Biodiversité et sécurité alimentaire : Pesticides, une menace pour les abeilles

Les abeilles sont des espèces clés dans les écosystèmes naturels. Elles sont impliquées dans les chaînes de valeurs alimentaires. Mais, ces dernières années, leur population a été gravement affectée par l’utilisation des pesticides

Publié mercredi 31 mai 2023 à 05:13
Biodiversité et sécurité alimentaire : Pesticides, une menace pour les abeilles

 Des initiatives en cours pour une production de miel à grande échelle

 

«Lorsque les abeilles disparaîtront de la surface du globe, l’Homme n’aurait plus que quatre années à vivre». Cette citation apocryphe d’Albert Einstein réapparaît dès que la question de la surmortalité des abeilles revient dans le débat public.

Elle témoigne de l’importance vitale des abeilles dans la vie des êtres humains. En effet, ces insectes jouent un rôle crucial dans la reproduction des fleurs en transportant le pollen d’une fleur à une autre, favorisant ainsi la production de fruits, de légumes et autres cultures.


En conséquence, la disparition des abeilles aurait des répercussions drastiques sur la biodiversité, l’agriculture et l’alimentation humaine. Environ un tiers de la production alimentaire mondiale dépend de la pollinisation par les abeilles et d’autres insectes pollinisateurs. C’est pourquoi, il est crucial de protéger les abeilles et leur environnement pour préserver notre production alimentaire et la biodiversité de notre planète.

Au-delàs de leur importance pour la biodiversité, les abeilles sont également exploitées par les humains pour leurs potentialités en production de miel et de cire d’abeille.

Aliment naturel sucré et nutritif apprécié par les humains depuis des milliers d’années, le miel est aussi utilisé dans de nombreux produits alimentaires et cosmétiques. La cire d’abeille, elle, sert dans la construction des alvéoles de leur ruche. Elle est couramment utilisée dans les produits de soins de la peau, dans la fabrication de bougies, de produits de polissage, de cosmétiques et des médicaments pharmaceutiques.


Elle est également utilisée dans la production de produits alimentaires tels que le fromage, le chewing-gum et les bonbons.  Abdrahamane Kouyaté possède quatre sites d’exploitation apicoles sur une superficie totale de 85 hectares dans le village de Zantiguila dans la Commune rurale de Sanankoroba. Avec 400 ruches de miel, sa production trimestrielle est estimée à une tonne de miel. Il explique que l’apiculture est une activité qui est très liée à l’agriculture et à l’élevage. Et de poursuivre que les abeilles se nourrissent des feuilles et des fleurs des plantations.


C’est pourquoi, dit-il, l’agriculture est importante pour la production du miel aussi bien que les abeilles pour l’augmentation de la productivité des cultures. L’apiculteur souligne que les abeilles contribuent beaucoup à l’équilibre de l’écosystème.


«Elles sont des pollinisateurs importants pour de nombreuses plantes. En collectant le nectar des fleurs pour produire du miel, les abeilles transportent le pollen d’une fleur à l’autre, aidant ainsi les plantes à se reproduire et à se propager», explique-t-il. À en croire Abdrahamane Kouyaté, l’apiculture est une activité très rentable qui nourrit son homme.

 

RÉDUCTION DE 30 à 33%- En la matière, explique-t-il, l’Association pour le développement de l’apiculture moderne (Adam) soutient les apiculteurs. «Nous achetons des ruches subventionnées avec l’Adam avec une réduction de 30 à 33%. Ce qui nous permet de bénéficier de l’assistance d’une équipe pour installer des ruches dans nos champs», révèle-t-il.


Précisant que quand les abeilles se nourrissent suffisamment à l’aide des plantes à fleurs, comme le melon, la pastèque, la papaye et les légumes, elles parviennent à remplir leurs ruches entre 60 à 90 jours. Cet agriculteur affirme que le miel est la principale source de nourriture des abeilles. Et dans nos sociétés, il est utilisé depuis des milliers d’années comme édulcorant naturel et comme remède pour de nombreux maux.

