Fin des Cours d’assises : L’avènement d’une justice criminelle permanente au Mali

Avec l’adoption du nouveau Code pénal et du nouveau Code de procédure pénale le 13 décembre 2024, les Cours d'assises ont disparu au profit des chambres criminelles permanentes instituées auprès des Tribunaux de grande instance.

Publié mardi 21 juillet 2026 à 09:01
Fin des Cours d’assises : L’avènement d’une justice criminelle permanente au Mali

La composition de la juridiction criminelle a été aussi modifiée. Aux termes de l'article 481 du Code de procédure pénale, la chambre criminelle est composée d'un président et de deux juges, tous magistrats de carrière. Les fonctions du ministère public sont exercées par le procureur de la République ou un membre du parquet, tandis que le greffe est assuré par un ou plusieurs greffiers. Une autre avancée, c’est l'instauration d'un véritable appel des décisions criminelles. Le législateur a également pris soin de renforcer les garanties d'impartialité de la juridiction. Les articles 482 à 485 organisent avec précision les modalités de remplacement des magistrats empêchés et interdisent à tout magistrat ayant participé aux poursuites, à l'instruction ou à une décision sur la culpabilité de siéger au sein de la chambre criminelle.

 

La réforme opérée par le nouveau Code pénal et le nouveau Code de procédure pénale, adoptés le 13 décembre 2024, constitue l’une des transformations les plus ambitieuses de la justice malienne depuis l’indépendance. Parmi les nombreuses innovations qu'ils consacrent, on retient particulièrement l'attention : la disparition des Cours d'assises au profit des chambres criminelles permanentes instituées auprès des Tribunaux de grande instance (TGI). Cette évolution est loin d'être un simple changement d'appellation. Elle traduit une transformation profonde de la manière dont les crimes seront désormais jugés au Mali. Plus qu’une réforme institutionnelle, cette évolution consacre un changement de paradigme : le passage d’une justice criminelle exceptionnelle à une justice permanente, plus proche, plus rapide et respectueuse des droits fondamentaux.

Les anciennes Cours d'assises ont longtemps occupé une place centrale dans le traitement des crimes. Toutefois, leur fonctionnement par sessions, souvent limitées à une ou deux par an, a progressivement montré ses limites. Les dossiers criminels s'accumulaient, les délais de jugement s'allongeaient et les personnes poursuivies demeuraient parfois plusieurs années en détention provisoire avant d'être jugées. Cette situation fragilisait la crédibilité de l'institution judiciaire et alimentait le phénomène de surpopulation carcérale.

C'est précisément pour répondre à ces difficultés que le législateur a créé les chambres criminelles permanentes. L'article 477 du nouveau Code de procédure pénale leur confère compétence pour connaître des crimes et des infractions connexes. Elles disposent d'une plénitude de juridiction pour juger en premier ressort les personnes renvoyées devant elles par le juge d'instruction ou par la chambre de contrôle de l'instruction. Cette nouvelle organisation met fin au caractère exceptionnel de la justice criminelle et instaure une activité juridictionnelle continue.

Cette permanence constitue sans doute l'innovation la plus significative de la réforme. En effet, l'article 480 prévoit que les audiences des chambres criminelles se tiennent de manière permanente, selon un rôle arrêté par ordonnance du président du tribunal de grande instance sur proposition du procureur de la République. Cette programmation régulière permet une meilleure gestion des affaires criminelles et réduit considérablement les délais de jugement. L'article 479 offre même la possibilité, lorsque les circonstances l'exigent, de tenir les audiences au siège d'un tribunal d'instance du ressort, rapprochant ainsi la justice des populations. Dans un État de droit, la justice ne doit pas seulement être rendue ; elle doit l’être dans un délai raisonnable. Car une justice qui tarde à intervenir risque de perdre une part de son efficacité et de sa crédibilité : «si la justice tarde, elle devient une injustice».

C’est précisément par souci de célérité judiciaire et d’effectivité de la réponse pénale que les chambres criminelles permanentes ont été instituées. Les victimes attendent réparation, les accusés ont droit à ce que leur responsabilité soit rapidement fixée et la société tout entière attend que la sanction intervienne dans un délai compatible avec les exigences de la paix sociale. Une justice criminelle permanente est donc avant tout une justice plus humaine.

La réforme modifie également la composition de la juridiction criminelle. Aux termes de l'article 481 du Code de procédure pénale, la chambre criminelle est composée d'un président et de deux juges, tous magistrats de carrière. Les fonctions du ministère public sont exercées par le procureur de la République ou un membre du parquet, tandis que le greffe est assuré par un ou plusieurs greffiers.

Ce choix peut naturellement susciter des interrogations. Faut-il regretter la disparition des assesseurs non professionnels qui siégeaient autrefois aux côtés des magistrats dans les Cours d'assises? Ou convient-il plutôt d'y voir une garantie supplémentaire de sécurité juridique ? Dans des affaires où les peines encourues sont particulièrement lourdes, la maîtrise du droit pénal, des règles de preuve et des garanties procédurales ne constitue-t-elle pas une exigence essentielle ? Le jugement criminel ne doit-il pas être guidé d'abord par le droit plutôt que par l'émotion ?

L'une des avancées les plus importantes de la réforme réside cependant ailleurs : l'instauration d'un véritable appel des décisions criminelles. Sous l'ancien système, les arrêts des Cours d'assises ne pouvaient faire l'objet que d'un pourvoi devant la Cour suprême. Or celle-ci ne rejuge pas les faits ; elle contrôle uniquement la correcte application de la loi. Désormais, une chambre des appels criminels est créée au sein de chaque Cour d'appel. Les décisions des chambres criminelles pourront donc être entièrement réexaminées, tant sur les faits que sur le droit. Cette innovation consacre pleinement le principe du double degré de juridiction, aujourd'hui reconnu comme une garantie essentielle du procès équitable. Le législateur a également pris soin de renforcer les garanties d'impartialité de la juridiction. Les articles 482 à 485 organisent avec précision les modalités de remplacement des magistrats empêchés et interdisent à tout magistrat ayant participé aux poursuites, à l'instruction ou à une décision sur la culpabilité de siéger au sein de la chambre criminelle. La réforme ne modifie pas uniquement les institutions ; elle modernise également la terminologie procédurale. Ainsi, la traditionnelle «contumace» disparaît au profit du «défaut criminel». Ce changement s'accompagne du maintien d'une garantie essentielle : la personne condamnée en son absence conserve le droit de former opposition afin d'obtenir un nouveau jugement.

Au-delà des aspects strictement juridiques, les chambres criminelles permanentes présentent également un intérêt économique et administratif. L'organisation des sessions d'assises nécessitait une importante mobilisation de ressources humaines et financières. La permanence des nouvelles juridictions permet une meilleure répartition des moyens, une programmation plus rationnelle des audiences et une gestion plus efficace des budgets de la justice.

Pour autant, cette réforme ne produira tous ses effets qu'à certaines conditions. Une juridiction permanente suppose des magistrats suffisamment nombreux, des greffes renforcés, des infrastructures adaptées et une organisation administrative performante. Elle exige également une numérisation progressive de la chaîne pénale afin de faciliter la circulation des dossiers.

 

Par Dr Boubacar BOCOUM, maître de conférences à l´Université Kurukanfuga de Bamako

Rédaction Lessor

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