Banankabougou : L’emmerdeur public échappe de peu

Le jeune réparateur a démonté le tuyau de sa moto pour faire beaucoup de bruit. Les fidèles en pleine prière nocturne l’ont sévèrement réprimé.

Publié vendredi 27 mai 2022 à 05:49
Banankabougou : L’emmerdeur public échappe de peu

I.B est un garçon têtu qui n’oubliera pas de sitôt la nuit où il a échappé d’un cheveu  à un lynchage populaire. La vingtaine, ce jeune homme est un réparateur de moto connu de tout le secteur où il vit chez un oncle à Banankabougou en Commune VI du District de Bamako. Bien qu’il ne soit pas un bandit de grand chemin, son apparence est loin d’inspirer confiance. à commencer par sa coiffure rasta, ébouriffée et toujours poussiéreuse. De plus, I.B a un penchant pour le pantalon Jeans. Il est toujours remarqué par son pantalon Jeans qu’il ne quitte jamais. à force d’être porté, la couleur du tissu de ce vêtement est devenue méconnaissable à cause des tâches noirâtres d’huile de moteur des engins qu’il aime à conduire.

I.B porte toujours également un t-shirt, une réplique du maillot du footballeur d’origine argentine Lionel Méssi, flanqué d’un N°10 quasiment invisible à cause de la saleté. Il est établi par tous ses voisins que I.B ne consomme pas de produits stupéfiants. Cependant, ceux qui l’ont connu ou côtoyé sont unanimes sur un fait : le jeune homme est têtu, hautain et très orgueilleux. Au travail, régulièrement il en découd avec des clients venus réparer leurs engins.

Quelques jours avant le mois de carême, il a échappé au cachot. La cause ? Il avait bâclé le travail d’un client alors que ce dernier avait payé tous les frais de réparation. Lorsque le propriétaire de l’engin lui avait fait la remarque, verbalement, I.B s’était montré particulièrement désagréable. Le pauvre client a pu maîtriser ses nerfs. Le patron du garçon était intervenu pour calmer le client qui avait juré de se rendre au commissariat de police du 7ème arrondissement  pour déposer une plainte contre I.B. Très en colère contre son apprenti, le patron  l’avait mis en congé forcé, espérant que désormais, il y réfléchirait à deux fois avant de répondre à un client. Mais trois semaines après, I.B a repris le travail.

à Bamako,  certains fidèles se débrouillent pour avoir un coin où faire leur prière. Ils se contentent parfois d’un angle de rue pour accomplir leur prière nocturne. Dans un des secteurs de Banankabougou, une foule de fidèles avait barré une rue étroite. I.B possède une vieille moto Djakarta. Il avait démonté le silencieux du tuyau d’échappement. Conséquence : il ne passait jamais inaperçu dans une rue à cause du grand bruit que faisait la moto. Le bruit assourdissant et strident l’accompagne à chaque détour. Cette nuit-là, I.B devait savoir que des fidèles musulmans étaient en train de prier dans la rue. Au lieu de passer par une voie adjacente, il préféra forcer le passage à travers un espace très étroit parmi le groupe de fidèles.

Lorsqu’il s’est approché des fidèles, le désagrément sonore a été tel, que certains fidèles ont rompu leur prière pour  lui faire des injures. Très alerte, il aura le temps d’accélérer, toujours dans un bruit insupportable de moteur pour s’échapper.  Mais cette nuit-là, le jeune homme semblait être dans une posture de provocation.  Quelques instants plus tard, il se faisait entendre de nouveau de loin. Il se dirigeait vers les mêmes fidèles complètement absorbés dans leur adoration.

Lorsque ces derniers ont compris que c’était encore lui, certains n’en croyaient pas leurs yeux.  Ainsi, par malheur pour lui, son arrivée coïncida avec le « Salam aley koum » de l’imam, c’est-à dire la fin de la prière. Les fidèles qui en avaient  gros sur le cœur contre ce récalcitrant réparateur de moto ont traîné le pas pour l’attendre de pied ferme afin d’en découdre avec lui. Audacieux et orgueilleux, une fois encore, il a tenté de forcer un passage au milieu de la foule.

Spontanément, un groupe de jeunes s’est levé pour quadriller la rue. Le motard fautif s’est rendu tardivement compte qu’il était pris en étau. Ayant compris qu’il était encerclé  I.B a abandonné son engin pour prendre la poudre d’escampette. En une fraction de seconde, il a fait irruption dans la maison la plus proche. Très en colère et décidés à en finir avec lui, les jeunes l’ont poursuivi jusqu’à l’intérieur de la maison, où il avait trouvé refuge. « Pardonnez-moi, pardonnez-moi à cause de Dieu et de ce mois de carême. J’ai pas fait exprès », suppliait-il.

