Le siège de la Bceao à Dakar (Sénégal)
À Dakar, la BCEAO a rappelé aux journalistes économiques de l’UMOA que protéger la monnaie ne signifie pas seulement traquer les faux billets. Cela passe aussi par une meilleure connaissance des comportements à éviter au quotidien.
Qui aurait imaginé qu’écrire un numéro de téléphone sur un billet, reproduire l’image d’une coupure dans un document ou garder des pièces dans un objet décoratif puisse poser problème ? Pour beaucoup de citoyens, ces gestes relèvent de l’habitude, voire de l’innocence. Pourtant, ils peuvent avoir des conséquences sur la qualité de la circulation monétaire.
C’est justement cette réalité méconnue que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a voulu mettre en lumière lors d’un séminaire organisé les 21 et 22 juillet 2026 à Dakar à l’intention des journalistes économiques de l’Union monétaire ouest-africaine.
Pendant longtemps, la notion de protection de la monnaie a été essentiellement associée à la lutte contre les faux billets et les réseaux de contrefacteurs. Mais l’enjeu est beaucoup plus large. La monnaie doit également être protégée contre les usages inappropriés qui peuvent réduire sa durée de vie, perturber sa circulation ou porter atteinte à son image.
La loi uniforme relative à la répression du faux monnayage et des autres atteintes aux signes monétaires dans les États membres de l’UMOA, adoptée en 2016, encadre ainsi plusieurs comportements que le public ignore souvent.
« Il y a des actes que nous posons et on n’a pas idée qu’effectivement ce sont des actes pour lesquels on peut être sanctionné », a expliqué Thierry Ahouanvoedo au cours des échanges. Parmi ces pratiques figure la reproduction des billets et des pièces. L’image d’une coupure ne peut pas être utilisée librement dans une publication, un document commercial ou un support de communication. Une autorisation préalable de la BCEAO est nécessaire, notamment lorsque la reproduction présente des caractéristiques proches du billet réel.
Cette disposition concerne aussi les médias. L’utilisation d’un billet comme illustration dans un article ou un support d’information ne relève donc pas d’un simple choix graphique. Elle obéit à des règles destinées à préserver l’intégrité des signes monétaires.
Au-delà de la reproduction, certaines utilisations commerciales des billets sont également interdites. Un signe monétaire ne peut devenir un outil publicitaire destiné à attirer l’attention sur un produit ou un service.
Mais l’une des principales préoccupations reste la dégradation volontaire ou involontaire des billets. Un billet sur lequel un citoyen inscrit son nom, son contact ou un message personnel peut rapidement perdre son aptitude à rester dans le circuit.
« Lorsque ce billet revient à la Banque centrale, il ne peut plus ressortir », a indiqué Thierry Ahouanvoedo. Le billet est alors retiré et remplacé, ce qui représente une charge supplémentaire dans la gestion de la circulation fiduciaire.
Les mauvaises habitudes sont nombreuses : pliages répétés, agrafage, inscriptions, déchirures ou encore conservation dans des conditions inadaptées. À l’échelle d’un individu, ces gestes peuvent sembler insignifiants. Mais multipliés par des millions d’utilisateurs, ils accélèrent l’usure des billets et augmentent les besoins de renouvellement.
Les pièces de monnaie ne sont pas épargnées. Certaines petites coupures métalliques, notamment celles de faible valeur, disparaissent parfois temporairement du circuit parce qu’elles sont conservées dans les maisons ou utilisées à d’autres fins. Pourtant, leur disponibilité participe à la fluidité des transactions quotidiennes.
La BCEAO a également attiré l’attention sur une autre pratique : les échanges de billets accompagnés d’une commission. Il arrive que certaines personnes demandent une somme supplémentaire en échange de billets neufs ou de petites coupures. Une opération qui peut paraître avantageuse pour certains usagers, mais qui n’est pas conforme à l’esprit des règles encadrant la circulation monétaire.
La protection de la monnaie ne relève donc pas uniquement des institutions financières. Elle implique aussi les citoyens, les banques et tous les acteurs qui manipulent quotidiennement les signes monétaires.
La BCEAO poursuit, de son côté, ses efforts pour améliorer la qualité des billets en circulation, renforcer leur sécurité contre la contrefaçon et moderniser les opérations de tri et de traitement. Mais aucune technologie ne peut remplacer la responsabilité individuelle.
Préserver un billet, accepter les pièces, éviter les usages interdits et signaler les signes suspects sont autant de gestes simples qui contribuent à maintenir la confiance dans la monnaie. Car avec chaque franc CFA en circulation, c’est une partie du fonctionnement économique de toute l’Union qui se joue.
Mariam A. TRAORÉ
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