Photo des participants à la session de formation
Treize ans après une première rencontre organisée en mai 2013, l'Institut d'émission communautaire renoue avec cet exercice de dialogue direct avec les professionnels des médias des huit États membres, dont le Mali. Présidant la cérémonie d'ouverture, le Secrétaire général de la BCEAO, Habib Thiam, a donné le ton. Pour lui, cette rencontre traduit une volonté assumée de bâtir un cadre d'échanges durable entre la Banque centrale et les médias, dans un contexte où les décisions économiques deviennent de plus en plus complexes, mais aussi de plus en plus déterminantes pour le quotidien des populations.
L'environnement dans lequel évolue aujourd'hui la BCEAO est marqué par des mutations profondes. Tensions géopolitiques, ralentissement de la croissance mondiale, défis sécuritaires, transition numérique, essor des technologies financières et développement accéléré des services digitaux imposent une adaptation permanente des politiques monétaires et financières. Face à ces transformations, la Banque centrale estime qu'il ne suffit plus d'agir ; il faut aussi expliquer, convaincre et rendre lisibles des décisions souvent perçues comme techniques. C'est tout le sens de la nouvelle vision stratégique de l'institution : « Être une Banque centrale innovante et résiliente, au service des populations et du développement durable des économies de l'Union. » Une vision qui repose autant sur la solidité des politiques monétaires que sur une communication plus ouverte, plus proactive et plus proche des citoyens. Et pour porter cette ambition, la BCEAO mise résolument sur les journalistes économiques.
Dans son intervention, Habib Thiam a insisté sur le rôle central des professionnels de l'information économique. Selon lui, ils constituent le trait d'union entre la Banque centrale et les citoyens. Leur mission dépasse largement le simple compte rendu des décisions prises à Dakar : ils doivent décrypter les mécanismes économiques, expliquer les politiques monétaires, éclairer les débats financiers et rendre accessibles des notions parfois complexes, mais dont les effets se répercutent directement sur le pouvoir d'achat, le crédit, l'épargne, l'investissement ou encore l'emploi.
INSTAURER UN DIALOGUE PERMANENT- À l'heure où les réseaux sociaux accélèrent la circulation de l'information, mais aussi de la désinformation, cette responsabilité devient encore plus stratégique. Une information économique rigoureuse et pédagogique est aujourd'hui un facteur de stabilité, de confiance et de cohésion au sein de l'espace communautaire.
C'est dans cette logique que s'inscrit le programme du séminaire. Pendant deux jours, les journalistes échangeront avec les experts de la Banque centrale sur les missions et l'organisation de la BCEAO, la conduite de la politique monétaire, la stabilité financière, le fonctionnement du système bancaire de l'UMOA, le financement des économies, la digitalisation des services financiers, l'inclusion et l'éducation financières ainsi que les mutations des systèmes de paiement et leur interopérabilité, désormais au cœur de l'intégration économique régionale.
L'approche retenue privilégie les échanges directs. Chaque communication est suivie d'une séance de questions-réponses afin de permettre aux journalistes d'approfondir les sujets et de mieux s'approprier les enjeux. Au-delà des travaux, les participants découvriront également le patrimoine historique de l'institution à travers le film consacré à son soixantième anniversaire, une visite du Musée de la Monnaie et la présentation du Rapport annuel 2025 de la BCEAO, avant une excursion au Monument de la Renaissance africaine.
En réalité, ce séminaire dépasse largement le cadre d'une simple session de formation. Il illustre l'évolution de la communication institutionnelle de la BCEAO, qui entend désormais installer un dialogue permanent avec les médias de l'Union. Dans un environnement économique où les décisions des banques centrales influencent directement la vie des entreprises, des investisseurs et des ménages, la qualité de l'information devient un enjeu de gouvernance.
Le message est clair : une politique monétaire efficace ne repose pas uniquement sur la pertinence des décisions, mais aussi sur leur compréhension par les citoyens. Et cette compréhension passe inévitablement par des journalistes bien formés, capables de transformer un langage technique en une information claire, fiable et utile.
Reste désormais à savoir si cette deuxième édition marquera le début d'un partenariat plus structuré entre la BCEAO et les médias de l'Union. Au-delà des séminaires ponctuels, verra-t-on émerger un véritable réseau de journalistes économiques régulièrement associés aux réflexions de la Banque centrale ? L'avenir de cette relation pourrait bien conditionner, en partie, la qualité de la culture économique au sein de l'UMOA et le rapprochement durable entre l'Institut d'émission et les populations qu'il sert.
Mariam A. TRAORÉ
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