Heureusement pour lui, il  s’était retrouvé dans la famille X dont le père est un sage bien écouté dans le secteur. Les enfants du septuagénaire s’étaient d’abord interposés entre la foule en colère et I.B. Le brouhaha ne faiblissait pas. Bien au contraire. Cela a obligé le patriarche de la famille à intervenir en personne. En quelques phrases, il a calmé les justiciers chauffés à blanc. Il a sérieusement sermonné l’indélicat motard avant de convaincre la foule de lui laisser la vie sauve et de se disperser.

Lorsque la tension a baissé, vers 23 heures, I.B  est retourné chez lui. Le malheureux a retrouvé son engin dans une fosse contigüe à la maison de son sauveur. Il aurait tenté de remettre le moteur en marche durant des minutes. En vain. Puis il a disparu dans la circulation sans qu’aucun témoin ne sache avec exactitude dans quelle direction il est parti.

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Djicoroni-Para : UN CHAUFFARD FAIT DES VICTIMES

À Dontèmè II, secteur de Djicoroni-para, en Commune IV du District de Bamako, Baba, un adolescent, vient aussi d’échapper à la furie populaire. Son tort ? Il avait perdu le contrôle de la voiture qu’il conduisait dans le quartier. Baba a percuté de nombreux usagers de la voie ainsi que  ceux sur les abords. C’était suffisant pour qu’une foule de  jeunes s’en prenne à lui avec la ferme intention de le lyncher.

Baba travaillait avec son oncle commerçant comme employé de commerce. L’oncle a son échoppe au centre ville de Bamako et possède une voiture avec laquelle les deux se rendaient quotidiennement au marché. On ne saura pas si le garçon avait l’habitue de prendre le véhicule de son parent en son absence. Et ce n’était pas certain qu’il soit même détenteur d’un permis de conduire. Ainsi, lorsque son tuteur s’est rendu à la mosquée pour la prière de l’après midi, Baba s’est emparé de la clé de sa voiture.

Très vite, il s’y est engouffré et l’a démarrée sans problème. Il a pris la direction du quartier cité plus haut où il réside chez son oncle. Histoire de faire un tour pour prouver aux yeux de ses petits copains qu’il savait conduire. Ceux qui l’ont aperçu n’ont pas caché leur étonnement de le voir à la maison à pareille heure de la journée, sans son oncle. Ces témoins savaient que les deux n’avaient cette habitude qu’en début de nuit. Le jeune homme avait pu conduire la voiture du marché jusqu’à la maison sans avoir le moindre problème. Malheureusement sur le chemin du retour, les choses ont négativement évolué pour lui. 

Tranquillement assis au volant de sa voiture, le garçon accélérait pour rejoindre son point de départ. Très vite, il est arrivé au niveau de la passerelle de piétons de Djicoroni-para. C’est en ce moment, qu’il a commencé à perdre le contrôle de la voiture qui, semblait-il, roulait très vite. Baba a perdu son sang froid et la voiture allait de gauche à  droite. En dépit de tous ses efforts, le garçon ne pourra pas la maîtriser. Paniqué, il percute un passant qui traversait la voie. Des témoins présents ont été formels sur le fait que le jeune homme roulait à tombeau ouvert. Ils ont ainsi conclu à l’excès de vitesse comme la cause de l’accident.

C’était suffisant pour qu’un groupe de témoins se lance à sa poursuite. Cela  en rajouta à la panique de Baba  qui a totalement perdu le contrôle de la voiture. Dans une course folle, elle percute  d’autres passants avant de se retrouver dans un caniveau.  Bilan : cinq personnes ont été blessées dont certains dans un état grave. à la vue des blessés gisant sur la voie, les jeunes étaient chauffés à blanc. Ils ont mis le feu au véhicule.

Le conducteur avait profité du brouhaha pour  faire irruption dans la cour d’une maison riveraine. Entre temps, des témoins avaient informé les policiers de ce qui était sur le point de se passer. Promptement, mais non sans difficulté, les limiers sont parvenus à mettre le garçon à l’abri avant de le conduire dans leurs locaux. Quant à la voiture de son oncle, elle était réduite en cendre


Tamba CAMARA

Oumar SANKARE

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