement », a estimé le défenseur des citoyens.  Après délibérations, Drissa Sacko alias Oumar Koné a bénéficié de circonstances atténuantes, comme son avocat l’avait demandé. Cependant, il a écopé d'une peine d'emprisonnement de 5 ans ferme et au remboursement de la somme détournée à titre de réparation au compte de l’établissement bancaire victime.

Ainsi condamné, ce père de six enfants devra encore patienter deux ans pour recouvrer la liberté et rejoindre les siens. Curieusement, après sa condamnation, le fautif a clairement indiqué à la cour qu'il ne dispose pas de moyens pour rembourser le montant qui lui est reproché. Même si elle est dure, la loi reste la loi, l’homme semble l’avoir oublié.

Tamba CAMARA

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