Dans l’apiculture, les producteurs gagnent en miel, en cire et en production agricole. Quant à notre apiculteur, il récolte aussi la cire d’abeille. À l’intérieur du pays, Abdrahamane Kouyaté vend son litre de miel à 3.000 Fcfa contre 6.000 Fcfa à l’extérieur. «La cire d’abeille est aussi un avantage dans la production du miel. Le kilo de cire est vendu entre 1.000 à 1.500 Fcfa.


Avec une tonne de miel, je peux avoir environ 500 kilos de cire. Je vends la moitié de ma cire pour garder le reste que je réutilise dans les ruches pour attirer les abeilles avec l’odeur», dit-t-il. Pour récolter la cire, l’apiculteur retire les cadres de rayons de la ruche. Les cadres sont ensuite placés dans un extracteur de cire, qui la sépare des restes de miel et de pollen. La cire est ensuite fondue et filtrée pour éliminer les impuretés.

Par ailleurs, l’agro-apiculteur soutient que l’utilisation des pesticides contribue à réduire drastiquement la population des abeilles. «L’utilisation des produits dans les champs est extrêmement néfaste pour les arbres, les insectes et les humains. Raison pour laquelle, je n’utilise jamais de produits chimiques dans mon champ», révèle le paysan. Abdrahamane Kouyaté invite, à cet effet, les autorités à mettre en place un service dédié à la valorisation des abeilles.

 

100 TONNES DE MIEL- À notre passage au siège de l’Adam sis dans la Zone industrielle au quartier Bougouba, ses membres fabriquaient des centaines de ruches de couleur blanche dénommée  ruche Kenya (nom du pays qui les confectionne) et d’autres matériels apicoles au profit des apiculteurs. Créée en 2009, l’Association a organisé de nombreuses formations sur la transformation et l’exploitation du miel. Elle compte aujourd’hui une dizaine de membres répartis sur toute l’étendue du territoire national. Par an, sa production est estimée à plus de 100 tonnes de miel.

Son président, Mamadouba Keïta, souligne que la plupart de la production est vendue sur place aux étrangers qui exportent les produits. «Nous souhaitons arrêter cette exportation pour essayer d’ajouter de la valeur à nos produits, créer des emplois et de la richesse dans le pays», souligne-t-il.

En ce qui concerne son aspect traditionnel, Mamadouba Keïta soutient que les abeilles contribuent à soigner notamment le paludisme et des maladies respiratoires. Et elles protègent les arbres contre des maladies qui, à leur tour, contribuent au renforcement du système écologique.

Mamadouba Keïta compare l’apiculture à l’élevage des animaux compte tenu de son intérêt vital. Il déplore le fait qu’aujourd’hui, le secteur soit frappé de plein fouet par l’utilisation abusive des pesticides dans l’agriculture. Ce qui réduit la population des abeilles au Mali d’environ 45%.


À cela s’ajoutent les effets néfastes du changement climatique. Ces facteurs, selon lui, feront que dans dix ans, les populations des abeilles disparaitront quasiment de notre territoire si rien n’est fait par rapport à la sensibilisation sur l’utilisation des produits chimiques.

Les abeilles et les autres pollinisateurs, tels que les papillons, les chauves-souris et les colibris sont de plus en plus menacés par les activités humaines. Pour attirer l’attention de tous sur le rôle clé que jouent les pollinisateurs, sur les menaces auxquelles ils sont confrontés et sur leur importante contribution au développement durable, les Nations unies ont déclaré le 20 mai Journée mondiale des abeilles.

Makan SISSOKO

Lire aussi : INSP: Des résultats appréciables en 2025

Le projet de budget 2026 de l’Institut national de santé publique (INSP) se chiffre en recettes et en dépenses à la somme d’environ 3,88 milliards de Fcfa contre un peu plus de 3,98 milliards de Fcfa en 2025, soit une légère diminution de 3,5%..

Lire aussi : VIH-Sida : Sous le poids de la discrimination et de la stigmatisation

Malgré l’existence de textes juridiques destinés à protéger les personnes vivant avec le VIH-Sida, la discrimination et la stigmatisation restent une réalité au Mali.

