Modibo Kadjoké : « Ce qui est prévu pourra nous mener au Mali Kura et aussi à des Maliens nouveaux »

Dans cette interview, le vice-président de l’Alliance pour la refondation du Mali (AR-Mali) s’exprime sur la situation sociopolitique du pays et donne ses recettes pour la sortie de crise avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Aussi, Modibo Kadjoké évoque le concours de son regroupement dans la construction du nouveau Mali

Publié mardi 15 mars 2022 à 06:41
Modibo Kadjoké : « Ce qui est prévu pourra nous mener au Mali Kura et aussi à des Maliens nouveaux »

L’Essor : Quelle est votre lecture de la situation sociopolitique du Mali ?

Modibo Kadjoké :
Nous vivons actuellement une situation sous embargo parce que la Cedeao exige, quand il y a rupture démocratique, que des élections soient organisées immédiatement. Cependant, nous sommes en discussion, actuellement, avec l’organisation sous régionale. Il se trouve que notre pays vit des crises. Depuis dix ans, nous sommes dans un cycle de crises politiques doublées de crise sécuritaire.

Du point de vue de nos autorités et de la grande majorité des Maliens, la rupture démocratique est la conséquence d’un certain nombre de situations qui sont liées, certainement, à la qualité de nos institutions et des dispositifs que nous avons mis en place pour gérer les élections. Et pour beaucoup de Maliens et les autorités, il faut essayer de traiter le mal à la source et faire en sorte que cette rupture démocratique soit la dernière.


Parce que, cela nous met en retard. Beaucoup de Maliens pensent également qu’il faut régler le problème sécuritaire et quand on parle d’élections, cela suppose qu’il y a l’administration en place pour gérer les bureaux de vote et les élections. Quand on parle d’élections, cela veut dire également que les candidats sont capables de faire campagne. Ce qui n’est pas toujours évident. Nous avons, malheureusement, vécu un cas dans notre pays qu’on ne souhaiterait pas revivre.

C’est ce qui fait que le dialogue est un peu difficile avec la Cedeao qui est certainement dans son rôle, mais, qui aurait dû avoir une oreille plus attentive, analyser la situation du Mali et faire en sorte qu’on puisse sortir, définitivement, de cette situation.

Donc, élections oui, mais, pour ce qui nous concerne le cas du Mali, la priorité c’est d’abord des réformes politiques et institutionnelles et l’amélioration de la situation sécuritaire. Sinon, nous allons retomber dans les mêmes travers. Au Burkina Faso, comme vous le savez, ils vivent une situation d’insécurité, mais, il n’y a pas de problème institutionnel majeur ou politique.


En Guinée, il n’y a pas de problème sécuritaire, mais, il y a des problèmes institutionnels et politiques dans ce pays. Mais, le Mali, c’est le Burkina plus la Guinée. Nous vivons les deux problèmes ici. Donc, on devrait bien nous écouter et être beaucoup plus sensible à notre problème pour poser un bon diagnostic et aider le peuple malien à sortir de cette situation.

Donc, les sanctions qui sont tombées, je suis d’accord avec ce qui se dit,  sont injustes et vont jouer certainement sur la vie sociale. Parce que cela joue sur le coût de la vie et, malheureusement, la situation internationale viendra s’ajouter à cela avec la guerre en Ukraine.

L’Essor : Depuis le 9 janvier dernier, notre pays est sous sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa. Quelle solution, préconisez-vous, pour la sortie de cette crise ?

Modibo Kadjoké :
La solution, c’est de discuter clairement des actes à poser. Nous sommes sortis des Assises nationales de la refondation (ANR) lors desquelles le peuple malien a parlé et donné son point de vue. Ce point de vue doit être transposé dans un chronogramme et discuté avec la Cedeao. Je pense que c’est ce qui est, actuellement, en cours. Il y a des actes qui sont liés et les Assises ont demandé qu’on fasse un certain nombre de choses.

Quand on dit qu’il faut aller à une autre République, cela veut dire qu’il faut une nouvelle Constitution. Et quand on dit qu’il faut organiser les municipales avant les législatives ou la présidentielle, cela veut dire qu’il y a des actes qui doivent être posés : mettre en place l’Organe unique de gestion pour aller aux élections ; faire l’audit et reprendre le fichier électoral, etc.

Et quand vous voulez mettre en place l’Organe unique de gestion, dans la plénitude de ses fonctions, vous êtes obligés de revoir les prérogatives de la Cour constitutionnelle contenues dans la Constitution. Cela veut dire que la Constitution doit être révisée. Comme vous voyez, il y a des actes qui se suivent et qui sont liés à des réformes. Il faut finir avec ces réformes pour aller aux élections.

Mais, il faut réellement faire ce traitement pour éviter qu’on ne retombe dans les mêmes travers. La solution, c’est réellement avoir un chronogramme à partir de ces réformes. Pour toutes ces réformes, il y a aussi des délais légaux. Quand vous parlez d’élections, il y a un moment pour la campagne, un délai pour convoquer le collège électoral, etc, Donc, il faut tenir compte de ces délais. Et tenir compte également de la situation sécuritaire.

Au niveau de notre parti, nous estimons également qu’il faut tenir compte de la vie de nos communautés rurales : avec la sécurité qui s’améliore les populations rurales, privées d’activités depuis un certain nombre d’années, ne méritent pas d’être surchargées avec des consultations et des réformes pendant les périodes d’hivernage. Je veux dire les mois de juin, juillet et août. Il faut réellement libérer les populations pour qu’elles puissent travailler et éloigner l’insécurité alimentaire. Donc, il ne faut pas surcharger les communautés rurales les mois de juin, juillet et août cette année, l’année prochaine et, certainement, l’année d’après. Cela va faire trois ans.

L’Essor : Aujourd’hui, la refondation est sans doute l’aspiration du peuple malien. Quelle sera la contribution de votre regroupement dans l’édification du Mali Kura ? 

Modibo Kadjoké :
Nous sommes convaincus que le Mali a besoin de refondation. Quand on pose un bon diagnostic et je crois que les Assises l’ont fait, nous allons voir clairement les problèmes dont nous souffrons. Le Mali est un grand pays qui était bien parti. Et après, nous avons pris des décisions qui ne sont pas toujours bonnes et qui ont impacté sur notre rythme et le fonctionnement de notre pays.

À un certain moment, il faut réellement s’arrêter, analyser et poser de bons diagnostics et avancer. C’est ce que notre regroupement a demandé et qui a été fait. Quand vous voyez les différentes thématiques qui ont été posées et qui touchent à toutes les parties de la vie de la nation. Nous sommes convaincus qu’avec une bonne planification dans un ou deux ans, on va voir quelques petits résultats.

Mais si le tout est bien structuré, bien organisé, sur une ou deux générations, nous pourrons changer les Maliens et aller aux Maliens de nos vœux et le Mali de nos vœux. Parce qu’il faut changer et les Maliens et le Mali sur la durée. En réalité, le problème est à ces deux niveaux. Qui est responsable ou fautif, ce n’est pas la question. Mais, constatons ensemble que nous vivons dans des difficultés, identifions les causes et essayons de programmer les solutions.

C’est un peu cela la refondation qui doit concerner tous les secteurs. Et tout le monde doit être embarqué. L’avantage de ce qui s’est passé pour les Assises nationales, c’est qu’on s’est mis d’accord que les résolutions vont s’imposer à nous tous. Cela veut dire qu’elles vont s’appliquer aussi bien à ceux qui sont là aujourd’hui qu’à ceux qui vont venir après.

Quand le comité de suivi sera mis en place, comme cela a été pour le panel et la commission nationale d’organisation, en veillant sur les aspects de neutralité, nous sommes sûrs que quand ils ont un mandat qui va dépasser celui des politiques et quand on met de fortes personnalités dans ce comité de suivi, on fera en sorte que leurs avis puissent compter.


Mais également qu’ils puissent être assez détachés des problèmes politiques et faire en sorte que les dirigeants qui vont venir puissent se soumettre à leurs avis et suivre les différentes réformes exigées par les ANR.

C’est possible que dans la mise en œuvre qu’il y ait des changements, mais, le Mali a réellement besoin de refondation dans tous les secteurs : éduction, santé, sécurité, gouvernance… le Mali est, comme l’on dit certains, un grand corps malade qui a besoin d’un bon diagnostic. Et le diagnostic est posé, maintenant, il faut aller au traitement. Cela peut prendre du temps, mais, je suis confiant que ce qui est prévu pourra nous mener à un Mali Kura et aussi à des Maliens Kura.

Propos recueillis par
Bembablin DOUMBIA

Bembablin DOUMBIA

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