Sasakawa Africa Association : La sécurité alimentaire comme remède AUX maux de l’Afrique

Convaincu que le premier ennemi de l’homme est la faim, l’Ong a fait du développement de l’agriculture, à travers la vulgarisation, son arme de combat. Éduquer et faire adopter les bonnes pratiques agricoles par les paysans sont les lignes directrices de sa stratégie pour gagner la bataille

Publié jeudi 19 octobre 2023 à 05:37
Sasakawa Africa Association : La sécurité alimentaire comme remède AUX maux de l’Afrique

Visite des travaux d’expérimentation sur le fonio à l’IPR/ISFRA d’Anna Dembélé, doctorante, sur financement de SAA

 

Ventre affamé n’a point d’oreilles, a-t-on l’habitude de dire. Et quand la faim s’accouple à la pauvreté, c’est la perte de la dignité pour l’homme. En Afrique et particulièrement au Mali, l’agriculture nourrit et entretient plus de 80% de la population. Elle contribue à plus de 46% au produit intérieur brut (PIB). Mais les acteurs de ce secteur primaire sont parmi les plus pauvres de la population active, selon des statistiques.

Suite aux longues années de sècheresse qui a frappé certains pays de l’Afrique comme le nôtre dans la décennie 1970-1980, trois grands hommes, Ryochi Sasakawa, philanthrope japonais, fondateur de Sasakawa Africa Association (SAA), Dr Norman Borlaug, prix Nobel de la paix et Jimmy Carter, ancien président des États-Unis d’Amérique, se sont donné la main pour mettre en synergie leurs ressources et leurs savoir-faire.

Ils ont créé un programme de vulgarisation agricole, connu sous le nom de Sasakawa Global 2000 (SG 2000) dans les pays affectés. L’objectif est de trouver une solution durable au déficit alimentaire chronique en Afrique subsaharienne en opérant une «révolution verte» sur le continent. De son implantation au Mali en 1996 jusqu’en 2020, SAA est intervenue auprès du gouvernement malien à travers les services de vulgarisation agricole (direction nationale de l’agriculture et ses démembrements) et les partenaires privés.

Dans la Région de Sikasso, SAA-Mali intervient dans le Cercle de Niéna à l’instar de beaucoup d’autres localités du pays. À Yangasso, chef-lieu de commune rurale, nous rencontrons Lassina Diallo, président de la coopérative «Dougoutan ton». Son organisation, qui regroupe des paysans de 10 villages, bénéficie des actions de SAA.

Sur un hectare, il cultive une variété de riz nérica dont la semence a été introduite chez lui par Sasakawa. Avec un rendement élevé grâce à la qualité de cette semence améliorée adaptée aux conditions climatiques de la zone, fruit des recherches de l’Institut d’économie rurale (IER), il produit suffisamment pour nourrir sa famille et vendre une partie de sa récolte afin de subvenir aux besoins financiers. Au-delà des semences, les membres de la coopérative sont formés à la fabrication de fertilisants organiques qui est alternative pour lutter contre l’appauvrissement des sols.

Djefaga Sylla est le chef secteur de l’agriculture de Niéna. Collaborateur de SAA, il nous accompagne dans un champ collectif du village Banzana dans le même cercle. Ici, la culture du maïs est une tradition. Avant l’arrivée de Sasakawa, les paysans souffraient beaucoup des mauvaises récoltes à cause de la méconnaissance de techniques agricoles telles que la rotation des cultures et l’enrichissement des sols cultivables par les résidus agricoles et l’engrais organique.

 

BOURGADE PROSPÈRE- À Coulibalybougou, village situé à une vingtaine de kilomètres de la ville de Niéna, le maraîchage est la principale activité des populations. C’est l’un des plus gros fournisseurs de la région en produits maraîchers. Accompagné par le sous-préfet de Niéna, Mme Niaré Nathalie Sinayoko, du représentant de la direction nationale de l’Agriculture, Keffa Dembélé et des principaux responsables de SAA-Mali, nous parcourons la parcelle d’adoption des technologies de Sidiki Sangaré.

On y trouve tous les produits maraîchers (choux, tomates, gombo, salade, poivron, concombre, courgette, etc.). Dans les planches, on observe des cultures combinées comme le chou et l’arachide par exemple. Grâce au travail de vulgarisation de SAA, le producteur a maîtrisé cette technique pour maximiser le rendement de son champ.

En plus du maraîchage, il a été encouragé à planter des arbres fruitiers comme l’oranger, la papaye, le citron sur la même parcelle. Ceci lui a permis d’être autosuffisant, en termes de production de fruits et de légumes. Selon Moussa Kanouté, coordinateur de l’agriculture régénératrice à SAA-Mali, pour atteindre l’objectif de la sécurité alimentaire pour tous, il faut vulgariser ces technologies à une grande échelle, soutenues par des formations en production de compost pour préserver la qualité des sols.

Aujourd’hui, Coulibalybougou est une petite bourgade prospère où les habitants mangent à leur faim et équilibré. Lors d’une démonstration culinaire avec les produits de leurs champs, Oumou Traoré, présidente des femmes du village, explique comment SAA leur a permis de lutter contre la malnutrition des enfants et des femmes enceintes.


«Avant, nous vendions tout ce que nous produisions pour acheter des condiments uniquement», nous dit-elle. Avec Sasakawa, nous avons compris que nous avons tout sur place pour manger bien et sain». Pour illustration, elle invite ses hôtes à déjeuner au tôt et au riz accompagné des sauces préparées avec les produits exclusivement locaux. Un dessert à base de fruits (banane, orange) produit dans le champ collectif est servi, gage d’une alimentation équilibrée. Pour atténuer leur corvée du «pilon et du mortier», SAA a mis à leur disposition un moulin à grain multifonctionnel.

En louant ces actions de SSA, le chef de l’administration locale a exhorté l’Ong à ne pas baisser les bras. Il a assuré la disponibilité de l’État à accompagner SAA, pour développer l’agriculture et bouter la faim et la malnutrition du milieu rural.

Le directeur adjoint de SAA-Mali, Ousmane Sanogo, a rappelé que le programme (Safe), communément appelé Fonds Sasakawa Afrique pour l’enseignement de la vulgarisation, a pour objectif d’améliorer les connaissances et les compétences techniques des agents de vulgarisation en Afrique subsaharienne.

Le programme Safe collabore avec l’IPR/Isfra, l’Université de Ségou et les collèges d’agriculture de M’Pessoba, Samanko et Samé. Il a contribué au renforcement de la capacité institutionnelle des services publics, grâce à la fourniture d’équipements pédagogiques. Les enseignants bénéficient de séminaires, d’ateliers, de bourses d’études, etc. pour améliorer leurs connaissances dans leur domaine.

Les projets de terrain des étudiants ont contribué à améliorer les moyens de subsistance des communautés rurales. D’ici la fin 2025, SAA souhaite que les bonnes pratiques et les modèles de vulgarisation établis soient inclus dans les programmes universitaires par le biais du modèle Safe.


Cheick Amadou DIA

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