Lire aussi : École publique du Quartier/Mali: Des anciens élèves offrent des vivres à leurs enseignants

Dans le cadre de l’opération Sunkalo Solidarité, l’Association des anciens élèves de l’école publique du Quartier /Mali (promotion 1988) a offert des vivres aux anciens enseignants et au personnel éducatif. La remise symbolique s’est déroulée hier dans la cour dudit établissement, e.

Lire aussi : Chambre des mines : Vers un nouveau cadre organisationnel

Le gouvernement de la Transition a dissous en janvier 2025 les organes de la Chambre des Mines du Mali marquant ainsi une volonté claire de refondation et de dynamisation de cette institution vitale pour l’économie nationale..

Lire aussi : Complexe numérique de Bamako : Des difficultés persistantes

Outre des difficultés de trésorerie et de personnel, d’autres contraintes ont été évoquées, notamment l’incertitude autour de l’acquisition du site devant abriter le Complexe.

Lire aussi : Ramadan : Faible engouement pour les jus industriels

Beaucoup pensent que ce commerce est particulièrement rentable en période de jeûne. Pourtant, la réalité est toute autre pour nombre de commerçants.

Les articles de l'auteur

Baguinéda : La CAD-Mali et Oxfam apportent un souffle d’espoir à 70 familles de déplacés internes

À quelques jours de la fête de Ramadan, un geste de solidarité est venu soulager des familles déplacées internes de Baguinéda Camp. Soixante-dix ménages ont reçu, samedi dernier, des kits alimentaires d'une valeur estimée à environ 5,2 millions de Fcfa..

Par Makan SISSOKO


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:48

Vente promotionnelle de bovins pour la fête du Ramadan : 4.130 têtes mises sur le marché

L’objectif principal de cette initiative est de mettre directement en relation les éleveurs et les consommateurs afin d’éviter les intermédiaires et de garantir des prix abordables aux populations. Ces prix oscillent entre 250.000 et 400.000 Fcfa en fonction des choix.

Par Makan SISSOKO


Publié mardi 17 mars 2026 à 08:31

Ravitaillement en gasoil : Un plafond de 600 litres pour les camions pendant 72 heures

Le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) informe l'opinion publique et les transporteurs qu'à compter de ce vendredi 13 mars 2026, un rationnement du ravitaillement en gasoil des véhicules gros porteurs est instauré..

Par Makan SISSOKO


Publié vendredi 13 mars 2026 à 16:32

Laboratoire central vétérinaire : Une production de 55 millions de doses de vaccins attendue en 2026

En 2025, le LCV a réalisé un taux de production de vaccins de 70,07 %, soit un total de 42.039.000 doses.

Par Makan SISSOKO


Publié vendredi 13 mars 2026 à 10:05

Emploi et formation professionnelle : Le projet «Chifinw KA Baarasira» fait le point

La deuxième session du comité de pilotage du projet «Le chemin des jeunes vers l’emploi», dénommé «Chifinw ka Baarasira», s’est tenue, hier dans les locaux du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle..

Par Makan SISSOKO


Publié vendredi 27 février 2026 à 08:30

«Sunkalo Solidarité» 2026 : Les ministres Sanou et Tangara aux côtés des populations de la Commune III

C’est dans une ambiance conviviale empreinte de foi et de communion que le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, et la ministre en charge de l’Environnement, Mme Doumbia Mariam Tangara, ont pris part, mardi dernier, à la rupture collective du jeûne avec la population de Koulouba en Commune III du District de Bamako..

Par Makan SISSOKO


Publié jeudi 26 février 2026 à 08:46

Zantiebougou : Double frappe aérienne des FAMa contre des groupes armés terroristes

La pression militaire s'intensifie sur les groupes armés terroristes. Le 23 février 2026, les vecteurs aériens des Forces armées maliennes (FAMa) ont mené avec succès deux frappes ciblées dans la zone de Zantiebougou, dans la Région de Bougouni, selon un communiqué de l'état-Major général des Armées rendu public le mardi 24 février 2026..

Par Makan SISSOKO


Publié mardi 24 février 2026 à 12:41

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner